Coronavirus : Tests, masques, sport… Les pistes pour alléger le protocole sanitaire à l’école après les vacances d'hiver
EDUCATION Le ministre de l’Education envisage, en corrélation avec les syndicats, l’allègement du protocole sanitaire anti-Covid dans les écoles dès la rentrée des vacances d’hiver
- Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, rencontre les syndicats enseignants ce mardi aux côtés du ministère de la Santé pour une réunion tripartite.
- Ils discuteront d’un possible allègement du protocole sanitaire en place dans les écoles dès la rentrée des vacances de février.
- Les syndicats attendent de leur côté davantage de clarté et de faisabilité dans les prises de décision dans la lutte contre l’épidémie, mais aussi un éclairage scientifique sur les mesures mises en place.
De la « constance » demandait, pour le protocole sanitaire à l’école, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, sur France Inter fin janvier. C’est aussi ce que réclament les syndicats d’enseignants. Ce mardi, ils rencontrent le ministère de l’Education nationale et celui de la Santé pour une réunion tripartite qui abordera un éventuel allègement du protocole en place dans les établissements scolaires. Jean-Michel Blanquer s’est en effet félicité de l’amélioration de la situation épidémique ces derniers jours, sur le territoire national comme dans les écoles. Il a ainsi envisagé l’assouplissement de certaines règles en vigueur d’ici la fin des vacances de février.
Les contaminations et fermetures de classes restent à un niveau élevé, mais marquent une « petite tendance baissière » qui « nous met dans une forme de confiance vers une normalisation », a déclaré le ministre sur Sud Radio vendredi. Actuellement, 16.836 classes sont fermées, contre plus de 20.000 la semaine dernière, et 410.000 cas de Covid ont été recensés chez les élèves sur 7 jours cumulés (57.000 contaminations la semaine dernière), a-t-il détaillé. La même tendance à la baisse est observée chez le personnel, avec 26.798 contaminations, soit 2,23 % du personnel (35.000 il y a une semaine).
Plusieurs pistes évoquées
De quoi envisager des règles sanitaires moins strictes pour la rentrée. Notamment l’aération, le port du masque…
Plus précisément, les pistes suggérées sont le passage du niveau 3 au niveau 2 du protocole sanitaire dans les écoles primaires, qui entraîne le retrait du port du masque en extérieur. Le retour du sport en intérieur est aussi envisagé, comme l’a précisé le ministre lui-même, interrogé dimanche sur CNews. « On peut aussi attendre l’allègement des contraintes sur la pratique sportive », a ajouté Jean-Michel Blanquer. Selon Le Parisien, le non-brassage des classes pourrait également être assoupli, si ce n’est complètement levé, ainsi que la suppression d’un des trois tests en cas de suspicion de Covid obligatoires actuellement.
Prudence sur la levée de mesures
Plusieurs syndicats, notamment le SE-UNSA (premier et du second degré) et le SNES-FSU (second degré), se demandent justement si les trois autotests demandés en cas de risque de contamination ou de cas contact, ont réellement un sens. Particulièrement ceux à J + 2 et J + 4. « On a l’impression que celui à J + 4 a un sens, mais pas celui à J + 2 », explique ainsi à 20 Minutes Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-UNSA. D’autant que les résultats ne sont pas vérifiables car les élèves présentent une attestation sur l’honneur. « A quoi ça sert vraiment ? », s’interroge alors Sophie Venetitay, secrétaire adjointe de la SNES-FSU et professeure de SES au lycée, qui sera autour de la table mardi. Cette réunion sera pour ces syndicats l’occasion d’obtenir un avis scientifique sur la question car, comme le rappelle Stéphane Crochet, « on ne se prend pas pour les autorités de santé ».
