Sécurité routière : « Une forme d’hédonisme », ou l’impossible obligation du port du casque à vélo

REFRACTAIRES Le sénateur centriste François Bonneau a tenté de remettre la question à l’ordre du jour, avant de renoncer face à la levée de boucliers des usagers

Xavier Regnier
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Les cyclistes sont de plus en plus nombreux à partager la route avec les automobilistes, mais la sécurité laisse parfois à désirer.
Les cyclistes sont de plus en plus nombreux à partager la route avec les automobilistes, mais la sécurité laisse parfois à désirer. — Xavier FRANCOLON/SIPA
  • Symbole d’une liberté totale de déplacement, puisqu’il exige peu d’équipement et aucun permis, le vélo s’est largement développé depuis la fin du premier confinement.
  • Ce jeudi, un groupe de sénateurs centristes a voulu faire passer une proposition de loi visant notamment à rendre obligatoire le port du casque à vélo.
  • Les associations d’usagers se sont très vite montrées hostiles au projet. Craintes de voir la pratique se rigidifier, équipements urbains insuffisants… Les arguments des « antis » sont nombreux.

Depuis la fin du premier confinement, le vélo est partout dans les villes. Sport, balade mais aussi trajets domicile-travail, de plus en plus de Français optent pour la petite reine, occasionnant une hausse des accidents.

Ce jeudi, le sénateur François Bonneau a voulu s’emparer du sujet en proposant une loi visant à rendre le port du casque obligatoire. Face à la levée de boucliers des associations d’usagers, il s’est finalement ravisé. Mais la réaction a de quoi interroger. Pourquoi la question de la sécurité des cyclistes est-elle si sensible ? 20 Minutes a exploré quelques pistes.

Le plaisir de la pédale

« Il y a une forme d’hédonisme » à faire du vélo, encore plus sans casque, avance Matthieu Adam, chercheur au CNRS. Dans ses entretiens avec des cyclistes, le géographe relève que la notion de plaisir est « beaucoup plus évoquée que dans le cas de la voiture individuelle », en plus de son côté rapide et fluide. L’argument du kiff surpasse d’ailleurs très largement la motivation environnementale chez les personnes qu’il interroge. De fait, imposer le port du casque, souvent perçu comme peu agréable, « peut faire craindre de rentrer dans un système de contrôle », alors que le monde du vélo « se rapproche du monde de l’automobile » avec la progression du vélo électrique, souligne le chercheur lyonnais.

Une crainte partagée par plusieurs des lecteurs ayant répondu à notre appel à témoignage. « A quand le permis, l’assurance, la carte grise ? », demande Bernard, 66 ans. « On peut aussi tomber à pied. Donc à quand l’obligation du port du casque à pied ? », ironise Martin, qui plaide pour arrêter « d’infantiliser les citoyens ». Chez les opposants à l’obligation, le bénéfice sécuritaire du casque n’est généralement pas remis en cause, même si Jean-René, 85 ans, estime qu’il « nuit à la maîtrise de l’environnement ». Mais, à l’image de Thierry, qui « se promène le long de la Loire sur des pistes sécurisées sans casque », ils demandent « la nuance plutôt que la généralisation ».

Accidents, la faute à qui ?

Mais l’argument de la liberté est vite paré par les tenants de la sécurité. « Mettre sa ceinture était vu comme liberticide dans les années 70 », rappelle Anne Lavaud, déléguée générale de l’Association pour la Prévention Routière. Un exemple largement repris par nos lecteurs favorables à l’obligation du port du casque, majoritaires parmi plus de 300 contributeurs. Une meilleure sensibilisation aux dangers et au Code de la route sont également avancées, que ça soit en complément ou en remplacement du casque obligatoire. Avec le fameux exemple du « cycliste qui grille les feux rouges », fustige Marie. Pourtant, « le Code de la route s’est adapté en réalité, permettant aux cyclistes de passer au rouge lorsque cela est plus sécurisant pour eux », plaide Matthieu Adam.

Car l’accidentologie révèle bien une chose : « les cyclistes sont moins souvent considérés comme responsables des accidents », explique-t-il, citant en première cause « l’inadaptation du territoire ». La demande de Camille, 28 ans, de « créer des aménagements cyclables sécurisés avant de vouloir imposer le port du casque » est régulièrement reprise par d’autres lecteurs. Certains citent le cas des Pays-Bas et du Danemark, pays connus pour leur large utilisation de la bicyclette, où « la position pour la non-obligation du port du casque est assumée par les politiciens », précise encore Matthieu Adam. Les infrastructures y sont particulièrement sécurisantes, contribuant à un usage du vélo près de dix fois plus répandu qu’en France.

Le fardeau des cyclistes occasionnels

Le casque obligatoire, combiné au manque d’infrastructures, risquerait au contraire de freiner le développement du vélo. Comme Clément, de nombreux Français n’utilisent le vélo que ponctuellement, sans forcément le prévoir. « Si cette mesure est adoptée, comme je ne vais pas partir de chez moi avec un casque tous les matins "au cas où", et je ne pourrai plus utiliser le Vélib' », raconte le trentenaire. Encombrant, parfois cher, le casque peut vite se transformer en fardeau une fois le vélo attaché. A moins que les services de vélo en libre-service fournissent un casque. Compliqué logistiquement, les emplacements n’étant souvent pas sécurisés, et potentiellement repoussant d’un point de vue hygiénique.

Porter le casque en permanence répondrait toutefois à un souci de cohérence, relevé par Anne Lavaud : donner aux parents un rôle de modèle pour les enfants de moins de 12 ans, déjà soumis à cette obligation. « Un enfant veut faire comme les grands, donc enlever le casque c’est être un grand », explique-t-elle. Reste l’argument intime, qu’on est parfois réticent à admettre tant il semble futile, mais que notre lecteur Benjamin a confessé : « Je n’en utilisais pas pour la seule et unique raison que cela décoiffe. »