Comment Samuel, « nettoyeur de l’extrême », intervient-il sur les chantiers Diogène ?

C’EST DU PROPRE ! A la tête de la société NDLE France à Rennes, Samuel Millour s’est spécialisé dans le nettoyage de logements insalubres

Jérôme Gicquel
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Nettoyeur de l'extrême, Samuel intervient sur des chantiers Diogène — 20 Minutes
  • A la tête d’une société de nettoyage basée à Rennes, Samuel Millour intervient sur des chantiers Diogène, en référence au syndrome du même nom.
  • Les personnes atteintes de ce trouble comportemental accumulent des objets et des déchets dans leur logement, au point de le rendre insalubre.
  • Nettoyeur de l’extrême, Samuel conçoit son métier comme une mission sociale, apportant son aide à des personnes en détresse.

Malgré le masque respiratoire que l’on porte, l’odeur est pestilentielle. Le chaos régnant dans cette maison de campagne, située au sud de l’Ille-et-Vilaine, difficilement descriptible aussi. Dans la pièce d’entrée, qui fait normalement office de salon, ce sont des tonnes de  déchets en tout genre qui s’amoncellent au sol. Dans ce capharnaüm, difficile d’ailleurs de se frayer un passage tant les ordures envahissent la pièce.

Le coin cuisine, ou ce qu’il en reste, offre la même vision d’horreur avec un évier cassé et couvert de crasse et des gamelles pour chat, remplies d’excréments ou de croquettes, posées juste à côté. Les autres pièces de la maison sont tout aussi insalubres. Les points d’eau bouchés, les toilettes et la salle de bains sont ainsi totalement inutilisables et la chambre à coucher a des allures de squat.

Des personnes qui refusent toute aide extérieure

C’est dans ce décor sordide, inimaginable pour le commun des mortels, que l’équipe de Samuel Millour entre en action. Ce jeune Rennais, à la tête de la société NDLE France, s’est en effet spécialisé depuis deux ans dans les chantiers Diogène, en référence au syndrome du même nom. Encore assez méconnu, ce trouble du comportement se caractérise par l’accumulation compulsive d’objets divers et une négligence de l’hygiène corporelle et domestique.

A la tête de la société NDLE France, Samuel Millour sest spécialisé dans le nettoyage de logements insalubres.
A la tête de la société NDLE France, Samuel Millour sest spécialisé dans le nettoyage de logements insalubres. - J. Gicquel / 20 Minutes

Il touche des personnes aux profils différents et de tous milieux sociaux. Mais presque toutes refusent de recevoir une aide extérieure, vivant souvent dans le déni et recluse dans leur logement. « Mais cela arrive aussi à des personnes qui sont insérées professionnellement », souligne Samuel Millour, qui a appris, au fil des chantiers, à mieux comprendre ce syndrome. « Cela intervient souvent après un choc émotionnel comme la perte d’un proche, explique-t-il. Les personnes vont donc combler ce manque en accumulant toute sorte de choses et en réduisant l’espace. »

Masque respiratoire, combinaison intégrale et bottes

C’est pour leur venir en aide qu’il s’est lancé dans ce métier de « nettoyeur de l’extrême » que peu de gens seraient capables de faire. « Je ne suis pas là pour porter un jugement sur ces personnes et leur façon de vivre, assure-t-il. J’interviens plus dans une démarche sociale pour aider ces personnes qui sont en détresse. » Face à ces situations d’urgence, ce sont souvent des services sociaux ou des bailleurs qui lui demandent d’intervenir. « Mais cela arrive aussi que ce soit la personne elle-même ou ses proches », indique-t-il.

Le coin du cuisine de la maison, du moins ce qui l'en reste.
Le coin du cuisine de la maison, du moins ce qui l'en reste. - J. Gicquel / 20 Minutes

Avant de désencombrer les pièces et de trier les déchets, l’équipe de choc s’assure d’abord que la maison ne comporte aucun danger, électrique ou autre. Équipés d’un masque à cartouche, pour éviter les poussières toxiques et les odeurs, d’une combinaison intégrale et de bottes, ils se lancent ensuite dans le grand nettoyage. « Et il faut envoyer, c’est physique », sourit son associée.

Le choc de retrouver un logement sain

Il leur arrive parfois de tomber sur des cafards, des puces ou des punaises de lit, nécessitant la désinfection complète des lieux. Comme s’ils cherchaient une aiguille dans une botte de foin, ils retrouvent aussi régulièrement des objets précieux comme des documents d’identité ou des clés. Selon l’état de délabrement et la quantité de déchets à débarrasser, les chantiers peuvent durer d’un à trois jours et jusqu’à une semaine pour certains.

Samuel est alors fier de voir ces personnes retrouver un logement sain. « Mais c’est parfois aussi un choc pour elles car elles n’ont plus de repères dans ce nouvel environnement, indique-t-il. On les accompagne alors en leur donnant des petits conseils ». Nettoyeur de l’extrême donc, mais aussi entrepreneur au grand cœur.