Marseille : Que risque la ville à recourir à une société privée pour ramasser les déchets?

GREVE DES POUBELLES La mobilistion par la ville de six camions d’une société privée soulève questions et réactions, « 20 Minutes » fait le tour…

Caroline Delabroy
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Les camions interviennent en priorité dans la zone littorale sud (Photo by Christophe SIMON / AFP)
Les camions interviennent en priorité dans la zone littorale sud (Photo by Christophe SIMON / AFP) — AFP
  • Face au mistral et aux feux de poubelles, la ville de Marseille a décidé de mobiliser une société privée pour ramasser le surplus d’ordures qui jonchent les rues depuis cette nouvelle grève des poubelles.
  • Pour l’avocat spécialiste en droit public, Me Louis le Foyer de Costil, le maire use là de son pouvoir de police générale.
  • Pas dupe des enjeux politiques, l’opposition soutient néanmoins l’initiative de Benoît Payan.

Depuis ce mardi matin, six petits camions de la société Pizzorno sont mandatés en urgence par la ville de Marseille pour ramasser le surplus de poubelles qui bloquent les rues. Ils interviennent en priorité sur le littoral sud, pour éviter que les déchets ne déversent dans la mer. Selon la mairie, ce sont ainsi 5 à 7 tonnes de déchets qui sont collectés par jour, quand la métropole affirme « travailler beaucoup mieux » depuis le  déblocage des centres de transfert ce week-end. « Il nous reste 2.848 tonnes à ramasser », indiquent ainsi les services de la métropole.

Que risque Marseille à recourir au privé pour ramasser les poubelles ?

Dans son communiqué, la mairie annonce « déroger de façon exceptionnelle au droit des collectivités et à la répartition des compétences entre la ville et la métropole ». Sauf qu’à écouter Me Louis le Foyer de Costil, avocat spécialisé en droit public, la décision de Benoît Payan n’est pas dénuée de fondement juridique.

« Il peut produire un argumentaire sérieux, explique-t-il, Il n’est pas démuni comme peut l’être un président de région ou de département. Il a un pouvoir de police générale qui concerne la salubrité publique. Le maire a aussi un pouvoir de police spéciale des déchets, qui relève du code de l’environnement. »

« Dans l’ordre public, il n’y a pas un qui a raison, et un qui a tort, poursuit Me Louis le Foyer de Costil, le juge fait la balance entre les troubles et les libertés. » En l’occurrence entre les feux de poubelles et les nombreux déchets sur la voie publique, qui s’envolent à cause du mistral, et l’exercice du droit de grève.

A l’heure où sont écrites ces lignes, FO n’a pas encore communiqué son intention ou non, d’attaquer en justice la décision du maire. Selon La Provence, les négociations auraient même repris entre la métropole et syndicat.

Quelles sont les réactions dans l’opposition ?

« La seule chose qui compte, c’est qu’on ramasse le stock d’ordures ménagères », lance Yves Moraine, conseiller métropolitain LR, en première ligne des négociations de fin décembre avec les éboueurs, se refusant à « toute polémique politicienne » à la suite du coup de poing sur la table de Benoît Payan. « Je ne suis dupe de rien, mais je me concentre sur l’essentiel, poursuit-il. Je préférerais toujours quelqu’un qui essaie de donner un coup de main à quelqu’un qui critique. »

« Il était temps que le maire intervienne, on peut regretter qu’il ne l’ait pas fait avant », pousse un peu plus loin Catherine Pila, cheffe de file de l’opposition LR au conseil municipal. « Il y a un jeu politique évident, après que le chevalier blanc Payan vienne travailler à côté de la métropole très bien, mails il va falloir voir l’effet sur le terrain. »

« Il y a beaucoup de communication derrière tout cela, abonde Lionel Royer-Perreaut, maire LR des 9e et 10e arrondissements de Marseille. J’ai du mal à imaginer qu’il puisse se substituer pleinement à la déficience des services métropolitains. » Il n’en appelle pas moins à la fin du rapport de force entre métropole et syndicat : « Il faut poser d’autres sujets sur la table, que ceux qui ne sont pas juridiquement justifiables et financièrement tenables, il faut trouver une troisième voie. »

Au final, qui va payer la facture ?

La facture dépendra du temps d’intervention de la société privée. Ce mardi, la ville ne pouvait ni indiquer jusqu’à quelle date elle fera appel à ces camions, ni le prix moyen par jour. Dans tous les cas, il ne fait pas de doute qu’elle retombera sur les épaules du contribuable. « Il est clair que les grèves, ça coûte cher, que ce soit en heures sup ou en faisant appel au privé », déclare, flegmatique, Yves Moraine.