Coronavirus : Pourquoi de plus en plus de jeunes sont bénévoles depuis la crise sanitaire

TENDANCE Les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les conditions de vie des jeunes et sur leur moral n’ont pas entamé leur désir de venir en aide aux autres

Delphine Bancaud
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Dans une distribution alimentaire des Restos du coeur à Marseille, le 26 mars 2021.
Dans une distribution alimentaire des Restos du coeur à Marseille, le 26 mars 2021. — Nicolas TUCAT / AFP
  • La pandémie n’a pas freiné l’engagement bénévole des jeunes : selon le Baromètre de la jeunesse paru ce vendredi, 64 % des 18-30 ans interrogés étaient engagés en 2021 au sein d’une structure (association, syndicat, parti politique…), contre 51 % en 2019.
  • Une implication par ailleurs renforcée puisqu’ils sont plus nombreux à agir régulièrement, en donnant plusieurs heures par semaine ou par mois.
  • Leurs motivations sont multiples : davantage de temps pour se consacrer aux autres, l’envie d’agir sur le terrain, de rompre avec la solitude…

La précarité étudiante, les problèmes psychologiques, le risque de décrochage avec les cours à distance… On a beaucoup parlé des effets néfastes de la crise sanitaire sur les 18-30 ans. Et très peu de ses conséquences positives. Or, cette période leur a donné plus que jamais envie de participer à la vie citoyenne et sociale de leurs pays.

La preuve avec la hausse du bénévolat chez les 18-30 ans depuis le début de la crise du Covid-19, comme le souligne le  baromètre jeunesse* de la Direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative (Djepva), de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) et du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) paru ce vendredi. D’après celui-ci, en 2021, 64 % des jeunes déclarent donner bénévolement de leur temps au sein d’une association ou d’une autre organisation (parti politique, syndicat…), contre 51 % en 2019.

« Ils éprouvent un besoin d’action pour donner un sens à leur vie »

Leur engagement est aussi plus régulier : en 2021, près d’un jeune sur deux (48 %) déclarait donner son temps bénévolement plusieurs heures par semaine, par mois ou à une période précise de l’année (contre 37 % en 2019) et 16 % de manière plus épisodique (contre 14 % en 2019). « La pandémie n’a pas entamé leur esprit de solidarité », résume Sandra Hoibian, directrice du pôle société au Crédoc.

Une propension à se rendre utile qu’explique aisément Jacques Malet, président de Recherches et solidarités, un réseau associatif d’experts de la solidarité : « La pandémie les a empêchés de s’investir dans leur vie sociale, de voyager… Ils éprouvent un besoin d’action pour donner un sens à leur vie ». Selon Sandra Hoibian, la crise sanitaire leur a aussi donné le temps nécessaire pour mettre à exécution l’envie de devenir bénévole qui préexistait depuis des lustres : « Les confinements, les restrictions sanitaires (couvre-feu, restriction des déplacements) et la contraction des activités de sociabilité et de loisirs leur ont donné la disponibilité qui leur manquait avant ».

De multiples domaines associatifs investis

Le sentiment de solitude exacerbé qu’ils ont ressenti depuis deux ans les a aussi incités à sauter le pas : « En rejoignant une association, ils savaient qu’ils allaient pouvoir faire de nouvelles rencontres », souligne Jacques Malet. Ce désir de s’engager renvoie aussi aux valeurs de cette génération : « Ils éprouvent une grande défiance vis-à-vis des institutions, mais accordent leur confiance aux associations locales qui peuvent agir concrètement sur le terrain », poursuit le chercheur.

Les domaines associatifs qu’ils ont choisis sont particulièrement variés : la solidarité, la lutte contre les discriminations, le sport, l’action humanitaire, l’environnement, l’aide aux malades, l’insertion, l’emploi, la culture… « L’environnement est une source de préoccupation grandissante au sein de l’ensemble de la population et de la jeunesse. D’où le désir de ne pas rester inactif face au réchauffement climatique », souligne Jacques Malet.

Un engagement de longue durée ?

Par ailleurs, on constate que l’engagement bénévole des jeunes est en lien avec leur vécu. Ceux qui ont subi des discriminations ont davantage tendance à s’engager dans des associations, selon l’étude. « Les jeunes ont le sentiment que pour qu’une société soit unie, il faut que chacun ait sa place. D’où leur sensibilité plus forte que leurs aînés à la lutte contre les discriminations », souligne Sandra Hoibian.

Reste à savoir si l’investissement des 18-30 ans dans une association, un syndicat ou un parti politique perdurera lorsque les effets de la crise sanitaire se feront moins sentir. « Tout dépend de la manière dont ils ont été accueillis dans ces structures. S’ils ont été bien formés à leurs missions, s’ils ont l’impression d’être vraiment utiles, le bénévolat leur procurera une forme d’épanouissement personnel qu’ils auront envie de faire perdurer. Par ailleurs, de plus en plus de jeunes ont conscience qu’une expérience de ce type est valorisée dans un CV. Et plus elle est longue, plus elle attire l’attention des recruteurs », estime Jacques Malet.

* Enquête en ligne réalisée entre le 8 mars et le 8 avril 2021 auprès de 4.644 jeunes français de 18 à 30 ans.