Etat-civil : Ils veulent changer de nom… « Je n’ai pas l’impression d’être moi »… « Je souhaiterais laisser cette douleur derrière moi »

VOTRE VIE VOTRE AVIS Ce jeudi, l’Assemblée nationale a adopté définitivement la proposition de loi sur le changement de nom de famille

Delphine Bancaud
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Une carte d'identité (illustration)
Une carte d'identité (illustration) — LODI FRANCK/SIPA
  • La proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale ce jeudi, facilitera les démarches pour changer de patronyme.
  • Les lecteurs de « 20 Minutes » qui veulent effectuer cette démarche, expliquent leurs motivations.
  • Histoire familiale douloureuse, parent inconnu, nom qui suscite des moqueries… Les raisons de vouloir changer d’identité sur le papier sont multiples.

Ils ne subiront plus un nom de famille qui ne leur correspond pas ou qui leur rappelle des mauvais souvenirs. Ce jeudi, l’Assemblée nationale a adopté définitivement la proposition de loi sur le changement de nom de famille. Présenté par le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, comme un texte attendu par « beaucoup de nos concitoyens pour apaiser la douleur de porter un nom », qui rappelle une histoire intime malheureuse, la proposition de loi du député LREM Patrick Vignal « relative au choix du nom issu de la filiation » vise une entrée en vigueur en juillet.

L’enfant, à ses 18 ans, pourra choisir son nom de famille pour garder celui de sa mère, celui de son père, ou les deux. De plus, les parents pourront demander en mairie de changer le nom d’usage (du quotidien) de leur enfant mineur.

« Il est temps que je prenne enfin l’identité qui est mienne »

Cette perspective est accueillie comme un soulagement par certains de nos lecteurs qui envisagent de changer de nom, car ils n’ont plus de relation avec un de leur parent dont ils portent le patronyme. C’est le cas de Maywenn qui porte le nom de sa mère, avec laquelle elle n’a plus de contact depuis plus de 15 ans : « Ma famille de cœur c’est celle de mon père, mais je ne porte pas son nom car mes parents n’étaient pas mariés à ma naissance et que ma mère n’a "autorisé" mon père à me reconnaître qu’à mes 18 ans. J’aurai donc la plus grande fierté de porter enfin celui de mon père, celui d’une famille dont j’ai toujours été très proche. Changer de nom, c’est la matérialisation d’un sentiment d’appartenance, c’est la reconnaissance d’un esprit de famille, c’est un acte d’amour envers ceux qui n’ont jamais hésité à me soutenir. »

Alex, qui n’a plus de nouvelles de son père alcoolique depuis longtemps, partage le même état d’esprit : « Je n’ai pas honte du nom que je porte, je n’ai pas de grief contre la vie que j’ai eue, mais ce nom ne m’appartient pas, tout simplement. Il est temps que je prenne enfin l’identité qui est mienne pour, à mon tour, être en paix », explique-t-il. Pour Sandy aussi, le nom qu’elle porte n’a aucun sens : « Je n’ai pas l’impression d’être moi en portant malgré moi le nom d’une famille que je ne connais pas. » Un sentiment partagé par Emma dont le père a toujours été absent : « J’ai grandi avec un nom qui n’est pas le mien. J’ai hâte que cette loi passe, car je voudrais pouvoir transmettre mon nom maternel à mes enfants. Marre de porter ce fardeau depuis bientôt 30 ans. »

« Mon nom me rappelle chaque jour l’homme qui m’a enlevé au Portugal »

Certaines histoires familiales sont encore plus douloureuses. Et le patronyme rappelle un traumatisme, comme c’est le cas de Julie. « Je souhaiterais changer de nom de famille, ayant vécu un viol par un cousin portant le même nom de famille que moi. Je souhaiterais pouvoir retirer ce nom de famille sur mes papiers d’identité et laisser cette douleur derrière moi. » Brenda, qui a souffert de violences paternelles (attouchements, enfermement, maltraitance…), porte aussi son nom comme un boulet : « Chaque fois que je dois donner mon fichu nom de famille ou que l’on doit m’appeler par lui, un film se met en boucle automatiquement dans ma tête. »

Kévin aussi a vécu un drame familial et a l’impression que sa blessure est ravivée à chaque fois qu’il doit faire part de son état civil : « Le nom que je porte est extrêmement dur à porter, car il me rappelle chaque jour l’homme qui m’a enlevé au Portugal à mes 8 ans. J’ai vécu pendant un an totalement séparé de ma mère, loin de mon pays. A cette période, il m’a menacé de mort et m’a fait subir des attouchements sexuels ». Loïc, lui, a subi des violences psychologiques, dès l’enfance et jusqu’à l’âge de jeune adulte, de la part d’un père officier : « La proposition de loi relative au choix du nom issu de la filiation va pouvoir enfin permettre à beaucoup de personnes comme moi de se libérer d’un fardeau, de trouver un nouveau souffle, un nouveau sens à leur existence en faisant le choix de porter le nom de famille de leur mère. »

« Mon nom m’a valu beaucoup de moqueries »

Parfois, c’est l’un des parents qui souhaite le changement de nom pour son enfant, afin de simplifier les démarches du quotidien. C’est le cas de Sophie : « Je suis obligée de justifier que je suis la maman de mes propres enfants (à l’aéroport, lors de l’inscription à l’école, au centre de loisirs et aux activités extérieures). Je dois également prouver mon identité en allant aux urgences. Et demander au père l’autorisation pour sortir du territoire avec mes enfants. Leur père est exempté de tout cela. Pourquoi ? Alors que la garde m’a été confiée par le juge aux affaires familiales. Pour moi cette loi serait libératrice et me permettrait d’être reconnue officiellement comme la maman de mes propres enfants. Est-ce trop demandé ? », interroge-t-elle. Une autre lectrice, s’appelant aussi Sophie, voudrait un changement de nom pour sa fille « afin de faciliter la gestion du quotidien. Pourquoi suis-je sans cesse obligée de prouver que je suis la mère et que je dois me balader avec le jugement du juge aux affaires familiales ? », s’offusque-t-elle.

Et quand on a eu plusieurs enfants de pères différents, on a souvent envie que la fratrie porte le même nom, car c’est aussi un gage d’unité familiale. Comme en témoigne Magalie : « Le changement de nom pour nous serait une avancée majeure, car mon fils porte le nom de son père qu’il ne voit plus depuis 2015. Nous avons déjà tenté des démarches juridiques pour qu’il puisse porter le même nom que sa petite sœur et moi, sa maman. Mais c’était trop compliqué. »

« Toute ma vie j’ai connu des moqueries avec mon nom »

Dans d’autres cas, un nom est difficile à assumer parce qu’il suscite des moqueries. Et à la longue c’est usant. Comme en témoigne Marion : « Je porte un nom de famille difficile à porter, qui m’a valu beaucoup de moqueries. Je ne souhaite pas que mes futurs enfants vivent la même chose que moi », confie-t-elle. Un autre lecteur vit aussi cette situation inconfortable : « Je porte le nom de Duputh, je ne supporte plus le fait que personne ne le prononcer correctement, il est lourd à porter à cause des sous-entendus de certaines personnes. »

A 50 ans, Cyrille vit les mêmes blagues insupportables : « Toute ma vie j’ai connu des moqueries avec mon nom, parce qu’il est trop féminin, ce nom ne m’a attiré que des problèmes jusqu’à aujourd’hui. Je pense avoir loupé beaucoup de choses à cause de mon nom et j’attends beaucoup de cette loi. » Changer de nom pour lui, ce n’est donc pas une formalité, mais bel et bien une promesse de sérénité.