Seine-Saint-Denis : « C’est un véritable fiasco… » Quinze ans après l’explosion de Bondy, les victimes attendent toujours un procès

JUSTICE Une canalisation de gaz percée en 2007 par le conducteur d’un tractopelle avait provoqué une explosion, faisant un mort et une cinquantaine de blessés

Thibaut Chevillard
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Photo prise, le 02 novembre 2007 à Bondy, d'un immeuble détruit par une explosion qui a fait un mort et 52 blessés
Photo prise, le 02 novembre 2007 à Bondy, d'un immeuble détruit par une explosion qui a fait un mort et 52 blessés — HERMINIE PHILIPPE / AFP
  • En octobre 2007, une conduite de gaz avait été perforée par une pelleteuse qui creusait une tranchée à Bondy (Seine-Saint-Denis), provoquant une explosion. Un homme avait été tué et une cinquantaine de personnes blessées, dont une trentaine grièvement.
  • Quinze ans après, les victimes attendent toujours de connaître la date du procès.
  • La société STPS, chargée des travaux d’enfouissement de la canalisation, a été renvoyée en 2018 devant le tribunal correctionnel, tout comme le conducteur de l’engin. Cette entreprise a fait appel de ce renvoi. L'audience s’est tenue mardi devant la chambre de l’instruction de Paris qui doit rendre son arrêt le 21 avril prochain.

Ils ont vu leur vie partir en fumée. Et depuis le 30 octobre 2007, ils tentent d’obtenir des réponses de la part de la justice. Ce jour-là, un peu avant 14h, le conducteur d’une pelleteuse perce accidentellement une canalisation de gaz, provoquant une étincelle qui a déclenché une  explosion. L’immeuble situé au carrefour des rues Jules Guesde et Roger Salengro, à Bondy  (Seine-Saint-Denis), est soufflé. Un homme de 56 ans, un client du restaurant L’Étoile du Centre, est tué et une cinquantaine de personnes blessées, souvent grièvement brûlées. Devant l’ampleur de la catastrophe, la ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, et le Premier ministre, François Fillon,  s'étaient d'ailleurs rendus sur place.

Près de quinze années se sont écoulées. Et les victimes attendent toujours la date du procès. L’enquête est pourtant terminée depuis 2018. Les juges d’instruction ont décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel le conducteur de l’engin ainsi que l’entreprise STPS, sous-traitant de Gaz de France, qui n'avait pas enfoui cette canalisation assez profondément. En revanche, l’entreprise Bourgeois, qui était chargée d’effectuer les travaux et qui avait été mise un temps en examen, ne sera pas jugée, ont décidé ces magistrats. La société STPS a fait appel de ce renvoi en correctionnelle. Et l’audience ne s’est tenue que mardi, devant la chambre de l’instruction, soit plus de trois ans après.

Un arrêt attendu le 21 avril prochain

« Entre 2018 et début 2022, le dossier n’a fait qu’être sur une table de la chambre de l’instruction de Paris en attendant une audience. On a perdu plus de trois ans pendant lesquels il ne s’est rien passé », déplore Me Stella Bisseuil, qui défend l’une des victimes. Mardi, avec d’autres avocats des parties civiles, elle a plaidé le maintien de la mise en examen de la société STPS. « Si elle n’était pas mise en examen, il n’y aurait que le conducteur de la machine qui comparaîtrait. Il pourrait être jugé responsable de l’ensemble de la situation alors qu’il y a une hiérarchie, d’autres intervenants dans ce chantier qui ont aussi eu leur part de responsabilité », souligne-t-elle.

L’avocate s’étonne aussi que le parquet de Bobigny, qui avait pourtant demandé que l’entreprise Bourgeois soit poursuivie, n’ait pas fait appel du non-lieu rendu par les juges d’instruction. « Ce dossier est abandonné par le parquet de Bobigny, voilà ce que j’en conclus. Le procureur a une position qui n’est pas celle des juges d’instruction, ce qui arrive. Mais dans ce cas, on va jusqu’au bout. Il devait relever appel, ce qu’il n’a pas fait. » La chambre de l’instruction doit rendre son arrêt le 21 avril prochain. « Le dossier va revenir dans les mains du procureur de Bobigny qui peut très bien mettre encore deux ou trois ans à nous trouver une date d’audience, s'inquiète Me Bisseuil. Pour une affaire qui date de 2007. Je crois qu’on a dépassé tous les records. »

« C’est un véritable fiasco »

La date du procès est attendue par les victimes qui attendent toujours d’être indemnisées. « Elles ne l’ont été que partiellement. Tant qu’on ne sait pas qui est responsable, on ne sait pas quelle compagnie d’assurances doit couvrir. Dans l’urgence, on a demandé aux assurances d’avancer une partie des indemnisations. Elles se retourneront contre l’assurance responsable à la fin », explique l’avocate de la jeune femme victime. Les habitants de l’immeuble, regrette-t-elle, « ont perdu tous leurs biens. Ils ont des pertes matérielles importantes qui n’ont pas été indemnisées à ce jour. C’est un véritable fiasco ».

Pour l’avocate, le traitement judiciaire de cette affaire « correspond à la manière dont sont traités les gens en Seine-Saint-Denis ». « Dans les affaires qui se passent à Paris et qui concernent un autre type de population, ils sont mieux traités qu’eux. » Une allusion au dossier de l'explosion de la rue de Trévise en 2019

Contactés par 20 Minutes, les avocats des sociétés Bourgeois et STPS n’ont pas répondu à nos sollicitations répétées.