« Scream » : Le retour du film réveille le souvenir de l’assassinat d’Alice près de Nantes, il y a vingt ans

DRAME Le retour médiatique de « Scream » au cinéma ravive un douloureux souvenir dans l'agglomération nantaise : celui de l’assassinat d’une adolescente par un lycéen fasciné par le célèbre film d’horreur

Frédéric Brenon
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Les parents et camarades d'Alice Beaupère se recueillent dans le square rebaptisé au nom de la victime, le 3 juin 2003, à Saint-Sébastien-sur-Loire.
Les parents et camarades d'Alice Beaupère se recueillent dans le square rebaptisé au nom de la victime, le 3 juin 2003, à Saint-Sébastien-sur-Loire. — F.Perry/AFP
  • Le 3 juin 2002, une adolescente de 15 ans succombait à 42 coups de couteau dans un square de la commune de Saint-Sébastien-sur-Loire.
  • L’auteur des faits était un ami lycéen qui avait prémédité son geste par fascination pour le film Scream.
  • Il a été condamné à 22 ans, puis 25 ans en appel, de réclusion criminelle.

La sortie mondiale de Scream (ce mercredi en France), onze ans après le dernier épisode, constitue un événement pour les fans du  célèbre film d’horreur pour adolescents. A Nantes, cette actualité cinématographique réveille surtout la mémoire d’une terrible affaire : celle de l’assassinat d’Alice Beaupère, 15 ans, par un lycéen fasciné par Scream. C’était le 3 juin 2002 à Saint-Sébastien-sur-Loire. La jeune femme avait été poignardée de 42 coups de couteau, en fin d’après-midi, dans un square qui porte désormais son nom.

Vingt ans après, l’ancien maire de cette commune tranquille de la banlieue nantaise n’a rien oublié. « J’ai l’impression que ça s’est passé hier, confie Joël Guerriau, aujourd’hui  sénateur (UDI). On ne peut pas occulter un drame aussi abominable, c’est tellement lourd. Je me rappelle exactement des moments, des lieux, la douleur infinie des parents que j’avais accompagnés à la gendarmerie. La sortie de ce film réveille en moi beaucoup de choses. Il doit en être de même pour beaucoup de gens. Ça reste un traumatisme. »

Un masque, un couteau et une liste de victimes

Avant de décéder, Alice Beaupère avait eu la force de révéler à un riverain venu lui porter secours le nom de son agresseur, un ami du quartier, âgé de 17 ans. Interpellé au domicile de ses parents, ce jeune homme inconnu des services de police avait avoué les faits et leur préméditation, expliquant vouloir « tuer quelqu’un ». Aux gendarmes, il avait confié sa fascination pour la saga du réalisateur Wes Craven dont il avait regardé les trois premiers épisodes en boucle. Un masque, des gants et un couteau identiques à ceux de Scream avaient été retrouvés chez lui dans un sac. « Il n’a pas pris conscience de son acte. Il est dans un monde virtuel, comme s’il était encore dans son film », s’était étonné un enquêteur  auprès du Parisien.

Des amies d'Alice Beaupère en larmes, le 8 juin 2002 à Saint-Sébastien-sur-Loire.
Des amies d'Alice Beaupère en larmes, le 8 juin 2002 à Saint-Sébastien-sur-Loire. - F.Perry/AFP

« L’assassin n’était qu’un gamin. Et le film était son seul mobile. Il avait constitué une liste d’adolescentes à attaquer. Alice ne devait être que la troisième. C’était inimaginable », se souvient Joël Guerriau. « On ne comprend pas ce qu’a fait notre fils. D’apprendre qu’il a pu être violent envers Alice alors qu’ils étaient amis, ce n’est pas concevable », avait à l’époque confié la mère de l’accusé à France 2.

Les expertises psychiatriques n’ont pourtant révélé ni maladie mentale, ni abolition du discernement au moment du passage à l’acte. Jugé en avril 2004 par la cour d’assises de Loire-Atlantique, l’élève du lycée des Bourdonnières a été condamné à vingt-deux ans de réclusion criminelle pour assassinat. En appel, en novembre 2004, sa peine a été alourdie à 25 ans de prison, malgré la réitération de remords exprimés tardivement. L’excuse de minorité n’a pas été retenue.

Le sénateur souhaite l’interdiction du film

A la suite de l’affaire, qui avait ému dans toute la France, plusieurs voix s’étaient élevées pour réclamer un durcissement des interdictions d’accès aux films violents pour les mineurs. D’autant plus que d’autres agressions portant l’influence de Scream étaient survenues. « Ce film, c’est un déferlement de violence gratuite, s’indigne aujourd’hui l’ancien maire. Quand on est jeune, on peut être très influençable, on peut confondre la réalité. On doit agir contre ça. »

Il explique avoir demandé à l’enseigne Mc Donald’s, quelques années après le drame, de « retirer une campagne publicitaire utilisant le personnage de Scream. Elle avait accepté ». Joël Guerriau souhaiterait désormais que le film Scream soit interdit. « On ne devrait pas l’autoriser à ressortir, ne serait-ce qu’en la mémoire d’Alice Beaupère », insiste le sénateur.

Les parents de la victime ont créé une association agissant pour la prévention de la violence chez les jeunes. Sollicités par 20 Minutes via leur avocat, ils ne souhaitent plus s’exprimer sur l’affaire aujourd’hui. L’ancien lycéen, quant à lui, ne serait plus incarcéré, ayant bénéficié d’une libération conditionnelle avec un suivi.