Alpes-Maritimes : « Je veux le voir en prison », confie cette victime d’un arnaqueur sur un site de rencontre

TEMOIGNAGE En s’inscrivant sur le site de rencontres Disons demain, cette quinquagénaire pensait trouver l’amour, six mois après, elle en paie le prix fort

Elise Martin
L'arnaqueur a transmis de nombreux documents comme une fausse carte d'identité, une reconnaissance de dette ou encore des relevés bancaires, pour faire croire à ses victimes qu'il était fiable
L'arnaqueur a transmis de nombreux documents comme une fausse carte d'identité, une reconnaissance de dette ou encore des relevés bancaires, pour faire croire à ses victimes qu'il était fiable — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Alicia* a la cinquantaine, elle est revenue sur la Côte d’Azur après une rupture amoureuse et a décidé de s’inscrire sur un site de rencontres.
  • Après plusieurs échanges, elle tombe amoureuse d’un faux vendeur de vin.
  • Cet homme lui a volé de l’argent ainsi qu’à plusieurs autres femmes. Aujourd’hui, elle veut « alerter les autres possibles victimes de cet escroc ».

Son histoire ressemble à celle du documentaire Netflix L’arnaqueur de Tinder, et pourtant elle ne « l’a même pas vu ». L’été dernier, Alicia*, la cinquantaine, vient de rompre et revient vivre sur la  Côte d'Azur. En détresse affective, elle décide de s’inscrire sur  Disons demain, un site de rencontres pour les plus de 50 ans. Alors qu’elle pensait avoir trouvé l’homme idéal, la seule chose qu’elle souhaite aujourd’hui, c’est « qu’il se retrouve derrière les barreaux et qu’il ne puisse plus jamais recommencer ».

En livrant son témoignage, elle sait qu’elle s’expose à des commentaires désobligeants. Elle préfère garder l’anonymat, toujours honteuse de ce qui lui est arrivé, mais veut pouvoir « aider d’éventuelles victimes ». « En un an, cet homme, dont on ne connaît finalement rien, a pris 65.000 euros à quatre femmes, si ce n’est plus ! C’est pour ça qu’on a décidé de porter plainte et de médiatiser l’histoire. Ensemble, on peut avoir un impact plus fort et espérer le coincer ! »

« Plus vite il réglait cette affaire, plus vite, on se voyait »

L’histoire commence en août, quand, sous le profil « Romantic » et le nom de "Dimitri M.", un homme prend contact avec elle sur ce site de Meetic. « Il était très à l’écoute et me partageait beaucoup sa vie, c’est rare ! », se souvient Alicia. Il se dit œnologue à Bordeaux, lui envoie son soi-disant site Internet. Elle se laisse alors « emporter » et ils s’échangent leurs numéros WhatsApp.

Deux semaines plus tard, ce faux vendeur de vin indique à son amante virtuelle qu’il se rend au Kosovo pour signer un contrat de près de deux millions d’euros. « C’est en début septembre qu’il m’a demandé de lui prêter de l’argent pour la première fois. Il disait que pour récupérer sa marchandise à la douane, il avait besoin de 5.000 euros. J’étais tellement triste de le voir mal que je lui ai fait un virement express de 3.900 euros. C’étaient toutes mes économies ». Ce qui l’a convaincue, c’était « qu’il avait promis de venir me retrouver après ce voyage. Plus vite, il réglait cette affaire, plus vite, on se voyait. Il jouait beaucoup là-dessus », souffle-t-elle désemparée.

« Tout semblait réel »

Les demandes continuent. « Il avait besoin de 1.500 euros pour ouvrir un compte au Kosovo et recevoir l’argent de sa vente. » L’Azuréenne envoie des coupons PCS, ces tickets à acheter chez un buraliste qui permettent de créditer des cartes dont l’espèce peut être retirée dans des distributeurs à l’étranger en tout anonymat. Elle lui en envoie six de 250 euros.

Alicia poursuit : « Ça peut paraître fou mais il me semblait honnête. Il m’a envoyé une reconnaissance de dette avec sa [fausse] pièce d’identité. Il m’avait même envoyé un lien d’une banque, avec ses codes, où je pouvais voir qu’il avait reçu la transaction et même une copie de son contrat. Il y avait tous les éléments pour me rassurer. Il me promettait qu’il me rembourserait dès son retour. Tout semblait réel. J’ai eu affaire à un professionnel. Un jour, un ami proche m’a envoyé un lien d’un site d’arnaques avec sa photo. Quand je lui ai transféré, il m’a envoyé deux coupons PCS de 250 euros pour faire valoir que ce n’était pas un arnaqueur. »

Mais l’Azuréenne commence à se méfier quand il lui réclame 18.000 euros. « Cette fois, c’était trop. Il assurait que c’était des frais d’avocat, nécessaire pour débloquer la somme sur son compte kosovare. J’ai senti l’escroquerie. Je n’ai plus rien versé. De toute façon, je n’avais plus rien. » Elle décide de renverser la situation et entretenir le contact pour être sûre qu’il lui rembourse ce qu’elle lui avait prêté.

Un faux numéro qui rapproche

Les mois passent, « Dimitri » est toujours au Kosovo, et d’un seul coup, mi-décembre, plus de nouvelles. « Il ne me répondait plus, raconte Alicia. J’ai essayé d’appeler son numéro professionnel renseigné sur son site, je suis tombée sur Matthias qui m’a expliqué que je m’étais trompée de numéro. » Cet homme de 30 ans, vit à Nantes et n’a « absolument rien à voir avec cet arnaqueur », assure-t-il. « Depuis juillet, je recevais plusieurs appels et messages où on demandait à ce Dimitri de répondre, avec des mots d’amour, relate à son tour le Nantais. Je répondais que ce numéro avait dû être réattribué. Jusqu’au jour de Noël, où une personne disait qu’elle était détruite, qu’on lui avait volé de l’argent. Je l’ai appelée et j’ai compris que ce faux vendeur de vin était un vrai arnaqueur. »

Matthias décide alors de recontacter les personnes qui l’avaient sollicité et de créer un groupe WhatsApp pour qu’elles se parlent et qu’éventuellement, elles montent un dossier en justice. Les deux Françaises et deux Suisses escroquées sont alors devenues amies et se soutiennent dans cette histoire. Certaines avaient fait des prêts de plusieurs milliers d’euros pour lui. Alicia reprend : « J’ai honte de moi-même, j’ai été manipulée et je sais que beaucoup ne comprennent pas comment j’ai pu être aussi naïve. C’est comme si je n’étais plus moi-même, envoûtée. C’est vrai que d’avoir ces autres femmes avec moi, c’est une façon de me soigner. »

« Cette histoire est un traumatisme qui va me suivre pendant longtemps », conclut Alicia. Toujours sur le site Disons demain, où elle a signalé le compte « Romantic », elle reste à la recherche de l’amour même si maintenant, « je demande à voir la personne directement et je me méfie beaucoup », sourit-elle tristement.