Alsace : Vin, bière, spiritueux… Le Dry January est-il aussi un mois sec pour les producteurs d’alcool ?

ABSTINENCE Brasseurs et vignerons sont-ils aussi au régime en janvier alors que nombre de Français et de Françaises ont décidé de ne pas boire en ce début d’année ? Pas sûr

Thibaut Gagnepain
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Les vins d'Alsace sont-ils moins consommés en janvier ? Pas sûr..
Les vins d'Alsace sont-ils moins consommés en janvier ? Pas sûr.. — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Pour la troisième année de suite, la France s’est mise au « Dry January », soit un mois de janvier sans alcool. Phénomène venu des pays anglo-saxons et scandinaves.
  • Est-ce que ce mois d’abstinence se ressent dans le carnet de commandes des producteurs de vins, bière, spiritueux ? Réponse en Alsace un territoire où bière, vin ou alcool fort voient le jour.

Après les fêtes de décembre et ses excès, la raison et la modération en janvier ? C’est, en résumé, le principe de Dry January. L’opération, chère au monde anglo-saxon et scandinave, a fêté cette année son troisième anniversaire en France. Soit dans le pays européen qui compte le plus grand nombre de brasseries (environ 2.300) ou qui est le 3e producteur mondial de  vins.

Une région en est la parfaite illustration : l'Alsace. Là où les plus grandes cuves de blonde, blanche ou brune s’aperçoivent à des kilomètres. Le tout au cœur d’un vignoble dont les grands crus secs ont fait la renommée. Sans oublier ses quelques liqueurs, eaux-de-vie ou whisky local, de plus en plus apprécié.

Dry January, le mois des vins secs ?

Mais alors, est-ce que tous ces producteurs sont aussi au régime en janvier ? « Nous, on considère Dry January comme le mois des vins secs d’Alsace, comme le Sylvaner, le Riesling et d’autres », répond avec humour Véronique Renck, de la cave Wolfberger. Chaque année, le plus grand négociant de la région vend « entre 12 à 13 millions de bouteilles », crémants et spiritueux compris. Et le premier mois de l’année n’est pas considéré comme creux. Pas du tout.

« Le marché est même très dynamique au moins jusqu’au 15 janvier car les gens ont eu des étrennes et refont parfois leur cave, ou reçoivent tout simplement. Il y a aussi la galette et tous les plats réconfortants d’hiver, comme ceux avec du fromage, se marient parfaitement avec nos vins », complète-t-elle, réfutant donc l’idée d’une consommation saisonnière.

Pour les spiritueux et la bière, c’est différent. « On achète beaucoup nos produits avant Noël, et aussi avant la fête des pères [en juin] », confirme Lauriane, de la distillerie Lehmann, la plus ancienne de la région. « Mais janvier n’est pas plus calme que février par exemple. Je ne pense pas Dry January y soit pour quelque chose. »

Un accélérateur de vente des bières sans alcool ?

Un avis partagé par Philippe Collinet, de chez Kronenbourg, le brasseur aux 5,5 millions d’hectolitres écoulés annuellement. « Le marché de la bière est saisonnier mais tend légèrement à diminuer actuellement. Les premiers mois de l’année se ressemblent et chez nous, ils sont synonymes de production et de mise en stock pour être prêt quand la demande sera forte. »

Le directeur de la communication du géant installé à Obernai (Bas-Rhin) voit plutôt ce fameux janvier d’abstinence comme un « accélérateur de ventes pour les bières sans alcool ». A l’en croire, le secteur ne cesserait de croître « de +10 % à 15 % ces dernières années » et représenterait « 4 à 5 % du marché total aujourd’hui ». « Dry January va encore conforter cette tendance de fond », insiste Philippe Collinet, lui non plus ne croit pas trop à l’impact de l’opération en France. Chaque lecteur se fera son avis avec ou sans modération.