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REPORTAGEComment aider les parents à mieux accompagner leurs enfants face aux écrans

Safer Internet Day : Contrôle parental, site de conseils… Comment aider les parents à mieux protéger leurs enfants face aux dangers des écrans

REPORTAGEAdrien Taquet a participé lundi à une rencontre sur la parentalité numérique dans un centre social du 14e pour lancer un site « jeprotegemonenfant », qui donne aux parents des conseils et outils pour éviter l'addiction de leurs enfants à l'égard des écrans
Lundi 7 février, Adrien Taquet participait à un atelier avec des parents sur la parentalité numérique dans un centre social du 14e arrondissement.
Lundi 7 février, Adrien Taquet participait à un atelier avec des parents sur la parentalité numérique dans un centre social du 14e arrondissement. - ACCORSINI JEANNE/SIPA / SIPA
Oihana Gabriel

Oihana Gabriel

L'essentiel

  • Ce mardi a lieu le Safer Internet Day. La veille, le secrétaire d’Etat à l’Enfance a rencontré des parents dans un centre social du 14e arrondissement de Paris.
  • L’occasion pour l’Unaf de présenter un site répertoriant des informations et conseils pour les parents : « jeprotegemonenfant ».
  • Mais aussi pour des parents présents de partager impuissance, coups durs et astuces face à des enfants et adolescents parfois victimes d’addiction aux écrans, un mal aggravé par la crise sanitaire.

«Je ne suis pas encore allé sur Twitch, nouvelle forêt à explorer, souffle Audrey, maman de trois enfants de 11, 15 et 17 ans. On a l’impression d’avoir toujours un temps de retard sur nos enfants. » A l'occasion du Safer Internet Day qui a lieu ce mardi, des parents, des membres de l’ Union nationale des associations familiales (Unaf) et Adrien Taquet, secrétaire d'État en charge de l'enfance et également père, étaient réunis ce lundi. Afin de partager leurs inquiétudes, coups de massue et astuces sur la parentalité numérique.

Une rencontre, au centre social Didot, 15 rue des Mariniers dans le 14e arrondissement de Paris, qui laisse entrevoir les besoins colossaux des parents souvent paumés face aux conséquences parfois dramatiques de l’abus d’écrans de leur progéniture : désocialisation, sédentarité, addiction…

Des conséquences très lourdes

Le constat est sans appel. « On sait qu’un enfant a un premier mobile vers 9 ans en moyenne, qu’il est exposé à la pornographie vers 9 ou 10 ans et que le confinement a accentué le temps passé sur les écrans, introduit Adrien Taquet. En face, les parents nous disent qu’ils sont dépourvus face à ces questions. »

Et la crise sanitaire n’a rien arrangé. Selon une étude d’Ipsos pour l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique et l’Unaf, 44 % des parents et 53 % des enfants ont augmenté leur consommation d’écrans depuis mars 2020. « Je voudrais limiter le temps d’écran, mais après le confinement, c’est difficile de revenir en arrière », reconnaît Audrey.

Parmi les risques évoqués ce lundi, il y a aussi la pédocriminalité. Diane a découvert que son adolescente de 12 ans avait non seulement volé son portable, créé un profil sur Instagram, mais qu’elle échangeait avec un adulte de 50 ans, qui lui avait demandé des photos de ses pieds… « Vous avez mis le doigt sur une des sources d’inquiétude, réagit Adrien Taquet. Les pédocriminels œuvrent beaucoup sur les forums de jeux vidéo par exemple. »

La question du contrôle parental

Alors, comment accompagner cette parentalité numérique ? Côté matériel, le gouvernement espère démocratiser le contrôle parental. Certains moteurs de recherche (Google), des plateformes (Netflix), des consoles proposent une solution de contrôle parental, à côté des offres payantes. Mais elles ne sont pas toujours adoptées. Une proposition de loi, adoptée par l’Assemblée nationale le 18 janvier et examinée mercredi au Sénat prévoit l’obligation pour les fabricants d’installer un système de contrôle parental sur tous les portables.

