Nice : Dans le quartier des Moulins, quatre jeunes s’investissent en échange d’un loyer peu élevé

PROJET CITOYEN Ils font partie du projet Kaps, mis en place en septembre par l’association pour la fondation étudiante de la ville (Afev) de Nice

Elise Martin
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Mathieu et Hugo, deux des Kaspeurs, découvrent les affiches qu'ils vont poser dans tout le quartier pour un projet d'exposition photo
Mathieu et Hugo, deux des Kaspeurs, découvrent les affiches qu'ils vont poser dans tout le quartier pour un projet d'exposition photo — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Les Kaps sont des projets inspirés de ce qui se fait en Belgique qui permettent à des jeunes de vivre en colocation et de s’engager avec les habitants dans des quartiers populaires.
  • A Nice, cette initiative de l’Afev, une association qui fait du mentorat avec des jeunes de quartier, vient d’être mise en place.
  • Quatre jeunes de 18 à 22 ans vivent aux Moulins et donnent cinq heures de leur temps par semaine pour participer à la vie du quartier et accompagner avec des jeunes en échange d’un loyer attractif.

Au cœur du quartier des Moulins, à l’ouest de Nice, des jardinières se remplissent sur des dalles qui viennent d’être installées. « Un immeuble avait été détruit et c’était devenu un point de deal. Avec les jeunes et les  associations du  quartier, on est en train de réhabiliter cet endroit pour en faire un patio », présente Louise Caburet, responsable du projet Kaps au sein de l’  Afev (Association pour la fondation étudiante de la ville) de Nice.

Le quartier des Moulins à Nice, dont la tour verte où la colocation des quatre jeunes se trouve
Le quartier des Moulins à Nice, dont la tour verte où la colocation des quatre jeunes se trouve - Syspeo / Sipa

Ces jeunes dont elle parle, ont entre 18 et 22 ans. Ils ont été sélectionnés parmi une centaine de candidats pour bénéficier du programme Kaps, la Koloc' à projets solidaires qui s’est développée dans plus de 30 villes en France en dix ans. « On habite dans la tour verte », montre Guillaume, « kapseur » et en service civique dans l’association. Avec Mathieu et Hugo, ils vivent ensemble depuis août 2021 où chacun paie maximum 180 euros de loyer, sans compter la possibilité d’APL, dans une commune où il faut d’habitude compter environ 600 euros pour un studio.

Du mentorat pour les jeunes des quartiers

Ce jeudi matin, ils s’apprêtent à aller coller des affiches dans tout le quartier. « On a remarqué qu’on avait toujours des super beaux couchers de soleil avec des couleurs rosées magnifiques. Tout le monde a des photos depuis sa fenêtre d’immeuble, précise Hugo, qui vient de Lille. On veut en faire une exposition ! » Avant d’aller placarder leur annonce, ils ont rendez-vous avec une association qui a un jardin partagé. Ces temps « d’investissement citoyen » font partie du contrat. La contrepartie pour bénéficier de ce loyer très attractif, c’est de s’engager dans la vie du quartier aux côtés des habitants.

« C’est cinq heures par semaine, dont deux heures de mentorat avec des enfants de 5 à 18 ans, que ce soit un accompagnement scolaire ou culturel », précise Louise. Depuis septembre, ils ont consacré certaines de leur matinée dans un centre aéré, ramassé des déchets, créé des petites olympiades. Un projet de tournoi de foot est aussi dans les tuyaux.

Pour Mathieu, étudiant en lettres allemandes et Auxerrois d’origine, « c’est le côté associatif qui l’a poussé à s’inscrire au projet ». « Ma mère est présidente d’une association donc ça m’a toujours intéressé », détaille-t-il. Hugo, qui n’avait jamais travaillé avec des enfants avant, ajoute : « On a une bonne cohésion avec les petits. On essaie de les regrouper à travers les activités pour renforcer leurs liens. Et on va leur montrer qu’il y a autre chose que leur quartier. »

Des a priori qui évoluent

La responsable salue l’investissement de ses « kapseurs » car « la motivation est vraiment importante pour être recruté ». « On sait que le quartier ne donne pas envie parce qu’en entretien, on a souvent des personnes qui ont fait des recherches sur Google et qui ont trouvé des articles peu flatteurs ». Mathieu reprend : « On change vite d’avis. C’est une ville dans une ville. Donc, une fois que tout le monde te connaît, il fait bon vivre ».

« C’est marrant parce que même dans les commerces du coin, ça fait vraiment famille. Si on a besoin de quoi que ce soit, on est bien accueilli partout », complète Guillaume avant que Hugo ajoute : « Il faut un bon mois pour que tu sois repéré et intégré. Mais effectivement, c’est deux salles, deux ambiances, entre Nice centre et les Moulins. L’atmosphère n’est pas la même. »

Pour l’instant, seul un appartement a été trouvé pour cette Kaps, qui fonctionne en collaboration avec la ville de Nice et le bailleur Côte d’Azur habitat. « On espère pouvoir ouvrir d’autres colocations pour une dizaine de nouveaux "kapseurs" à la rentrée prochaine. L’idée est d’aller aussi dans le centre et la rue Trachel et vers Pasteur. Il faut aussi que ce soit des endroits avec le tram pour avoir une facilité d’accès aux différentes universités », indique Louise. A Cannes, le projet est en place depuis la rentrée 2020 à la suite d’une demande de la ville et accueille désormais onze colocataires.