« Marseille est la plus vieille ville de France, mais il n’y a rien à voir »… Mais où sont les vestiges archéologiques ?

PATRIMOINE À l’inverse de Nîmes ou d’Arles, une promenade dans Marseille ne donne pas vraiment la mesure de son histoire antique

Alexandre Vella
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Des vestiges avec des sols d'époque romaine mis au jour en 2010 à Marseille, lors de la construction de l'hôtel intercontinental. Il n'en reste rien de visible.
Des vestiges avec des sols d'époque romaine mis au jour en 2010 à Marseille, lors de la construction de l'hôtel intercontinental. Il n'en reste rien de visible. — FOURMY MARIO / SIPA
  • De nombreux sites archéologiques marseillais ont été réenfouis ou détruits.
  • « Si les vestiges n’ont pas été conservés, c’est qu’il a fallu construire la ville » par-dessus, explique Dominique Garcia, le directeur de l’Inrap.
  • La question qui se pose est « que sauvegarder ? ». Le maire de Marseille s’est ému de l’enfouissement de la carrière antique de la Corderie, mais n’a pas encore donné sa vision du patrimoine.

« Marseille est la plus vieille ville de France, on a fêté ses 2.600 ans, mais il n’y a rien à voir… », introduit Xavier Lafon,  archéologue à l’université d’Aix-Marseille. « Ah si, il y a une plaque sur le port, qui commémore l’arrivée des Grecs », ironise-t-il. Car il est vrai, en dehors des vestiges dans le jardin du musée d’Histoire (vestiges que Gaston Deferre voulait raser et qu’André Malraux, le ministre de la Culture d’alors, avait sauvés in extremis) qu’une promenade dans Marseille ne donne pas vraiment la mesure de son histoire, à l’inverse de Nîmes et d’Arles.

Pourtant, ce ne sont pas les découvertes archéologiques qui ont manqué à Marseille. Dernière illustration en date, les disputes autour du site de la carrière antique de la Corderie, que l’État a décidé de réenfouir. « On enfouit une partie de la mémoire de Marseille », s’était alors ému, début décembre, Benoît Payan, le maire. Découverte à laquelle nous pouvons ajouter d’autres sites, autrement importants, quoique sans doute moins symboliques. « L’ancienne agora de Marseille, sous la place Lenche [2e arrondissement], enfouie. L’atelier d’amphores et céramiques, d’où est vraisemblablement sorti le premier vin de France, enfoui sous le Conseil régional. La première église chrétienne de la ville, boulevard des Dames, passée au bulldozer », énumère l’universitaire qui ne mâche pas ses mots contre « l’archéologie dite préventive », qui permet l’étude et la sauvegarde de la connaissance, mais vise ensuite à rendre le terrain au propriétaire.

« Une tension entre aménagement du territoire et préservation des vestiges »

« Quand vous voyez des vestiges, avec des pierres au ras le sol, vous n’avez pas l’explication pédagogique que peut donner un musée avec des reconstitutions 3D, par exemple », tempère Dominique Garcia, directeur de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives, organisme qui fête ses 20 ans) qui a également enseigné l’archéologie à Marseille. « Il y a toujours une tension entre aménagement du territoire et préservation des vestiges. Marseille est la deuxième ville de France, et si les vestiges n’ont pas été conservés, c’est qu’il a fallu construire la ville sur les vestiges, au contraire de villes comme Arles ou Saint-Rémy-de-Provence qui se sont moins développées », resitue-t-il.

Dominique Garcia convient toutefois que quelques découvertes auraient mérité meilleurs sort, à commencer par le théâtre antique grec, fouillé en 2005 par l’Inrap et dont il reste aujourd’hui quelques vagues blocs de pierre, insérés dans la construction du collège Vieux-Port. « Mais il ne s’agit pas de vouloir tout sauvegarder et de mettre un enjeu politique derrière chaque découverte. Cela doit se faire sur des bases patrimoniales et scientifiques, pas sur le coup de l’émotion », considère le directeur de l’Inrap, en référence à la mobilisation politique qu’avait suscité La Corderie. Car tout sauvegarder en désordre, n’aurait pas vraiment de sens.

« Quoi sauvegarder alors ? La maison du Moyen-Âge ? La nécropole du Bas-Empire romain ? Le forum grec ? », interroge Dominique Garcia qui souhaite que « la mairie se positionne sur sa vision du patrimoine ». Et de leur souffler : « Pourquoi pas un parcours grec ? » Marseille, une cité antique sans mémoire ?, publiait au tournant du XXe siècle Xavier Lafon. Force est de constater que 20 ans plus tard, Marseille la grecque n’est pas plus visible.