L’option d’exiger pour tout utilisateur de scanner sa carte d’identité, histoire d’imposer un âge minimum, semble en revanche compliquée à mettre en place. « Imposer cette restriction uniquement en France n’aurait pas beaucoup d’intérêt puisque Internet est par essence transfrontalier, reprend Adrien Taquet. Mais on essaie d’agir au niveau européen, avec le Digital Service Act. »

Pourtant, cette question du contrôle parental est loin d’être la réponse à tous les problèmes. « Quand on a trois télévisions, deux ordinateurs, une tablette, ça devient compliqué », avoue un père qui participe à cet atelier. Il a imposé à ses trois enfants de 7, 9 et 13 ans des règles claires : pas d’écran pendant la semaine. « Un jour, je prends le portable de mon aîné et là patatras, je me rends compte qu’il a été sur un site porno. Mais je n’ai pas installé de contrôle parental, je préfère privilégier la confiance et l’échange. »

Un site pour aiguiller les parents

Pour mieux épauler les parents, le ministère lance ce lundi une version enrichie du site « jeprotegemonenfant ». Si à l’origine, le site lancé il y a un an se concentrait sur les dangers du porno, il propose désormais un deuxième onglet dédié à tous les usages des écrans. Qu’y trouve-t-on ? Un quiz, des ressources et des conseils pratiques adaptés. Les filtres permettront en effet de donner des conseils en fonction de la problématique recherchée (santé, risques et dérive, place des écrans) et de l’utilisateur (parent, enfant ou adolescent).

Le campus de la parentalité numérique doit aussi se décliner avec des ateliers physiques. Qui restent aux mains des associations, centres sociaux, caisses d’allocation familiales (Caf)… « Il y a déjà beaucoup d’ateliers proposés dans les cafés de parents, groupes de parole mais cette offre est trop disparate et peu visible, souligne Stéphanie Pouria, chargée de mission de l’Union nationale des associations familiales (Unaf), qui pilote le projet. Le but de ce campus est de structurer tout cela avec des messages communs, des ateliers clefs en main, des outils pratiques. »

A terme, l’Unaf espère communiquer dans les mairies, les écoles, les départements sur ces rencontres autour de la parentalité numérique. Mais pour le moment, le projet n’en est qu’à ses balbutiements.

Conseils entre parents

Et pourtant, la demande est là. La preuve : les parents réunis lors de cet atelier dans le 14e avaient clairement envie de partager leurs galères, mais aussi leurs solutions. Nathalie a des jumeaux de 16 ans. Et fait rire l’assistance quand elle explique qu’elle a choisi le dialogue plutôt que l’interdiction après une petite mésaventure. « A 12 ans, mon fils a bloqué à distance mon portable parce que je lui avais interdit la Nintendo… Nous avons alors décidé d’arrêter de nous punir mutuellement ! Contre les écrans, il n’y a rien de mieux que la forêt, le toboggan, le foot, les jeux de société qui créent le même système de récompense que les réseaux sociaux. »

Et sa voisine de renchérir : « chez nous, les règles concernant les écrans sont les mêmes pour les parents et les enfants ». Et tous de confirmer que l’exemplarité des parents est essentielle. Notamment avec des tout-petits, qui se construisent par mimétisme.

Diane se montre plus dubitative sur cette option du dialogue, nécessaire, mais parfois insuffisante. « Il y a l’adolescence et les portes qui claquent… Nous, on a enlevé la porte, astuce ! Et puis on a retiré à ma fille son téléphone pendant six mois. » Six mois ? Les parents assis en cercle ouvrent de grands yeux. « Après, on a découvert une enfant qui dessine, lit, invite des copines. A 18 ans, ma fille nous a dit que c’était la meilleure chose qu’on ait faite pour elle ! »

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