Affaire Orpea : Le groupe d’Ehpad privé poursuivi par plusieurs syndicats

SCANDALE La CGT, la CFDT et FO accusent Orpea de « discrimination syndicale » et de s’être appuyé sur un syndicat « maison » à ses ordres

20 Minutes avec AFP
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orpéa — Michel Euler/AP/SIPA

L’effet boule-de-neige se poursuit pour le groupe d’Ehpad privé Orpea, dans la tourmente depuis la publication d’un livre qui dénonce des faits de maltraitance envers les résidents. La CGT, la CFDT et FO ont indiqué ce vendredi qu’elles comptaient  porter plainte contre l’entreprise. Elles l’accusent de « discrimination syndicale » et de s’être appuyé sur un syndicat « maison » à ses ordres.

« Nous avions depuis longtemps des soupçons sur des agissements inacceptables de la direction, mais les témoignages et les preuves apportés par le livre de Victor Castanet vont nous permettre d’agir en justice », a expliqué Guillaume Gobet, responsable CGT et ancien cuisinier à Orpea.

Accusation de harcèlement

La plainte, qui doit être déposée avant la fin du mois, pourrait viser des chefs de « discrimination syndicale » et « d’entrave à l’activité syndicale », a précisé Guylain Cabantou, un autre responsable de la CGT.

Une autre piste envisagée est une plainte pour harcèlement, dont auraient été victimes les élus CGT de la part de la direction, a indiqué de son côté Me Apolline Cagnat, l’avocate en charge du dossier au pénal. La CFDT et FO envisagent une démarche juridique similaire, mais séparée.

L’Arc-en-Ciel de la discorde

Les syndicats reprochent à la direction du groupe, dans la tourmente depuis la parution d’un livre-enquête qui dénonce des faits de maltraitance dans ses maisons de retraite, de les avoir court-circuités en favorisant l’émergence et la victoire aux élections professionnelles d’un syndicat « maison », baptisé Arc-en-Ciel, ainsi que de l’Unsa, qu’ils estiment inféodés à la direction.

Cette situation « empêche les autres organisations syndicales de pouvoir défendre correctement les salariés, ce qui dévoie le rôle même des représentants du personnel », déplore Guillaume Gobet.

Un risque de « sanctions »

Or, au sein d’Orpea, « tout salarié qui va revendiquer ses droits ou tout comportement susceptible de nuire à la rentabilité de l’entreprise, comme réclamer des protections supplémentaires pour les résidents, court le risque d’être sanctionné », selon le syndicaliste.

« Et si un salarié convoqué en vue d’une sanction est défendu par la CGT, il est automatiquement licencié », affirme Guillaume Gobet. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a été reçu vendredi en fin d’après-midi par le Premier ministre Jean Castex et la ministre du Travail Elisabeth Borne.

La « souffrance » des salariés

Il leur a demandé d’être reçu par le ministre de la Santé Olivier Véran « pour évoquer avec lui le dossier Orpea, car les salariés dans les maisons de retraite souffrent beaucoup », a indiqué le dirigeant syndical.

Indépendamment des plaintes qui pourraient être déposées prochainement au pénal, la CGT avait déjà entamé, avant même la parution des « Fossoyeurs », une procédure judiciaire au civil pour « contester la représentativité et donc la légitimité » du syndicat Arc-en-Ciel, a expliqué Etienne Margot-Duclot, l’avocat en charge de ce dossier.

D’enquête en enquête

En première instance, la CGT a été déboutée par le tribunal judiciaire de Nanterre, « pour des raisons de forme », mais l’affaire doit être examinée dans les mois à venir par la cour d’appel de Versailles. Or, « le livre conforte notre action, puisqu’il contient des témoignages attestant de l’absence totale d’indépendance d’Arc-en-Ciel », a souligné Me Margot-Duclot. Sollicitée par l’AFP, la direction du groupe Orpea n’avait pas réagi vendredi en début de soirée à ces informations.

Depuis la parution du livre de Victor Castanet, le gouvernement a par ailleurs annoncé l’ouverture d’une enquête administrative sur Orpea, confiée conjointement aux inspections générales des affaires sociales (IGAS) et des finances (IGF). Les conclusions de cette mission devront faire l’objet d’un « rapport définitif » le 14 mars.