Justice : François Molins dénonce les « conditions de travail intenables », irritant Eric Dupond-Moretti

BUDGET François Molins a dénoncé le « manque structurel de moyens » de la justice, dans un discours qualifié de « scandaleux » par le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti

20 Minutes avec AFP
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Le procureur général près la Cour de cassation François Molins pose dans son bureau, à Paris, le 21 juillet 2021.
Le procureur général près la Cour de cassation François Molins pose dans son bureau, à Paris, le 21 juillet 2021. — Olivier Juszczak

Une nouvelle prise de parole d’une profession exsangue. Le procureur général près la Cour de cassation François Molins a dénoncé lundi les «   conditions de travail intenables » et le « manque structurel de moyens » de la justice, dans un discours qualifié de « scandaleux » par le garde des Sceaux  Eric Dupond-Moretti.

Lors de l’audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation, François Molins a évoqué devant le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Justice la « lame de fond » de la tribune signée fin novembre par plus de 7.000 magistrats et greffiers pour dénoncer leurs conditions de travail et fait à son tour le constat d’une « crise » que « nul ne peut nier », qui entraîne « souffrance » et « perte de sens ».

Les magistrats exercent un « métier passion », a déclaré François Molins. « Une passion pour la justice qui nous a, peut-être à tort, conduits à accepter trop longtemps ce qui ne devait pas l’être, c’est-à-dire l’insuffisance chronique et l’inadéquation des moyens qui nous sont donnés au quotidien pour remplir nos missions (…) qui n’ont pu en réalité être menées à bien que grâce au dévouement sans limite des magistrats et des fonctionnaires de justice », a-t-il ajouté

L’Etat va recruter des contractuels

François Molins a souligné les récents efforts d’augmentation de budget du ministère, qui a connu deux hausses successives de 8 % ces deux dernières années, et de recrutement. « Mais ces efforts, et notamment ceux consentis depuis un an à travers le recrutement d’un millier de contractuels, outre qu’ils demeurent insuffisants, ne sont-ils pas en réalité la traduction d’un certain manque de confiance de l’Etat dans sa justice ? », s’est interrogé François Molins. « Si cette confiance existait, ce sont bien (des) créations d’emplois pérennes de magistrats et de greffiers qui seraient intervenues », a-t-il estimé.

A l’issue du discours, Eric Dupond-Moretti a eu un échange tendu avec François Molins, avant de qualifier auprès de ses collaborateurs les propos du procureur général de « scandaleux », a constaté un photographe de l’AFP. Le garde des Sceaux a ensuite échangé avec le Premier ministre à la sortie de la Cour de cassation, répétant le terme de « scandaleux ».

Contacté par l’AFP, son entourage a parlé d’un « échange franc », soutenant que « la partie du discours concernant les embauches au ministère était tronquée et fausse ». Il a assuré que « 2.000 » et non pas 1.000 contractuels avaient été embauchés, et regretté que François Molins n’ait pas fait mention des annonces visant à accroître le nombre de magistrats.