Sécurité routière : près de 70 % des Français utilisent leur téléphone au volant

ALLO Une hausse vertigineuse par rapport à 2004, où ils n’étaient que 22 %

20 Minutes avec AFP
De nombreux conducteurs utilisent leurs téléphones au volant. (PHOTO D'ILLUSTRATION)
De nombreux conducteurs utilisent leurs téléphones au volant. (PHOTO D'ILLUSTRATION) — RAPHAEL BLOCH/SIPA

Les Français sont accros à leur téléphone. Même au volant. D’après le baromètre Axa Prévention 2020, 69 % des conducteurs interrogés utilisent  leur téléphone en conduisant. Une hausse vertigineuse par rapport à 2004, où ils n’étaient que 22 %.

Les smartphones, qui permettent de se parler, consulter ou envoyer un message, changer de musique ou suivre son itinéraire, sont omniprésents, même au sein de l’habitacle d’un véhicule. Si vous avez besoin de décrocher, la   22e édition des journées mondiales sans portable se déroulera du 6 au 8 février. De quoi entamer un sevrage.

Un message multiplie le risque d’accident par 23

Car « c’est un fantasme de croire qu’il est possible de continuer à mener ses activités habituelles en parallèle (surtout) conduire », souligne Anne Lavaud, déléguée générale de l’association Prévention routière. Rouler, est l’activité « la plus forte en termes de charge mentale, c’est prendre une décision toutes les 5 secondes », explique-t-elle.

Selon une étude américaine menée en 2009 par le Virginia Tech Transportation Institute (VTTI), écrire un message au volant multiplie ainsi par 23 le risque d’accident. Il l’est par quatre si l’on téléphone, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Lent à la détente

Dans son bilan 2020, l’Observatoire national de la sécurité routière (ONISR) estime que la voiture d’un conducteur à l’attention « diffuse » (temps de réaction de 2 secondes) met, à 130 km/h, 54 mètres de plus à s’arrêter que celle d’un conducteur concentré (0,5 sec).

Le « défaut d’attention » a justement été relevé par l’ONISR chez l’un des conducteurs dans un accident corporel sur cinq en 2020, et dans 13 % des accidents mortels. Mais cette cause englobe, outre l’usage du téléphone, celui des distracteurs technologiques (GPS, aide à la conduite), dont l’utilisation est également croissante, ainsi que « l’inattention » d’une manière générale.

Des « proportions effarantes »

La recherche du téléphone comme cause d’accident est seulement effectuée « quand il n’y a aucune autre raison évidente (alcool, stupéfiants, vitesse excessive) », selon Me Vincent Julé-Parade, avocat spécialisé en droit des dommages corporels et droits des victimes.

Résultat selon Me Julé-Parade : « on dispose de très peu de données objectives en terme statistiques. Si on avait plus d’éléments, on arriverait à des proportions effarantes ». « L’usage du téléphone est une causalité probablement plus difficile à déterminer que d’autres », reconnaît Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la sécurité routière qui organise jusqu’au 12 février à Paris une exposition de sensibilisation.

Suspension de permis

358.858 contraventions pour usage du téléphone ont été dressées en 2020, soit près de 100 par jour, un chiffre jugé « ridiculement bas » par Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière.

Et si utiliser son téléphone ne constitue pas une circonstance aggravante autonome en cas d’accident (contrairement à l’alcool, les stupéfiants ou la vitesse excessive), l’arsenal répressif a toutefois été durci. Depuis mai 2020, les automobilistes qui commettent une infraction routière avec leur téléphone à la main voient désormais leur permis de conduire immédiatement retenu et encourent une suspension pouvant aller jusqu’à un an.