Montpellier : Des ateliers pour « dédiaboliser » l’outil numérique et lutter contre l’illectronisme

FRACTURE SOCIALE Au Centre d'expérimentations et d'innovation sociale, 8.000 personnes bénéficient chaque année d'ateliers pour apprendre à maîtriser les outils informatiques et numériques

Nicolas Bonzom
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Un atelier numérique au Centre d'expérimentations et d'innovation sociale de Montpellier
Un atelier numérique au Centre d'expérimentations et d'innovation sociale de Montpellier — L. Goret / CCAS de Montpellier
  • A Montpellier, au Centre d'expérimentations et d'innovation sociale, 8.000 personnes bénéficient chaque année d'ateliers pour apprendre à maîtriser les outils numériques.
  • Ces personnes, dont certaines sont en grande difficulté sociale, apprennent comment utiliser leur ordinateur, naviguer sur Internet, envoyer des SMS, faire une photo, télécharger une application, utiliser le cloud ou éviter les sites malveillants.
  • Douze conseillers numériques, embauchés par la commune en septembre, et l'association les Petits débrouillards, interviennent au CEIS de Montpellier.

Au Centre d’expérimentations et d’innovation sociale (CEIS) de Montpellier (Hérault), Christianne sort d’un petit atelier sur le  numérique, son ordinateur sous le bras. Et elle sollicite, déjà, un nouveau rendez-vous. « La semaine prochaine, à la même heure, avec la même personne, ça vous convient ? », sourit la jeune femme, à l’accueil. « C’est parfait ! », répond la septuagénaire. Car Christianne veut apprendre.

Elle le concède, elle ne connaît rien à l'informatique, et, dans sa vie quotidienne, ça la handicape. « Si, je sais ranger mes photos ! », se réjouit-elle. Le foisonnant vocabulaire du numérique, Christianne l’apprivoise, petit à petit. « A nos âges, on n’a pas l’habitude, confie-t-elle. Je suis née avec la plume, moi ! On se sent vraiment rétrogradé, dans la vie d’aujourd’hui. On a l’impression d’être encore plus vieux. »

« Des personnes en grande fragilité sociale »

Le CEIS, hébergé par le Centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville, dans le quartier des Arceaux, proposent des initiations aux nouvelles technologies : comment utiliser son ordinateur, naviguer sur Internet, envoyer des SMS, faire une photo, télécharger une application, utiliser le cloud, éviter les sites malveillants, etc. L’objectif, c’est de lutter contre l’illectronisme, c’est-à-dire la difficulté, voire l’incapacité, à utiliser des outils numériques et informatiques. Dans ces ateliers gratuits, labellisés Fabrique numérique du territoire, il y a des personnes âgées, mais pas seulement.

« La fracture numérique, ce n’est pas uniquement des octogénaires ou des nonagénaires, confie le maire, Michaël Delafosse (PS). Ça concerne, aussi, des personnes en grande fragilité sociale. Qui ont arrêté l’école tôt, etc. L’illectronisme reste un défi pour notre société. » Des réfugiés, aussi, bénéficient de ces initiations. « L’équipe du CEIS s’occupe bien de nous », se réjouit Ibrahima, 54 ans, originaire de Guinée. Notamment « sur la création d’un CV ou l’utilisation des outils informatiques ».

« Briser des frontières »

Pour animer ces ateliers, la ville a embauché en septembre 12 conseillers numériques, qui interviennent au CEIS, mais aussi dans les Maisons pour tous et les médiathèques. David, 48 ans, est l’un d’eux. « J’aime le lien social qu’on lisse avec les personnes qu’on accompagne », confie ce quadragénaire, qui aimerait bien mettre en place des ateliers sur la vidéo. « Je rencontre un public très varié, d’où la richesse de ce métier. »

Les Petits débrouillards, une association d’éducation aux sciences et aux technologies, intervient également au CEIS, à Montpellier. L’idée, indique Maxime Thomas, le responsable des formations de cette association, c’est de « dédiaboliser l’outil ». Via des cafés citoyens autour du numérique, « où on décortique une thématique, pour créer du savoir à plusieurs, note-t-il. Notamment sur les fake news. Qui est-ce que je dois croire ? Comment je démêle l’information qui nous est donnée ? » Ou des ateliers pratiques, pour apprendre à faire une belle photo avec son téléphone, sécuriser son matériel numérique, ou apprendre à utiliser une imprimante 3D.

L’association les Petits débrouillards organise aussi, au CEIS, des rencontres intergénérationnelles. « D’un côté, il y a des services civiques, des jeunes, qui maîtrisent parfaitement Tik Tok et Snapchat, les parents, qui ne savent pas trop comment se positionner là-dessus, et des personnes âgées qui ne savent pas ce que c’est, sourit Maxime Thomas. Ça permet de briser les frontières. » Chaque année, 8.000 personnes, en difficulté sociale, bénéficient des ateliers numériques, au CEIS de Montpellier.