Pass vaccinal : « Avec un policier, ce n’est plus de la politique que je fais », estime le député agressé à Perpignan

INTERVIEW L’élu LREM a été violemment pris à partie par des manifestants, samedi, à Perpignan

Propos recueillis par Nicolas Bonzom
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Le député LREM Romain GRAU, à Perpignan le 17 janvier 2020 (illustration).
Le député LREM Romain GRAU, à Perpignan le 17 janvier 2020 (illustration). — Pascal RODRIGUEZ
  • Samedi, Romain Grau (LREM), député des Pyrénées-Orientales a été pris à partie par des manifestants contre le pass sanitaire, devant sa permanence, à Perpignan.
  • « Je trouve que l’on a franchi un seuil dans la violence, dans la détermination de ces gens, et dans leur barbarie », confie l’élu catalan, à 20 Minutes.
  • Mais le député ne souhaite pas, toutefois, muscler sa protection. « Si je ne peux pas aller parler aux gens, tranquillement, et si je suis obligé d’y aller avec un garde à corps ou un policier, ce n’est plus de la politique que je fais. »

Samedi, Romain Grau (LREM), député des Pyrénées-Orientales, et un conseiller parlementaire du ministre de la Justice, ont été  pris à partie par des manifestants contre le pass sanitaire devenu depuis lundi   pass vaccinal, devant sa permanence, à  Perpignan. L’élu a déposé plainte, le lendemain, au commissariat. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Que s’est-il passé, samedi ?

Il était un peu moins de 16h20, j’étais en réunion de travail avec Guillem Gervilla, le conseiller parlementaire d’Eric Dupond-Moretti, qui est originaire de mon département. Soudain, on a entendu un bruit, un tintamarre. Des personnes tapaient sur les vitres, frénétiquement. La porte était fermée par un verrou, mais elles ont tellement poussé, qu’il a sauté. Ces gens ne sont jamais entrés dans la permanence, mais ils ont mis une sirène hurlante, c’était un climat assez hallucinant.

Nous sommes allés à leur contact, en se disant qu’on allait pouvoir, peut-être, discuter. Je reçois tout le monde, à ma permanence, y compris des personnes qui sont opposées aux décisions que je prends. Des antivax, j’en ai reçu, pacifiquement. Je pensais, extrêmement naïvement, qu’une délégation parviendrait à se détacher, et que j’aurais pu la recevoir. Mais j’ai constaté que c’était une véritable horde de barbares. Ils ont tenté, à tout prix, de me provoquer, pendant une demi-heure, pour que je passe à l’acte. Ce que, bien sûr, j’ai évité. Mais ça m’a paru être une véritable éternité.

Avez-vous reçu des coups ?

Oui, plusieurs coups, même. Sur le menton, je l’ai senti. J’ai reçu des coups de pied, j’ai été bousculé. Ça aurait pu beaucoup plus mal se passer. Ils voulaient me pousser à la faute. Que l’image soit capturée, et de surcroît, que l’on vous l’adresse en disant « Regardez, Romain Grau est une brute épaisse, il bat les antivax ! ».

Votre local parlementaire a déjà été vandalisé, plusieurs fois, ces dernières années.

Oui, mais là, je trouve que l’on a franchi un seuil dans la violence, dans la détermination de ces gens, et dans leur barbarie. Les images le montrent.

Est-ce que vous parvenez à expliquer d’où vient cette violence ?

Il y a des femmes et des hommes politiques qui libèrent cette violence, avec des discours sans limites. Et d’autre part, il y a une sorte d’inculture qui s’est répandue, qui donne ce climat de jacquerie. Je suis originaire d’un milieu modeste. Mais chez moi, mon père respectait tout le monde, il donnait du sens aux discussions.

Dans votre propre camp, est-ce que les propos d’Emmanuel Macron sur les non-vaccinés n’ont pas jeté de l’huile sur le feu ?

Non. Objectivement, non. Le président de la République n’a jamais eu de propos ambigus, qui pourraient laisser à penser que la violence pourrait être une façon de régler les débats. Contrairement à d’autres femmes et hommes politiques.

Est-ce que vous vivez avec la peur d’une éventuelle agression ?

Non. J’ai été choqué. Je fais attention, pour ma famille. J’ai essayé de la rassurer, rapidement, après les faits, parce que les choses commençaient à tourner.

Êtes-vous sous protection, aujourd’hui ?

Non. Ce que je souhaite, c’est que ces gens soient interpellés, et sévèrement punis. Ce n’est pas aux honnêtes gens que faire l’effort de se mettre au niveau de ces voyous. Je suis un Méditerranéen, si je ne peux pas aller parler aux gens, tranquillement, et si je suis obligé d’y aller avec un garde à corps ou un policier, ce n’est plus de la politique que je fais. C’est autre chose. J’ai besoin de ce contact. Je ne veux pas céder à cette volonté de nous faire changer de pratiques, pour nous asservir à un système qui ne serait pas démocratique. Et qui enlèverait toute sa substance à l’action politique.