Etudiants : Les conditions d’accès au repas à 1 euro ont-elles été durcies ?

FAKE OFF Sur LCI, Clémence Guetté, engagée pour Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé le bilan d’Emmanuel Macron, qui a supprimé, à la rentrée, le repas à 1 euro au Crous, sauf pour les étudiants boursiers

Emilie Jehanno
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Des repas à 1 euro sont servis aux étudiants le 9 février 2021, à Paris.
Des repas à 1 euro sont servis aux étudiants le 9 février 2021, à Paris. — Martin BUREAU / AFP
  • Dans l’émission « Elysée 2022 – Place aux jeunes ! », un échange vif entre Clémence Guetté, engagée pour Jean-Luc Mélenchon, et Ambroise Méjean, président des jeunes avec Macron, a eu lieu au sujet des repas au Crous à 1 euro.
  • Les conditions d’accès à cette tarification sociale ont, en effet, été durcies en septembre 2021 pour les étudiants non boursiers. Il leur faut prouver leurs difficultés financières.
  • Or, pour Imane Ouelhadj, vice-présidente de l’Unef, il n’y a pas assez d’assistances sociales pour répondre à la demande et des dossiers sont toujours sans nouvelle.

Mercredi soir, sur LCI, un débat inédit s’est tenu entre huit jeunes représentants des principaux partis engagés dans la présidentielle. Dans l’émission  Elysée 2022 – Place aux jeunes !, un échange vif entre Clémence Guetté, engagée pour Jean-Luc Mélenchon, et Ambroise Méjean, président des jeunes avec Macron, a eu lieu au sujet des  repas au Crous à 1 euro. Dénonçant le bilan d’  Emmanuel Macron vis-à-vis des jeunes et le fait « que ça fait cinq ans qu’il est aux manettes et qu’il aurait pu faire des choses », Clémence Guetté a expliqué que le président de la République avait à son actif la suppression des repas Crous à 1 €, mis en place pendant le Covid-19.

Face à elle, Christophe Beaugrand, l’animateur, souligne qu’ils « existent encore aujourd’hui ». « Cela a été supprimé à la rentrée sauf pour les étudiants boursiers », détaille la coresponsable du programme l’Avenir en commun. C’est alors qu’Ambroise Méjean corrige, en ajoutant : « Et pour ceux qui en font la demande ». Clémence Guetté opine et répète : « oui, et ce n’est pas vrai. Les étudiants ne peuvent pas manger au Crous à 1 euro aujourd’hui. »

Un peu plus tard dans l’émission, Ambroise Méjean précisera : « Les repas étaient ouverts à tous entre janvier et juin. Ils sont maintenant sur justificatif de ressources pour les non-boursiers depuis la rentrée. »

FAKE OFF

De fait, tous les étudiants ne peuvent pas manger un repas au Crous pour 1 euro aujourd’hui. Les conditions d’accès à cette tarification sociale ont été durcies en septembre 2021. Revenons en arrière pour expliquer cette évolution. Au 1er septembre 2020, les repas à 1 euro étaient mis en place pour les étudiants boursiers, « avec la procédure du paiement en ligne Izly qui reconnaissait immédiatement le statut de boursiers en caisse », nous précise le Centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous), qui chapeaute notamment ses organes régionaux, les Crous.

Le 21 janvier 2021, alors que la gronde des jeunes vis-à-vis de la dégradation de leurs conditions de vie s’amplifie, Emmanuel Macron étend cette tarification sociale à tous les étudiants. Dès le 25 janvier, la mesure est mise en œuvre avec un repas à 1 euro, tandis qu’il coûtait auparavant 3,30 euro pour les étudiants, « ce qui est déjà un tarif social », précise le Cnous.

«Beaucoup d’étudiants ont fait des demandes et n’ont toujours pas de nouvelles»

Mais à l’été 2021, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, annonce un revirement : cette offre restera possible automatiquement pour les étudiants boursiers, mais les étudiants non boursiers devront en faire la demande. À la rentrée universitaire, il leur faudra prouver auprès du service social du Crous qu’ils rencontrent des difficultés financières pour faire face aux dépenses courantes.

Et c’est là que le bât blesse pour Imane Ouelhadj, vice-présidente de l’Unef. Pour remplir la demande, un lien doit être envoyé par les universités, ce qui n’a pas toujours été le cas. « Ce lien est quasiment introuvable sur la plateforme s’il n’a pas été envoyé », souligne-t-elle. Le problème s’est amplifié depuis trois mois : « Ce qui est scandaleux, c’est que cette demande était valable jusqu’en novembre, poursuit-elle. À la suite, il fallait obtenir un rendez-vous avec des assistantes sociales pour pouvoir bénéficier des repas à 1 euro. Sauf qu’aujourd’hui, il y a tout un tas de Crous qui n’ont pas suffisamment d’assistantes sociales. Au Crous de Paris, il y en a deux ou trois pour l’ensemble des étudiants. Beaucoup ont fait des demandes, que ce soit pour les repas à 1 euro ou pour les aides sociales, et n’ont toujours pas de nouvelles alors qu’on est bientôt en février. »

Depuis la rentrée, une forte baisse des repas distribués aux étudiants non boursiers

La Fage aussi confirme ce manque d’assistantes sociales. « Il n’y en a pas assez et les étudiants perdent vite espoir d’avoir leur ticket à 1 euro, complète Anne-Laure Syriex, en charge des affaires sociales de la Fage. Cela fait partie de nos demandes : que le Crous soit capable de recruter davantage d’assistantes sociales. »

Au total, en 2021, près de 20 millions de repas à 1 euro ont été servis, dont 12,7 millions à des étudiants boursiers, « la différence ayant été destinée aux étudiants non boursiers » principalement durant les six premiers mois 2021, indique le Cnous, soit près 7,3 millions de repas. Mais durant les quatre derniers mois de 2021, entre septembre et décembre, 8 millions de repas à 1 euro ont été servis, dont 7,8 millions aux boursiers et seulement 200.000 aux étudiants non boursiers précaires. Depuis la rentrée, il apparaît donc que le nombre de repas servi à des étudiants non-boursiers a fortement diminué.

« Dans nos épiceries solidaires, on voit de plus en plus d’étudiants qui viennent et qui ne savent plus comment faire pour avoir de l’aide au quotidien », raconte Anne-Laure Syriex de la Fage. Elle explique que cette hausse se constate notamment pour les étudiants de la classe moyenne, qui n’ont pas accès aux bourses.