Montpellier : Le vœu de la ville d’interdire les cirques avec des animaux attaqué en justice

SPECTACLES Le tribunal administratif a examiné la requête des représentants de la profession, ce mardi

Nicolas Bonzom
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Des lions, dans un cirque, en Russie
Des lions, dans un cirque, en Russie — Sergei Karpukhin/TASS/Sipa USA/SIPA
  • En octobre 2020, le conseil municipal de Montpellier avait adopté à l’unanimité un vœu pour qu’une réglementation nationale vise à interdire la présence d’animaux dans les cirques et que « dans l’attente d’une telle réglementation, que la ville utilise toutes les compétences à sa disposition pour interdire » leur tenue sur son territoire.
  • L’Association de défense des cirques de famille a attaqué la délibération devant le tribunal administratif, qui s’est penché sur ce dossier ce mardi matin.
  • La ville de Montpellier assure qu’il s’agissait d’un simple vœu, et rien de plus. De son côté, l’Association de défense des cirques de famille souligne que ce texte n’a été formulé sous forme d’un vœu que « pour échapper à la censure de la justice ».

Montpellier (Hérault) et les  cirques, c’est une longue histoire. En 2018, déjà, tandis que Philippe Saurel (divers gauche) était maire de la ville, le conseil municipal avait adopté un vœu visant à interdire la présence  d'animaux sauvages dans les cirques. L’élu avait à l’époque affirmé  (ici) que la commune mettrait toutes ses compétences pour interdire, en 2019, la tenue de ces spectacles. La profession avait aussitôt rétorqué qu’il était impossible d’interdire quelque chose… de légal.

Trois ans plus tard, nouveau tour de piste. Ce mardi matin, la ville de Montpellier et l’Association de défense des cirques de famille se sont retrouvées face à face, devant le tribunal administratif. En cause, une délibération, votée au mois d’octobre 2020 par le conseil municipal de Montpellier : les élus, le nouveau maire Michaël Delafosse (PS) en tête, avaient approuvé à l’unanimité le vœu « qu’une réglementation nationale vise à interdire la présence d’animaux dans les cirques ». Et « dans l’attente d’une telle réglementation, que la ville de Montpellier utilise toutes les compétences à sa disposition pour interdire la venue de cirques avec animaux sur son territoire ».

Le rapporteur public plaide pour que la délibération soit annulée

La délibération de 2018 avait été élargie aux animaux domestiques et de ferme. « Aucun animal ne devrait avoir à subir l’exploitation et la contrainte d’assurer un spectacle dans un cirque au prix d’un dressage souvent cruel et de conditions de vie incompatibles avec leur espèce », avait dit Eddine Ariztegui (Parti animaliste), élu au bien-être animal.

Mardi, le rapporteur public a, devant le tribunal administratif, plaidé pour que la délibération soit annulée. Il a pointé que la ville n’avait en aucun cas les compétences d’interdire les cirques avec des animaux, à moins que cela ne représente un quelconque risque de trouble à l’ordre public. Impossible, sans qu’une loi en ce sens ne soit promulguée, de bannir ces spectacles du territoire montpelliérain.

Un cirque avec des animaux, en janvier 2021

De son côté, l’avocate de la ville a assuré qu’il s’agissait d’un vœu, et rien de plus. « A aucun moment, il n’a été question que cette délibération ne revête un quelconque effet décisoire, explique Nathalie Silleres, qui défendait les intérêts de la ville. La commune a souhaité marquer son attention au bien-être animal. » D’ailleurs, pointe l’avocate de la ville, il y a bien eu un cirque avec des animaux, en janvier 2021, à Montpellier. On retrouve sa trace dans un article de Midi Libre, qui évoque une « princesse aux colombes » et un « petit chien au collier tahitien », qui « saute dans des cerceaux, marche sur ses pattes arrière ou refuse d’obéir à son maître ».

Joint par 20 Minutes, Eddie Ariztegui, l’élu au bien-être animal de la commune, assure que « seule une loi votée par les élus du Parlement peut interdire la présence des animaux dans les cirques ». Et c’est pour cela que la ville de Montpellier a choisi d’émettre un vœu, « à l’instar de nombreuses autres communes », confie-t-il.

Pour l’Association de défense des cirques de famille, ce texte n’a été formulé sous forme d’un vœu que « pour échapper à la censure de la justice ». Et il y avait une intention de tout mettre en œuvre pour empêcher les cirques avec des animaux de s’installer, à Montpellier. « Regardez la presse de l’époque, confie Cyrille Emery, délégué général de l’association. A chaque fois, on dit "Les cirques avec des animaux, c’est fini". Pour tout le monde, c’était très clair. » La décision du tribunal sera rendue dans 15 jours.