« Moins vous vous connaissez, plus les autres vont avoir un poids sur vous », alerte une coach en orientation

INTERVIEW A la veille du salon Formathèque-Nantes, et à quelques jours de l’ouverture des vœux sur Parcoursup, Axelle Martinelli, coach en orientation, donne des conseils aux jeunes qui n’ont aucune idée de leur avenir

Propos recueillis par Hugo Meyniel
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Axelle Martinelli, coach en orientation et en reconversion professionnelle à Nantes.
Axelle Martinelli, coach en orientation et en reconversion professionnelle à Nantes. — Coach&Volution
  • De nombreux jeunes n’ont encore aucune idée de ce qu’ils veulent exercer comme métier ou quelle formation choisir l’année prochaine.
  • Plus de 220 exposants seront présents pour répondre à leurs questions au salon Formathèque-Studyrama samedi à Nantes (9h-17h).
  • Axelle Martinelli, coach en orientation et en reconversion, sera l’une des conférencières du salon.

Ce samedi aura lieu le grand salon de l’orientation Studyrama-Formathèque au Parc des expositions de La Beaujoire à Nantes. Le dernier salon avant les choix sur la plateforme Parcoursup, qui débutent le 20 janvier. L’occasion pour les lycéens et les étudiants totalement perdus dans leur orientation d’aller à la rencontre des professionnels. Conférencière au salon, Axelle Martinelli a créé son entreprise Coach & volution afin d’accompagner les personnes dans leur épanouissement professionnel. Entretien.

Ces jeunes qui ne savent pas du tout ce qu’ils veulent faire de leur avenir, combien sont-ils ?

C’est énorme ! J’ai vu beaucoup de chiffres, par exemple sur les personnes qui recommencent leur première année de licence. En 2017 c'était 40%. C’est une grosse part et, surtout, ils sont un peu perdus avec la crise actuelle. Ils ont besoin de mettre du sens dans leurs choix. L’aspect financier est un petit peu moins valorisé par rapport à l’aspect équilibre personnel.

Samedi, si des lycéens ou étudiants perdus viennent vous demander des conseils, que pourrez-vous leur répondre ?

Cela va dépendre s’ils ont trop de choix ou pas suffisamment. C’est du sur-mesure, mais je leur demanderai quelle est la peur derrière leur question. Ce que je propose, puisque je travaille avec des étudiants, c’est de partir d’eux-mêmes, de bien se connaître. Commencer par bien se connaître pour savoir les domaines qui ont du sens pour eux. C’est l’une des bases de la méthode ikigai.

Quelles sont les clés de cette méthode ? En quoi peut-elle aider ces jeunes ?

Ikigai est un super outil pour eux. C’est une méthode japonaise qui signifie « raison d’être, joie de vivre ». Trouver une bonne raison de se lever le matin. On déroule dans un premier temps ce que la personne aime dans la vie en partant de ses rêves, ce qui la fait vibrer. Deuxième étape : quels sont ses talents ? Pour pouvoir alimenter cette sphère, la personne peut, par exemple, aller demander autour d’elle les talents que les autres reconnaissent en elle. C’est ce qu’on appelle les soft skills. La sphère des talents permet de redonner confiance au jeune, de considérer l’avenir d’une manière enthousiaste. Troisième étape : le mettre en relation avec le monde. Quels sont les besoins que je peux relier aux besoins du monde ? L’idée est de trouver quelles compétences mettre à disposition de la société.

Faut-il s’appuyer sur les secteurs qui recrutent le plus ? Quels sont-ils actuellement ?

C’est une bonne question à se poser mais si on part des domaines qui recrutent le plus, on risque de s’orienter en fonction des besoins du marché. C’est souvent ce qui se passe. Ça n’arrête pas de changer. Je peux vous dire quelque chose mais il se peut que dans six mois ce soit totalement différent.

Un salon de l’orientation aide-t-il réellement dans le choix des formations ?

Ce n’est pas forcément déterminant. Mais ça peut ouvrir la conscience. Ce qui est déterminant, ce sont plutôt les échanges avec des étudiants, les directeurs des formations. Mais le salon a quand même toute sa place.

Un salon de l'orientation et de l'emploi (illustration).
Un salon de l'orientation et de l'emploi (illustration). - R.Meigneux/Sipa

Faut-il avoir peur de se tromper ? On dit « perdre des années » quand on se réoriente mais au final est-ce vraiment du temps perdu ?

Je milite justement pour le « droit à l’erreur ». J’ai deux enfants de 18 et 25 ans. Le premier est en master de community manager. Il ne savait pas du tout ce qu’il voulait faire. Il a fait une première année BTS commercial, il s’est cherché pendant longtemps. Ma fille de 18 ans a obtenu un bac pro elle est aujourd’hui en fac de langues. Il n’y a pas un « bon » parcours. J’ai fait un BTS tourisme, après une licence de langues et ensuite une école supérieure de communication, j’ai fait Sciences Com. C’est d’ailleurs pour ça que je vais témoigner samedi matin à la Formathèque sur les métiers de la communication. Il faut accepter ce droit à l’erreur.

Quand on a 18 ou 20 ans on ne connaît pas tout. C’est le moment où on peut se permettre de faire quelque chose qui ne nous convient pas forcément, mais au moins d’essayer…

Oui. Et comme on ne sait pas ce qu’on veut, ce sont les parents, le milieu social, la société qui vont imprimer leur marque. Moins vous vous connaissez, plus les autres vont avoir un poids sur vous, et vous faire emprunter une voie qui n’est pas la vôtre. Je retrouve ces personnes en reconversion qui me disent « j’ai fait ça comme études car j’avais de bonnes notes dans telle matière, mais je n’aimais pas du tout ça ». De même, il ne faut pas faire sa formation pour ramener un diplôme et faire plaisir à ses parents.

Comment les parents peuvent-ils accompagner leurs enfants lycéens ou étudiants qui se sentent perdus ?

Je leur dirai de ne pas trop se prendre la tête. L’idéal c’est de communiquer avec leur enfant. Par exemple s’il leur dit « je veux devenir youtubeur », ne pas lui dire d’emblée « non tu feras autre chose » mais lui demander ce qui l’intéresse dans ce métier de youtubeur, et qu’il détaille. Une fois décortiqué, ça peut correspondre à un métier qui sera plus accepté par les parents. Je suis partisane de partir du rêve, pour voir s’il est applicable dans la réalité.

Il semble beaucoup plus aisé aujourd’hui qu’il y a 10 ans de prendre des passerelles pour passer d’une formation à une autre…

En effet, sachant que maintenant on va être amené à faire une dizaine de jobs dans une carrière professionnelle. Il y a des passerelles partout. Si on part de soi, on est sûr de ne pas se tromper. Si on sait où on veut aller, c’est le principal.