Toulouse : Helpicto, l’appli qui permet de donner de la voix à tous ceux qui ne parlent pas

INCLUSION Une société toulousaine a mis au point une application qui permet de traduire les images en voix, et inversement, afin de mieux échanger avec les personnes autistes et aphasiques

Béatrice Colin
L'application Helpicto a été mise au point par une start-up toulousaine.
L'application Helpicto a été mise au point par une start-up toulousaine. — Helpicto
  • En France, plus de 1,3 million de personnes ont des difficultés de langage, en raison de leur autisme ou de leur aphasie.
  • Pour se faire comprendre et échanger avec leur entourage, certaines utilisent des images.
  • Pour fluidifier ces échanges, une entreprise toulousaine a mis au point grâce à l’intelligence artificielle, l’application Helpicto, qui traduit en phrases une suite d’images, et inversement.

Pas facile d’échanger avec un proche lorsqu’il est atteint du trouble du langage. Ces difficultés de communication, de nombreux parents d’enfants autistes ou les familles de personnes aphasiques y sont confrontées tous les jours. Pour arriver à se comprendre, souvent ils échangent grâce à des classeurs d’image, où les pictogrammes décrivent des lieux, des actions et permettent d’échanger au-delà des mots.

Mais difficile d’emporter partout ces petites cartes, de les manipuler jour après jour sans les abîmer ou les perdre. Ou encore de trouver rapidement la bonne image au bon moment sans perdre l’attention. Confrontée régulièrement à ces situations, l’association toulousaine InPacts, qui accompagne des enfants, adolescents et adultes atteints de troubles du spectre autistique ou du développement, a eu l’idée d’utiliser la voix pour rechercher la bonne image dans une banque numérisée. Et s’est tournée il y a quatre ans vers la société toulousaine Corpus Solutions pour créer cet outil.

Cette dernière a depuis développé l'application Helpicto. Ce classeur de communication digitale permet ainsi de traduire la voix en images et une suite d’images en une phrase parlée. Une éducatrice peut ainsi poser une question qui prendra la forme d’images sur l’écran de la tablette ou du smartphone, et inversement. « Au fur et à mesure, nous avons rajouté de nouveaux modules. Grâce à l’intelligence artificielle, Helpicto peut traduire les émotions et permet aussi de travailler en autonomie. Par exemple, lorsque la personne s’habille, l’application décompose les activités à réaliser », explique Anthony Allebée qui dirige Corpus Solutions.

Helpicto utilisé dans un lycée de Toulouse

Il est aussi possible de personnaliser les pictogrammes, en plus des 15.000 qui sont déjà intégrés à l’application commercialisée 14,99 euros par mois pour les particuliers. Ainsi, le dessin d’une dame lambda peut-être remplacé par la photo de la maman de l’utilisateur. C’est aussi le cas des séquences qui peuvent être adaptées. Au lycée Renée-Bonnet de Toulouse, les enseignants se servent des tablettes pour décomposer les recettes et techniques culinaires afin que les élèves en situation de handicap puissent aller à leur rythme et suivre les consignes.

Aujourd’hui, l’application est entre les mains de 300 utilisateurs, dont un depuis la semaine dernière au Canada. Et elle est en train de se déployer dans une quarantaine de centres spécialisés. Notamment au sein de l’Institut médical éducatif du Bois d'en Haut, à Ennery, en région parisienne. Depuis quatre mois, sept familles se sont vues attribuées des tablettes et des smartphones équipés d’Helpicto.

Gain de temps et d’autonomie

« Pour les proches, c’est très agréable de se faire comprendre rapidement par leurs enfants. Antonin, par exemple, parle très lentement et c’est très frustrant pour lui. Helpicto lui permet d’aller plus vite. Cela fait gagner un temps fou aussi aux éducateurs. Et pour l’inclusion, c’est aussi très important, car ils peuvent aller à la boulangerie seuls et se faire comprendre », assure Vinciane Varela, éducatrice spécialisée qui pilote le projet Helpicto. Pour elle, ce nouvel outil simplifie la relation, surtout quand tout le monde ne maîtrise pas les échanges par signes.

Et c’est aussi plus confortable que de se balader avec son classeur et ses images accrochées sur une bande scratch. « C’est aussi moins stigmatisant, car aujourd’hui tout le monde à un téléphone dans sa poche. Dans un commerce, il suffit de le tendre pour se faire comprendre », explique-t-elle.