Affaire Ribes : L’archevêque de Lyon promet de « faire en sorte que l’Eglise ne se dérobe pas à ses responsabilités »

PEDOCRIMINALITE DANS L'EGLISE Après la révélation d’une nouvelle affaire de pédocriminalité, le diocèse de Lyon a réagi ce mercredi, affirmant « vouloir donner la priorité aux victimes », qui sont « certainement très nombreuses »

Caroline Girardon
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Olivier de Germay, l'archevêque de Lyon.
Olivier de Germay, l'archevêque de Lyon. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Une nouvelle affaire de pédocriminalité, révélée par les diocèses de Lyon, Grenoble et Saint-Etienne, a déjà permis à une vingtaine de victimes de se faire connaître.
  • Mgr de Germay, successeur du cardinal Barbarin, affirme vouloir « faire en sorte que l’Eglise ne se dérobe pas à ses responsabilités ».
  • Les victimes du père Louis Ribes, redoute-t-il, sont « certainement très nombreuses ».

Une vingtaine de victimes recensées, mais combien en réalité ? La révélation, en fin de semaine dernière, d’une nouvelle affaire de pédocriminalité dans les diocèses de  Lyon,  Saint-Etienne et  Grenoble a ébranlé  l’Eglise, fait réagir. Et libéré la parole. Au cours de la réunion qui s’est tenu mardi soir à Grammond (Loire), « une douzaine » de victimes présumées du père Louis Ribes a témoigné. Racontant les horreurs subies lors de leur enfance. Depuis l’appel à témoins lancé par les autorités religieuses, entre « six et sept » autres se sont manifestées auprès de l’évêché lyonnais.

« Il est difficile d’avoir une estimation exacte du nombre de victimes pour l’instant, mais elles sont malheureusement, certainement très nombreuses », indique ce mercredi Olivier de Germay, l’archevêque de Lyon, lors d’une conférence de presse. Et de confesser publiquement être « personnellement atterré par la perversité de ce prêtre ».

Des séances de peintures durant lesquelles les enfants posaient nus

Artiste peintre, Louis Ribes, décédé en 1994, n’a « jamais été curé de paroisse ». Il enseignait l’art dans les séminaires et côtoyait de nombreux enfants dans les villages, où il travaillait à la réalisation de tableaux, de fresques ou de vitraux. « Il faisait poser ses victimes nues, on sait qu’elles lui ont inspiré de nombreuses œuvres », se désole l’archevêque de Lyon. Au cours de ces séances, le prêtre surnommé le « Picasso des églises » se livrait à des actes pédocriminels. Les faits auraient été commis pendant des décennies. Des années 1960 aux années 1980. Et peut-être même plus.

La vérité n’a jamais éclaté. Le diocèse de Lyon a été contacté deux fois à son sujet. Une première fois en 2016 par celui de Grenoble, qui avait été alerté de son côté. Une seconde fois, lors de l’enquête de la Ciase. « Il y a un an, son nom ne figurait pas dans nos archives, atteste Olivier de Germay, successeur du cardinal Barbarin. Dans les villages, les églises, les familles, certains ne savaient pas du tout. D’autres, qui ont parlé depuis, se doutaient de quelque chose mais rien n’apparaît dans son dossier. Le diocèse n’a reçu aucun signalement le concernant. »

« Assumer de n’avoir pas su se démarquer de la culture du silence »

Pour autant, pas question de se dédouaner. Désireux de « donner la priorité aux personnes victimes », l’archevêque de Lyon atteste vouloir « faire en sorte que l’Eglise ne se dérobe pas à ses responsabilités ». « Même lorsqu’il s’agit de cas anciens, dont on peut se dire personnellement innocent, nous souhaitons assumer le fait que l’Eglise n’a pas su se démarquer de la culture de l’époque, qui était une culture du silence ou du déni, et où on cherchait avant tout à protéger l’institution », développe-t-il.

Dans ce cadre, l’Eglise a décidé la mise en place d’une Instance indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) qui pourra recevoir les victimes et étudier, en dialogue avec elles, la meilleure façon de les aider. Cette instance sera opérationnelle à la mi-février. Par ailleurs, le diocèse de Lyon a indiqué avoir versé 750.000 euros au fonds d’indemnisation des victimes. « Il est évident que nous n’avons pas fait appel aux fidèles. Cette somme a été prise sur nos réserves et nous avons accepté cette preuve d’appauvrissement, par égard pour les victimes », précise Olivier de Germay.

Des œuvres démontées puis remisées

Quant aux œuvres d’art du prêtre, elles seront démontées puis entreposées dans un endroit privé puisqu’elles ne peuvent être détruites. « L’exposition publique de ces œuvres était insupportable pour les victimes. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’enlever celles qui nous appartiennent ». Pour les autres, la décision reviendra aux maires des villages concernés. Les trois diocèses « sont en train de les contacter pour les en informer ». A Pomey, près de Lyon, où Louis Ribes avait l’habitude de passer ses vacances, la dépose des œuvres a déjà commencé.