Rennes : Traumatisés par leur traversée en mer, de jeunes migrants apprennent à nager

SOLIDARITE Des étudiants en filière Staps à Rennes ont monté le projet Aquarius afin d’aider une dizaine de jeunes mineurs non accompagnés à vaincre leur peur de l’eau et à soulager leurs souffrances

Jérôme Gicquel
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Accompagnés par des étudiants rennais, une dizaine de mineurs non accompagnés vont apprendre à nager.
Accompagnés par des étudiants rennais, une dizaine de mineurs non accompagnés vont apprendre à nager. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Une dizaine de mineurs non accompagnés ayant tous traversé la Méditerranée suivent des cours de piscine dans la région rennaise.
  • L’objectif est de vaincre leur peur de l’eau et d’engager avec eux un travail de suivi psychologique.
  • Ce projet, baptisé Aquarius, est porté par quatre étudiants en filière Staps.

Ils ont vécu l’enfer, traversant, comme tant d’autres migrants, la Méditerranée au péril de leur vie dans des embarcations de fortune. Un traumatisme qui a laissé des traces chez ces jeunes Africains, souffrant pour beaucoup de  troubles psychiques. Mais pour l’heure, c’est la joie qui se lit sur leur visage. Ce lundi soir, une dizaine de ces jeunes mineurs non accompagnés (MNA), originaires de Guinée, de Côte d’Ivoire, du Mali ou du Cameroun, s’amusent comme des fous dans un bassin de la piscine de Cesson-Sévigné près de  Rennes​.

Les séances à la piscine visent à vaincre leur peur de l'eau.
Les séances à la piscine visent à vaincre leur peur de l'eau. - J. Gicquel / 20 Minutes

Munis d’une frite, ils se jettent tous dans le grand bain, chaque saut étant ponctué de grands éclats de rire. « Tu es sûr que j’ai pied ? », demande tout de même l’un d’entre eux, un peu craintif. Car la majorité de ces jeunes ne savent pas nager. Certains découvrent même la piscine pour la première fois. « C’est trop cool ici ! », s’exclame Mohamed, originaire d’Éthiopie. Comme ses camarades de bain, une dizaine de séances l’attendent encore dans les prochaines semaines avec l’objectif d’apprendre à nager. « Ou tout du moins à se débrouiller dans l’eau », souligne Enja Delepine.

« Ces jeunes voient l’eau comme un danger »

C’est à ce jeune homme et à trois autres étudiants en filière Staps à Rennes que l’on doit ce projet sportif et solidaire baptisé Aquarius, en référence au bateau de l’ONG SOS Méditerranée. Éducateur spécialisé à Chartres, Enja Delepine travaillait déjà avec des jeunes migrants. C’est au contact de l’un d’entre eux, hanté par des cauchemars après la noyade de son meilleur ami pendant la traversée de  la Méditerranée, que ce projet a pris tout son sens.

« Ces jeunes ont un rapport complexe à l’eau qu’ils voient comme un danger, précise-t-il. A travers des séances ludiques, on va donc essayer de vaincre leur peur afin qu’ils appréhendent mieux le milieu aquatique ». En Master Staps, Emilie Schoenahl, maître-nageuse, les accompagne aussi dans ce projet, animant les séances au bord du bassin. « On y va progressivement en leur apprenant à se déplacer dans l’eau, indique la jeune femme. Mais je suis aussi là pour les rassurer afin qu’ils prennent confiance en eux ».

Bientôt des cours de paddle et de surf

Chaque mois, une psychologue se joindra également aux jeunes pour un groupe de parole. Car si le projet se veut ludique et sportif, il vise aussi à repérer et à soigner les blessures invisibles de ces jeunes. « C’est très compliqué de les faire adhérer à un suivi psychologique, souligne Enja Delepine. On pense que le sport peut être une bonne entrée en matière pour ça. C’est aussi un moyen de les aider à mieux s’insérer en France ».



Après la piscine, la dizaine de jeunes suivis par l’association découvrira également aux beaux jours d’autres activités aquatiques comme le canoë, le paddle et même le surf à Saint-Malo. « La mer ne doit plus être un endroit traumatisant pour eux mais un lieu de plaisir et de loisirs », espère Enja Delepine, qui prévoit de lancer un projet similaire dans les prochains mois à Chartres.