Strasbourg : Un pouvoir d’achat qui balance entre « choisir de conduire, bien manger ou bien se chauffer »

CONSOMMATION Alors que l’on parle beaucoup du pouvoir d’achat, « 20 Minutes» est allé à la rencontre de consommateurs sur un marché de Strasbourg pour savoir si leur panier est toujours bien garni

Gilles Varela
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Sur le marché de Neudorf à Strasbourg le 25/01/2022
Sur le marché de Neudorf à Strasbourg le 25/01/2022 — G. Varela / 20 Minutes
  • Le pouvoir d’achat prend de plus en plus de place dans les discussions des Français, à quelques semaines de l’élection présidentielle.
  • Les récentes augmentations de prix alimentent les discussions et sur les marchés, celles des fruits et légumes renforcent un peu plus encore un sentiment d’une vie trop chère.
  • « 20 Minutes » est allé à la rencontre de consommateurs sur un marché de Strasbourg pour recueillir leurs sentiments.

Mi-figue mi-raisin. Ce ne sont pas des fruits de saison mais le sentiment recueilli en cette fin janvier auprès des consommateurs sur leur pouvoir d’achat, rencontrés au marché de Neudorf de  Strasbourg. Un quartier où se côtoient familles, jeunes couples, ouvriers, étudiants et retraités.

En cette matinée glaciale, les allées du marché pourtant couvert sont un peu clairsemées. Pas de longues queues devant les étals des primeurs, maraîchers et petits producteurs qui, dans l’ensemble, ont le temps d’achalander leur étal. Mais les cabas sont-ils bien garnis ? Marilyne, mère de trois enfants, pousse un soupir : « A force de rajouter quelques euros par-ci, par-là, cela commence à faire cher. Je fais plus attention, on réduit, on prend plus de pommes et moins d’autres fruits. »

Dans les allées, il y a « bien moins de monde qu’avant, reconnaît Eliane, une maraîchère. C’est toujours le cas en janvier, mais quand même pas comme ça. Il n’y a plus de panier à 50 euros. Les gens viennent et échelonnent leurs courses, avec des ventes à 15 euros. C’est psychologiquement moins difficile de dépenser par étapes. » Pour Robert, un quadragénaire sans emploi, habitué du marché, « tout » est de plus en plus cher. Ça balance maintenant entre « choisir de conduire, bien manger ou bien se chauffer ».

Les produits qui « viennent de loin » plus chers

Un sentiment que tempère Jérôme, un des primeurs du marché, un secteur qu’il connaît bien pour avoir repris l’affaire de son père depuis l’an 2000. Affairé à réapprovisionner son stand, il assure ne pas avoir vraiment remarqué une baisse de la clientèle, même s’il reconnaît facilement qu’il y a bien eu « des augmentations » ces derniers temps, mais pour « certains produits, ceux qui viennent de loin généralement. Parfois près de 50 % comme pour les courgettes, les aubergines ». Une augmentation des prix qui s’expliquerait par celle du coût des transports, comme le confirment d’autres primeurs. « Cela concerne surtout les fruits, précise Eliane. Les oranges sont passées de 2,90 euros l’année dernière à 3,20 euros maintenant. Certains légumes aussi, comme le chou chinois qui est passé de 2,80 euros pièce à 3,50 euros. »

Robert, 70 ans, a bien constaté des augmentations, mais pas au point de limiter ses achats même s’il estime qu’une salade à 1,50 euro, c’est un peu trop. « Je ne me rappelle pas avoir acheté une laitue à 10 francs ! » Et ce n’est pas la campagne présidentielle qui semble pouvoir faire changer les choses. « Le pouvoir d’achat, on en parle. On entend : “On a un plan, nous y réfléchissons, nous allons…” On a surtout l’impression, et pas seulement ces cinq dernières années mais depuis longtemps, que les décideurs ne maîtrisent pas grand-chose en réalité », souligne le retraité. Il attend des mesures concrètes.

Pour Christine, autre retraitée qui fréquente les allées du marché, « la hausse des prix, des fruits et légumes, ne [la] touche pas trop. Je vis seule, ce sont de trop petites quantités », explique-t-elle. « Mais c’est plus difficile pour le coût du carburant, du fuel pour le chauffage. Ce ne sont pas les 100 euros qui vont résoudre la situation, c’est du vent. »

Ce ne sont pas non plus les promesses de la campagne présidentielle qui suscitent l’espoir, celles-ci étant jugées bien souvent comme peu « engagées » sur le thème du pouvoir d’achat. « Ils en parlent, mais il y a bien d’autres thèmes qui passent avant ça, alors que les gens ont plutôt besoin qu’on améliore leur condition de vie, des choses plus essentielles comme pouvoir bien manger », soupire Meg, étudiante de 21 ans. Elle explique « ne pas vouloir acheter ses fruits et légumes dans les grandes surfaces, où c’est plus cher ». Tout comme Robin, elle préfère faire travailler les producteurs et commerçants locaux. Etudiant de 24 ans en alternance, il achète de préférence des produits locaux pour éviter aussi les augmentations en essayant de favoriser les produits de saison. « De toute façon, on ne sort plus beaucoup, ça fait des économies, alors on peut dépenser un petit peu plus », explique le jeune homme qui repart avec dans son sac à dos des légumes et des fruits pour une quinzaine d’euros. « De quoi faire la semaine avec ma copine », dit en souriant l’étudiant.