Bien-être animal : L’élevage de deux races de chien très populaires interdit en Norvège

PROTECTION ANIMALE Le tribunal d’Oslo a proscrit l’élevage du bulldog anglais et du Cavalier King Charles Spaniel

20 Minutes avec Agences
Illustration d'un cavalier King Charles.
Illustration d'un cavalier King Charles. — ARDEA/MARY EVANS/SIPA

L’un a le crâne trop petit, l’autre le museau trop plat… Parce que les traits qui les rendent si attachants sont aussi la cause de leurs tourments, la Norvège a pris la décision inédite d’interdire l’élevage de deux races de chien. Dans un jugement retentissant, le tribunal d’Oslo a proscrit l’élevage du bulldog anglais et du Cavalier King Charles Spaniel, au motif que la pratique leur inflige des souffrances incompatibles avec la loi sur la protection des animaux.

Salué par les militants de la cause animale et critiqué par les éleveurs, le verdict a pour toile de fond un débat grandissant : la quête de « mignonitude » pour les animaux de compagnie se fait-elle aux dépens de leur bien-être ? « Beaucoup de nos races d’élevage sont très consanguines et portent un lourd bagage en termes de maladies », explique à l’AFP Åshild Roaldset, la présidente de la Société protectrice des animaux norvégienne, à l’origine de l’action en justice contre des sociétés canines et des éleveurs individuels.

De gros problèmes de santé

« Nous devons changer la manière dont nous élevons les chiens. La façon dont nous le faisions était peut-être acceptable il y a 50 ans, mais elle ne l’est plus aujourd’hui », dit-elle. A force de consanguinité, les deux races ont développé des maladies héréditaires touchant la plupart des individus, sinon la totalité.

Chien patibulaire, mais doux, notamment popularisé dans le dessin animé Titi et Grosminet et associé à l’esprit de résistance anglais pendant la Seconde Guerre mondiale, le bulldog accumule les difficultés respiratoires du fait de son museau aplati, mais aussi des problèmes dermatologiques, reproductifs et orthopédiques. Plus de la moitié de ces molosses nés ces dix dernières années en Norvège ont été mis au monde par césarienne. « L’incapacité génétique de la race à donner naissance naturellement est en soi une raison pour que le bulldog ne soit plus utilisé dans l’élevage », ont estimé les juges.

Les éleveurs sceptiques

Quant aux Cavalier King Charles, qui ont conquis dans l’Histoire le cœur de nombreuses personnalités tels Louis XIV, Ronald Reagan et Sylvester Stallone, leur constitution fait qu’ils sont souvent sujets à des maux de tête à cause d’une boîte crânienne trop petite, des défaillances cardiaques ou encore des problèmes oculaires. Pour Åshild Roaldset, l’insuffisance de diversité génétique à l’échelle mondiale mène ces races tout droit à leur extinction. « Et cela va être douloureux pour elles parce qu’elles vont avoir de plus en plus de maladies », affirme-t-elle.

Ayant fait l’objet d’un appel, le jugement rendu le 31 janvier n’a pas encore force de loi mais il a semé la stupéfaction chez les professionnels. « Il y est dit que les chiens naissent avec des maux de tête. Je ne peux pas y croire », dit Lise Gran-Henriksen, éleveuse depuis 25 ans, en regardant une demi-douzaine de ses Cavalier King Charles batifoler sur la glace devant sa maison d’Oslo. « Si c’était le cas, ils ne seraient pas aussi heureux. Ce sont des chiens heureux qui gambadent et ont l’air en bonne santé, parce qu’ils le sont », assure-t-elle.

Chiens sans papiers

Dans leur ensemble, les professionnels ne remettent pas en cause les « défis » que rencontrent les deux races, mais estiment pouvoir les surmonter en pratiquant un élevage sélectif avec des animaux passés au crible de plusieurs tests.
Et puis, font-ils remarquer, le jugement n’interdit pas la détention, la vente ou encore l’importation des bulldogs et des Cavalier, seulement leur élevage. Certains craignent donc l’afflux de « chiens sans papiers » venus d'« usines à chiots » situées à l’étranger.

Pour la Société protectrice des animaux, le salut des deux races passe par leur croisement avec d’autres espèces pour gommer leurs faiblesses génétiques. « Si le Cavalier finit par avoir un crâne un peu plus spacieux pour abriter son cerveau, il restera le chien le plus mignon au monde », estime Åshild Roaldset. « Et si le bulldog devient moins ridé, avec un museau un peu plus long et un squelette plus robuste, ça n’en fera pas un chien horrible et ça restera un bulldog ».