Grève des enseignants : Dans quel état d’esprit sont les profs après « l’Ibiza-gate » de Blanquer ?

EDUCATION Une nouvelle journée de grève est prévue ce jeudi dans les établissements, à l’appel de plusieurs syndicats

Delphine Bancaud
— 
Grève des enseignants : Nouvelle journée de mobilisation — 20 Minutes
  • Plusieurs syndicats ont appelé à la grève ce jeudi. Si la mobilisation sera a priori moins importante que jeudi dernier, la colère des enseignants ne semble pas moins vive.
  • Notamment après la révélation cette semaine des vacances à Ibiza de Jean-Michel Blanquer, d’où il avait annoncé le protocole sanitaire dans les écoles avant la rentrée de janvier.
  • Une nouvelle grève est prévue le jeudi 27 janvier, et certains syndicats se réservent d’autres modes d’action s’ils n’obtiennent pas satisfaction pour leurs revendications les plus importantes.

Jeudi dernier, ils étaient très nombreux* à faire grève contre la valse des protocoles sanitaires dans les établissements au cours des dernières semaines. Combien seront-ils ce jeudi ? Les syndicats FSU, CGT Educ’action, FO et SUD Education, ainsi que la FCPE (première organisation de parents d’élèves) et les mouvements lycéens FIDL, MNL et La Voix lycéenne, ont appelé à une nouvelle journée d’action le 20 janvier pour demander « des réponses fortes » face au « chaos » engendré par la crise sanitaire, et des investissements massifs dans l’éducation.

En toute logique, la mobilisation devrait être moindre, les syndicats enseignants SE-Unsa, Snalc et Sgen-CFDT n’ayant cette fois-ci pas rejoint le mouvement. « Nous estimons que des annonces significatives ont été faites après la grève de la semaine dernière : la fourniture de 5 millions de masques FFP2, une amélioration du dialogue social, des lignes budgétaires ouvertes pour les remplacements et une concertation prévue sur le report de certaines épreuves du bac », explique à 20 Minutes Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT. « Nous n’appelons pas à la grève nationalement, mais localement. Et outre les manifestations prévues, il y aura des happenings et des retraites au flambeau », précise de son côté Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, principal syndicat du second degré. D’autres modes d’action sont aussi préconisés pour jeudi, le SNUipp-FSU ayant notamment proposé aux personnels de se mobiliser partout devant leurs écoles, lors de la pause méridienne, en affichant « Mon école craque » et en diffusant les images de ce happening sur les réseaux sociaux.

Les vacances de Jean-Michel Blanquer ont remis une pièce dans la machine

Mais si ce jeudi s’annonce moins chaotique que le précédent, cela ne signifie pas que la colère des enseignants est redescendue. La révélation par Mediapart mardi du séjour à Ibiza de Jean-Michel Blanquer juste avant la rentrée de janvier, alors que se décidait le protocole sanitaire dans les écoles, a même ravivé l’ire de ses personnels. Un voyage qui lui avait été déconseillé par Nicolas Revel, le directeur de cabinet du Premier ministre, selon l’AFP. « Toute personne a droit à des vacances, mais le timing était mauvais. Ne pas être là la veille d’une rentrée très délicate et annoncer par voie de presse un changement de protocole nous prouve la désinvolture et la déconnexion du ministre face à la désorganisation qui règne actuellement dans les établissements », commente Sophie Vénétitay.

« Cet épisode a été perçu comme une forme de légèreté de la part de Jean-Michel Blanquer. Comme s’il n’avait pas pris la mesure de la vague Omicron, alors que nous avions lancé une alerte sociale dès novembre pour prévenir de ses effets sur le terrain », ajoute Catherine Nave-Bekhti. « Cette séquence peut donner l’impression d’un ministre qui privilégie ses intérêts privés sur les intérêts collectifs. Ce n’est jamais bon quand un ministre ne semble pas pleinement à sa tâche en période de crise. Un peu comme en 2003, où le ministre de la Santé de l’époque, Jean-François Mattei, s’exprimait sur la canicule en chemisette dans le jardin de sa résidence varoise », analyse Frédéric Dabi, le directeur général de l’Ifop.



D’autres actions prévues

Le fait que le ministre ait reconnu ce mercredi sur TF1 que ce séjour était « peut-être un peu une erreur » n’a pas non plus calmé les esprits. D’autant qu’il a ajouté refuser de servir de « bouc émissaire » à ses détracteurs. « C’était une interview "Moi, je". On aurait aimé un peu plus d’humilité », fustige Sophie Vénétitay. « Il a fait l’effort de citer les personnels dans son interview, mais il est resté sur une vision très hiérarchique et dogmatique de la situation. Certes, il a voulu garder les écoles ouvertes coûte que coûte, mais dans certaines classes, il y a tellement d’absents que l’on se demande quel sens cela a. Son intervention télévisée a peut-être convaincu le grand public, mais pas les parents d’élèves ni les enseignants », estime Catherine Nave-Bekhti.

Ce mécontentement pourrait perdurer. Notamment le jeudi 27 janvier, date à laquelle une nouvelle grève est prévue, même si celle-ci sera interprofessionnelle et portera en premier lieu sur les salaires. « Pour ceux qui en doutaient, la grève de la semaine dernière a montré qu’une forte mobilisation pouvait faire bouger les lignes », insiste Sophie Vénétitay. Par ailleurs, les syndicats d’enseignants risquent d’être particulièrement vigilants sur la mise en œuvre des mesures annoncées par le gouvernement la semaine dernière. « On va mettre la pression pour obtenir ces moyens. Et si ce n’est pas le cas, on réévaluera nos modes d’action », prévient Catherine Nave-Bekhti. De son côté, le Snes-Fsu attend des avancées rapides sur le report des épreuves de spécialités du bac de mars à juin, l’aménagement des programmes scolaires et l’abandon des suppressions de postes dans le secondaire à la rentrée prochaine.  « En cas de gros blocage avec le ministère sur un dossier, nous n’hésiterons pas à activer la ligne directe que nous avons désormais avec Jean Castex », prévient Sophie Vénétitay.

* Près de 38,5 % des enseignants se sont mis en grève dans les écoles maternelles et élémentaires, selon le ministère de l’Education, et 75 % selon le SNUipp-FSU, qui a annoncé une école sur deux fermée et évoqué « une mobilisation historique ». Dans les collèges et lycées, 23,7 % des enseignants étaient mobilisés, selon le ministère. Le Snes-FSU a lui avancé le chiffre de 62 % de grévistes.