C’est pourquoi les mesures évoquées méritent d’être vérifiées et approuvées par des experts de l’épidémie. « Revenir à un niveau 2 du protocole, on le souhaite tous », indique Stéphane Crochet. Mais les syndicats « ne sont pas là pour négocier l’allègement de telle ou telle mesure. Ils souhaitent comprendre les décisions, les implications sur la circulation du virus, abonde Sophie Venetitay. On n’a jamais su à quel seuil épidémique correspond tel ou tel niveau de protocole ». Même discours pour le masque : même si « tout le monde rêve de l’enlever », il faut savoir dans quelles conditions. « Il est peut-être plus prudent de le garder jusqu’aux vacances de Pâques, soit six semaines, estime ainsi Stéphane Crochet. C’est aux autorités sanitaires de nous dire ce qu’il est possible de faire ou non ».
Trop tôt pour retirer le masque
20 Minutes a alors demandé à Yves Buisson, épidémiologiste et président du groupe Covid-19 de l’Académie de médecine ce qu’il pense de la levée de certaines restrictions. Selon lui, de manière générale, « il est trop tôt pour lever toutes les restrictions anti-Covid et pour l’école, c’est bien d’y réfléchir, mais je ne suis pas sûr que le port du masque doit être levé à l’extérieur. Dans les cours de récré, on est plus dans le corps-à-corps que dans les salles de classe, même si c’est à l’extérieur. C’est la différence avec la vie du quotidien, dans la rue, on ne claque pas la bise à tout le monde, on garde naturellement nos distances. »
En revanche, il estime que le protocole sanitaire « est allé trop loin dans la politique des tests, rendant la vie de tout le monde impossible sans réelle efficacité, il faut donc alléger cette partie du protocole » et surtout, pousser à la vaccination des 5-11 ans qui a du mal à décoller. Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France, datant du 3 février, seul 1,2 % des 5-9 ans sont complètement vaccinés, et 1,6 % le sont partiellement.
Plus de stabilité
Finalement, il vaut mieux prolonger les mesures un peu plus longtemps et éviter de « multiplier les ordres et des contre-ordres dans les semaines suivantes », comme ça avait été le cas entre octobre et novembre, où le port du masque avait été abandonné, avant d’être rétabli quelques semaines plus tard au vu de la situation épidémique du pays. « Il y a une nécessité d’être prudent et ne pas être dans la précipitation », insiste la professeure de SES. Les enseignants ont toujours en travers de la gorge les maintes annonces sur les modifications du protocole sanitaire au mois de janvier qui n’ont cessé d’évoluer et parfois au dernier moment.
La principale revendication des syndicats enseignants, c’est alors, tout simplement d'« y voir clair ». La profession reproche en effet au ministre « un manque de visibilité et une discordance entre les ministères de l’Éducation et de la Santé », s’impatiente l’enseignant militant. Selon lui, pour l’heure, « il faut alléger les procédures intenables, pas les mesures sanitaires ».
Et de clarté
Autre point flou soulevé par l’enseignant : la date évoquée par Jean-Michel Blanquer concernant la mise en place de cet allègement du protocole. Le ministre mise en effet sur la fin des vacances de février, mais ces congés étant divisés par zone sur le territoire, il peut à la fois s’agir de la fin des vacances dans deux semaines, ou dans un mois, selon la zone. « Le protocole sera-t-il adapté de manière différente en fonction des zones ? », se demande à son tour Sophie Venetitay. En outre, « la situation sanitaire ne sera pas du tout la même entre la mi-février et le début mars », pointe Stéphane Crochet. Par ailleurs, les syndicats réclament une période transitoire pour avoir le temps de se préparer et d’adapter les nouvelles mesures. « Cela dépendra néanmoins des mesures modifiées : si on réduit le nombre de tests, on n’a pas besoin d’être mis au courant longtemps à l’avance, même chose si on retire le masque », nuance Stéphane Crochet.
Le second objectif, c’est que l’évolution qui sera décidée, quelle qu’elle soit, puisse être « vivable », c’est-à-dire « tenable au quotidien dans les établissements ». « On en a marre des mesures qui cherchent à déranger le moins possible les parents et en même temps qui visent à rassurer les autorités de Santé et qui, dans l’ensemble, ne réussissent pas au quotidien », s’agace Stéphane Crochet qui dénonce enfin un « gros problème de méthode et de réalisme ».