Nature : 20 millions d'animaux élevés pour la chasse selon Yannick Jadot, une estimation contestée par les professionnels de la filière

FAKE OFF Yannick Jadot a expliqué qu'il y a en France 20 millions d'animaux élevés pour la chasse. Une estimation basée sur des chiffres d'éleveurs datant de 2013. Un syndicat d'éleveurs évoque des chiffres désormais plus bas

Mathilde Cousin
— 
Une estimation de 2013 du syndicat national des producteurs de gibier de chasse évoquait en 2013 environ 20 millions d'oiseaux élevés. Son président estime désormais leur nombre entre 10 et 15 millions, selon une enquête en cours.
Une estimation de 2013 du syndicat national des producteurs de gibier de chasse évoquait en 2013 environ 20 millions d'oiseaux élevés. Son président estime désormais leur nombre entre 10 et 15 millions, selon une enquête en cours. — REAU ALEXIS/SIPA
  • Invité mercredi du live présidentiel 20 Minutes/TF1 sur Instagram, Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle, a avancé qu’il y a en France 20 millions d’animaux élevés pour la chasse.
  • Cette estimation s’appuie sur les chiffres d’un syndicat d’éleveurs.
  • Ces chiffres datent de 2013 et le syndicat mène une nouvelle enquête sur les chiffres de la filière. Selon les premiers résultats, le nombre d'oiseaux élevés par la filière est désormais plus bas.
  • Le président du syndicat explique que tous les animaux ne sont pas lâchés uniquement pour être chassés dans un délai très court. Toutefois, une forte mortalité semble toucher les faisans lâchés dans la nature et non tués lors de la chasse.

Y a-t-il réellement 20 millions d’animaux qui sont élevés en France chaque année pour la chasse ? C’est l’estimation qu’a avancée  Yannick Jadot, candidat écologiste à la  présidentielle, lors  d'un direct sur les pages Instagram de 20 Minutes et de TF1 vendredi.  « Vous savez qu’on élève en France tous les ans 20 millions d’animaux pour les tirer dès qu’ils sont sortis des cages ?, a-t-il lancé. C’est les faisans que vous voyez dans la nature, ils viennent quasiment vous manger dans la main parce qu’ils ont été élevés avec la main de l’homme. On ne peut pas organiser cette souffrance-là. »

L’eurodéputé EELV s’est également prononcé pour une réduction de la chasse à tir, en voulant l’interdire les week-ends et pendant les vacances scolaires. L’écologiste milite également pour interdire la chasse à courre et la chasse des espèces protégées.

D’où vient cette estimation de 20 millions qu’il a donnée mercredi ? L’équipe de Yannick Jadot précise à 20 Minutes que le candidat s’est appuyé sur un chiffre qui « vient du syndicat national des producteurs de gibier de chasse qui est repris par  les médias et les associations qui travaillent sur la condition animale (ASPAS, L214…) ».

Une estimation qui date d’au moins 2013, en cours d’actualisation

Cette estimation a bien été donnée par le syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC), mais elle remonte à au moins 2013. Ce chiffre de 20 millions regroupait alors plusieurs espèces selon le syndicat : 14 millions de faisans, 5 millions de perdrix grises et rouges, un million de canards colvert, 40.000 lièvres de France, 100.000 lapins de garenne, 10.000 cerfs et 7.000 daims. Ces animaux étaient destinés être relâché dans la nature en France.

Huit ans après leur publication, Jean-Christophe Chastang, le président du syndicat, lui-même éleveur et également président d’Interprochasse, une interprofession regroupant des professionnels pour « assurer auprès du grand public la promotion du gibier de chasse », prend de la distance avec ces chiffres. Il explique à 20 Minutes qu’une enquête est en cours pour les mettre à jour. Selon les premiers résultats, ce seraient dorénavant « 10 à 15 millions d’oiseaux », qui seraient élevés en France, avance-t-il.

Des animaux pas tous destinés à être immédiatement chassés, se défend Jean-Christophe Chastang

Jean-Christophe Chastang s’inscrit également en faux contre le fait que les animaux lâchés dans la nature sortiraient de « cages », comme l’a expliqué Yannick Jadot. « Les gibiers ne sont pas du tout élevés en cage, bien au contraire, lance-t-il. Ce sont des animaux qui sont destinés à être remis en nature. Pour cela, on a besoin d’avoir des animaux qui sont extrêmement capables de s’adapter sur les territoires. Ce sont des animaux qui vivent la plupart de leur cycle de production en grande surface, avec des grandes volières, avec des biotopes riches et variés. »

Les faisans âgés de quelques semaines sont bien mis en volière « de superficie variable », notait en 2018 l’association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), qui milite pour l’interdiction des élevages de gibier pour la chasse. Le SNGPC  demande ainsi 3m² par animal. En revanche, certains oiseaux sont placés dans des cages en extérieur, appelées parquets de ponte, pour le processus de reproduction, notait également l’ASPAS. Toutefois, « la grande majorité des éleveurs ne pratiquent pas la reproduction et achètent des poussins d’un jour à des gros élevages », précisait cette association.

Une fois élevés, ces animaux sont-ils lâchés pour être immédiatement chassés, comme l’a expliqué le candidat écologiste à la présidentielle ? Là encore, Jean-Christophe Chastang s’en défend, rappelant que les animaux sont mis dans la nature à différentes périodes de l’année, au printemps pour la reproduction, en été pour le repeuplement et enfin en période de chasse pour être chassés. « Le gibier n’est pas du tout entièrement prélevé [le prélèvement est l’acte de chasse], ajoute-t-il. Il n’y a pas un chiffre précis, exact, mais les prélèvements oscillent entre 40 et 60 % [des animaux mis dans la nature], ce qui veut dire qu’on a entre 60 et 40 % d’animaux qui restent sur le territoire. »

Une enquête réalisée en 2013-2014 par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, englobé depuis dans l’Office français de la biodiversité – qui n’a pas donné suite à nos demandes pour cet article –, estimait à environ trois millions le nombre de faisans communs chassés. L’Office notait alors que « l’essentiel de ce prélèvement est réalisé sur des oiseaux d’élevage ».

Que deviennent les autres animaux qui ne sont pas chassés ? Selon l’Aspas, beaucoup « ne survivent pas dans la nature, au moins jusqu’à pouvoir s’y reproduire au printemps suivant leur lâcher. » La faute aux prédateurs ?