Covid-19 : Le retour des pots en entreprise, entre fin de pandémie et « écrasement de la hiérarchie »

FIESTA La dernière mouture du protocole sanitaire permet le retour des pots en entreprise, un marqueur important de la sortie de crise du coronavirus

Xavier Regnier
Coronavirus : Les pots au bureau sur le point d'être réautorisés — 20 Minutes
  • Le dernier protocole sanitaire permet, outre la réouverture des discothèques, le retour des pots en entreprise.
  • Après deux ans de pandémie, entre confinements et télétravail, la pratique s’est perdue et le lien social entre collaborateurs s’est distendu.
  • Pourquoi le retour de cette pratique rituelle nous met autant en joie ? 20 Minutes a interrogé deux experts de la psychologie au travail, qui mettent en avant l’écrasement de la hiérarchie et la notion d’appartenance à l’entreprise.

C’est le moment de faire péter les cacahuètes ! Le retour des pots de convivialité au bureau, c’est oui, depuis la mise en place du nouveau protocole sanitaire pour les entreprises, paru mercredi. Ne tournons pas autour du pot : à 20 Minutes, après la déception d’une soirée de fin d’année annulée au dernier moment pour cause de variant  Omicron, il n’en fallait pas plus pour qu’on ressorte les écocups et le jus de pomme.

Pourtant, l’excitation qui entoure la petite fête de départ à la retraite de ce comptable qu’on avait jamais vu existait déjà avant les deux années de privation sociale, de mois de confinements et de semaines de télétravail, liées au Covid-19. Rencontrer des gens, nouer des liens, on peut le faire ailleurs qu’au boulot. Pourquoi le pot d’entreprise a quelque chose de spécial ?

Des pots « sympathiquement funéraires »

Sophie Prunier-Poulmaire, maîtresse de conférences en psychologie du travail et ergonomie à l’université Paris Nanterre, note d’abord que pour beaucoup de salariés qui partent à la retraite ou dans une autre entreprise, « c’est compliqué de partir sans ce dernier moment ensemble, sans que la qualité du travail ait été soulignée, sans un dernier hommage à l’investissement dans l’entreprise », sans « point final digne et honorable ». Philippe Zawieja, spécialiste en santé psychologique au travail, va même plus loin et se projette sur des pots « sympathiquement funéraires », qui serviront autant à « compter les morts » qu’à accueillir ceux qui les ont remplacés dans l’entreprise.

La chercheuse parisienne, également autrice du Bonheur au travail, souligne aussi la dimension informelle des pots, qui en réalité permettent « d’avancer sur le travail », en partageant les difficultés rencontrées par le  télétravail, de fluidifier la circulation de certaines informations ou via le partage « d’astuces de métier qu’on ne retrouve pas en formation », des plus anciens vers les nouveaux venus. Sans oublier que la petite sauterie « écrase la pyramide hiérarchique », faisant piocher le stagiaire et le DG dans le même bol de cacahuètes, permettant de découvrir ceux pour qui on travaille et inversement.

Le plaisir de critiquer son collègue ou sa femme

En « faisant collectif », on « crée une culture d’entreprise pour fidéliser des collaborateurs de plus en plus volatils », explique-t-elle. Autrement dit, faire des pots permet de vous attacher à votre entreprise et à vos collègues, et de dépasser la dimension « opératoire » du travail, analyse Philippe Zawieja. Or, « la question de l’identité professionnelle est très importante chez les Français », reprend Sophie Prunier-Poulmaire, et le travail à domicile a pu encore plus brouiller la  limite entre vie professionnelle et vie privée, déjà bancale en 2019.

De quoi donner au pot professionnel une dimension de « bouffée d’oxygène », permettant de découvrir « d’autres visages, d’autres voix, d’autres odeurs », « une petite quête de l’envie d’ailleurs », image Philippe Zawieja. C’est donc avec ses collègues qu’on va pouvoir parler de ses problèmes domestiques, mais aussi trouver un meilleur écho à son expérience de travail, souligne Sophie Prunier-Poulmaire. Et avec eux qu’on va pouvoir mieux critiquer ce collègue qu’on déteste, en cassant à plusieurs du sucre sur son dos. Une autre manière de « faire société » au travail…

Pour Philippe Zawieja, le retour des pots pourrait même « recréer du plaisir au travail par le plaisir d’être ensemble », que ça soit pour médire ou non. Il leur confère une dernière vertu : constituer un « marqueur de la fin de la période qu’on vient de vivre ». Ouf ! On peut reprendre une activité normale.