Avec ses avions électriques, Eenuee veut « développer une autre façon de voler » à travers la France

AERONAUTIQUE La start-up française, qui vient de s’installer à Saint-Etienne, aimerait commercialiser d’ici 2026 en France des vols reliant des régions actuellement mal desservies

Jérémy Laugier
Le démonstrateur d'Eenuee, à l'échelle 1/7e, est actuellement à l'aéroport de Saint-Etienne.
Le démonstrateur d'Eenuee, à l'échelle 1/7e, est actuellement à l'aéroport de Saint-Etienne. — Eenuee
  • Présente au CES de Las Vegas en 2020, la start-up française Eenuee est en quête de financements pour avancer sur son prototype d’avion électrique.
  • Celui-ci pourrait permettre à 19 passagers par vol de rejoindre la destination de leur choix en France, l’autonomie prévue pour Eenuee étant de 700 kilomètres.
  • « On veut développer une autre façon de voler, avec moins de vitesse, moins de consommation, un faible impact écologique », annonce Erick Herzberger, cofondateur d’Eenuee.

Il y a deux ans, Erick Herzberger et Benoît Senellart faisaient partie des principales curiosités du célèbre Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. Ces deux entrepreneurs français souhaitaient alors « prendre la température » au sujet d’un nouveau projet en apparence un peu fou,  Eenuee, créé deux mois plus tôt. A savoir le lancement de vols commerciaux dans des  avions électriques. Les deux complices s’appuient sur 15 ans d’histoire commune avec Lisa Airplanes, une start-up haut-savoyarde ayant conçu Akoya, un petit avion amphibie biplace, dont l’industrialisation devrait démarrer en Chine d’ici deux ans.

« Avec Akoya, notre objectif était d’optimiser les performances de consommation en vol, explique Erick Herzberger. Dans notre esprit, la vitesse n’a jamais été le paramètre le plus important. » Un raisonnement plus que jamais d’actualité en 2022 avec Eenuee, ses deux moteurs électriques et ses 19 places assises en plus des deux pilotes.

« Nous pourrons presque relier n’importe quelle destination »

Respectivement ingénieur en matériaux composites et en électronique de puissance, Benoît Senellart et Erick Herzberger sont surtout partis de deux réflexions pour leur nouveau projet : « Et si l’avion pouvait transporter des passagers non pas d’aéroport en aéroport mais d’un champ à un lac ou à un petit aérodrome ? », mais aussi « ne serait-ce pas le moyen de répondre à un besoin important sur la mobilité entre régions en France, vu comme les transports d’est en ouest ont été oubliés ? »

Si bien qu’Eenuee estime par exemple pouvoir proposer un vol entre Saint-Etienne et La Rochelle d’une durée de 2 heures, contre entre 5 et 6 heures actuellement avec les transports existants. « Finalement, notre projet se rapproche du modèle de BlaBlaCar, avec beaucoup de flexibilité, indique Erick Herzberger. Nous pourrons presque relier n’importe quelle destination, y compris celles sans infrastructures dédiées. Nos avions pourront même enchaîner quelques arrêts, comme un bus. »

« Désenclaver » la région stéphanoise

Inspiré par la société canadienne Harbour Air, qui dessert plusieurs villes depuis Vancouver, Eenuee a notamment cherché « financements et partenaires » en Chine en 2021. Et ce faute de convaincre pour le moment en France. « Ici, nous sommes toujours clairement dans l’ombre d’Airbus, qui est à la fois un bijou et un frein », estime Erick Herzberger. La start-up recherche 2 millions d’euros de financement afin d’avancer sur son prototype, avant une seconde levée de fonds de 20 millions d’euros en 2023.

Depuis le mois dernier, Eenuee a été accueilli à l’aéroport de Saint-Etienne, tant pour installer ses bureaux que pour multiplier les essais avec son démonstrateur à l’échelle 1/7e. L’un des enjeux est de « désenclaver » la région stéphanoise, et la jeune start-up est persuadée de pouvoir « dynamiser les territoires en faisant avancer les problématiques de transport ». Erick Herzberger présente ainsi les lignes directrices d’Eenuee.

 « On veut développer une autre façon de voler, avec moins de vitesse, moins de consommation, un faible impact écologique, aux antipodes de ce que représente l'A380. »
 

« Des compléments et non des concurrents à Air France et à la SNCF »

Le tout non pas à 800 km/h mais entre 250 et 300 km/h, « un peu comme le TGV », et à une altitude entre 2.000 et 3.000 m du sol sous pressurisation, loin des 10.000 m d’un vol « classique ». Eenuee part sur une autonomie de 700 km et une consommation, en équivalent essence, de moins d’1 l/100 km, soit « deux fois moins qu’un véhicule électrique Tesla ». Quel serait le coût d’un pareil voyage pour le grand public ? Eenuee prévoit que le passager paie sa place environ 25 centimes du km, soit « un tarif sensiblement identique à celui d’un billet TGV ».

L’objectif de la structure de quatre ingénieurs et cinq conseillers (en plus des deux fondateurs) est de faire voler le premier prototype à échelle réelle à l’horizon fin 2024, avant une première ligne commerciale expérimentale d’ici fin 2026. Comment pourraient-ils être accueillis d’ici-là dans le paysage des modes de transports hexagonaux ? « On souhaite se rapprocher d’Air France et de la SNCF, confie Erick Herzberger. On espère qu’ils vont nous voir comme des compléments et non des concurrents à leur offre. Nous voulons permettre de connecter des gens qui actuellement ne le sont pas. »