Automobile : Des clients mécontents s'unissent pour attaquer Renault en justice, on vous dit tout sur le « Motorgate »

CONSOMMATION S’estimant victimes d’un moteur essence défectueux commercialisé par Renault/Nissan durant quatre ans, des automobilistes s’unissent pour porter l’affaire en justice dans le cadre d’une « action collective conjointe »

Hélène Menal
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Une automobiliste au volant d'une Renault. Illustration.
Une automobiliste au volant d'une Renault. Illustration. — Matan Ray Vizel - PixaBay
  • En France, plusieurs milliers d’automobilistes s’estiment victimes d’un moteur essence (1.2 l)  défectueux qui a équipé entre 2012 et 2018 certaines Renault, Nissan et Dacia.
  • Le problème qu’ils dénoncent se caractérise par une consommation anormale d’huile et des casses moteur prématurées.
  • Alors que le constructeur gère les incidents « au cas par cas », des clients mécontents ont décidé de s’unir pour une « class action » en justice.
  • 26 d’entre eux ont déjà rejoint l’action collective ce mardi, leur avocat espère en réunir au minimum 250 d'ici trois mois.

Depuis le 10 juillet 2021 et une panne mémorable sur l’autoroute des vacances, Fabrice Pignot et sa famille expérimentent la marche ou le covoiturage. Cet habitant de Merville, près de Toulouse, n’a pas récupéré son  Renault Captur acheté à un concessionnaire en septembre 2019 et qui n’affichait que 51.000 km au compteur.

« Casse moteur », ont dit les remorqueurs et garagistes successifs au cours d’un rapatriement onéreux et épique. Un expert a conclu à un moteur vicié mais celui de Renault n’est pas venu au rendez-vous, faisant valoir la prescription de cinq ans (depuis la mise en service) en matière de litige commercial. Ces tracasseries et frais s’ajoutent au souvenir glaçant de la panne : « Je roulais à 130 km et j’ai senti une perte de puissance soudaine, je suis tombé à 80 km/h. Tous les voyants se mettent au rouge, le volant se met à vibrer. Tout le monde dans la voiture a eu la frayeur de sa vie », raconte le quadragénaire.

4.400 mécontents dans un groupe Facebook

A l’époque, cet automobiliste, pas vraiment mécano dans l’âme, savait déjà qu’il appartenait aux malchanceux détenteurs d’une voiture anormalement gourmande en huile. Mais le lendemain, en pianotant simplement sur Internet, il s’est aussi aperçu qu’il était malgré lui membre de la communauté des automobilistes détenteur d’un moteur essence 1.2 tCE Renault ou Dacia ou Dig-T pour les Nissan. Ce modèle a été produit par le groupe entre 2012 et 2018. Selon les protagonistes du « Motorgate », il a équipé 400.000 voitures en Europe. Et sur la page Facebook française consacrée à ses déboires, ils sont 4.400 automobilistes à avoir, au mieux, dû se trimballer en continu avec un bidon d’huile dans le coffre, au pire, cassé leur moteur en plein élan.

« On hésite à remplacer par un moteur d’occasion similaire de peur de perdre à niveau à la loterie », souligne Fabrice Pignot qui a déjà dépensé 2.000 euros dans l’affaire. Selon Olivier Blanchet, le fondateur du groupe Facebook des « naufragés » du moteur 1,2 l, l’incident grave intervient « en moyenne à 67.000 km ».

Ce défaut « de série », a déjà été dévoilé en 2019 par l’association de consommateurs Que Choisir qui montrait alors que le groupe Renault/Nissan/Dacia était alerté du problème de surconsommation d’huile pouvant aboutir à une casse moteur. Mais il a pris l’option de ne pas procéder à un rappel groupé des véhicules concernés. Le traitement se fait, reconnaît le constructeur, « au cas par cas », confinant les particuliers à la paperasserie, parfois à l’impuissance.

Une force de frappe pour négocier… ou attaquer

Jusqu’à ce mardi et l’annonce du lancement d’une procédure encore rare en justice : « une action collective conjointe » emmenée par la plateforme en ligne spécialisée Myleo de l’avocat d’origine toulousaine Christophe Lèguevaques, sous l’impulsion d’Olivier Blanchet. « On a l’impression qu’une stratégie a été mise en place visant à étouffer les gens sous les expertises avec parfois de petits gestes commerciaux à la clé, remarque l’avocat. Et dans ce face-à-face, on ne peut pas rester tout seul sous peine d’être mangé tout cru. »

Sa stratégie a lui est élaborée en deux temps. Il espère d’abord réunir assez de demandeurs pour rentrer en négociation avec le constructeur. Si cette première étape échoue, il compte assigner le groupe « en citation directe devant le tribunal correctionnel », pour « tromperie sur la qualité d’un produit » mais aussi « mise en danger de la vie d’autrui ». Une tactique qui vise à éviter des années de procédure. Ce mardi, 26 demandeurs s’étaient déjà inscrits à cette procédure collective (qui coûte entre 159 et 519 euros pour l’intégralité de la procédure). Et « de nouveaux témoignages affluaient par dizaines voire par centaines » sur le groupe Facebook. Christophe Lèguevaques espère réunir « un minimum de 250 plaignants » d’ici au 7 mars avant de lancer les hostilités.

Le constructeur n’a pour l’heure pas réagi aux sollicitations de 20 Minutes concernant cette procédure. Dans le Journal du Dimanche, il indiquait que « 90 % des clients Renault et Nissan qui ont rencontré ces problèmes avec ces moteurs ont bénéficié d’une prise en charge » et que la surconsommation d’huile n’engage pas la sécurité de ses clients, les véhicules restant maîtrisables après une baisse de puissance.