Airbnb : « C’est clairement du racisme »… un Mulhousien se plaint de discrimination après une réservation annulée

PLAINTES La propriétaire de l'appartement n'a pas du tout la même version des faits que Sami Sebti Bouadjaja. Deux plaintes ont été déposées par chacune des parties

Thibault Gagnepain
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Sur le site de la plate-forme Airbnb (illustration).
Sur le site de la plate-forme Airbnb (illustration). — Capture d'écran
  • Que s’est-il vraiment passé le soir du 25 décembre entre la famille de Sebti Bouadjadja et leur hôte Airbnb d’Annecy ?
  • La réservation a été annulée par la loueuse. Sebti Bouadjadja l’accuse de racisme, elle pointe un comportement agressif.
  • Les deux ont déposé plainte.

La magie de Noël n’était pas vraiment au rendez-vous le 25 décembre pour la famille de Sebti Bouadjadja et leur hôte Airbnb à  Annecy. Cet habitant de  Mulhouse rêvait de trois nuits au calme dans la charmante ville haut-savoyarde… mais rien ne s’est passé comme prévu.

« On a clairement été victime de xénophobie », accuse-t-il à propos de cette location d’appartement qui a tourné court. La visite des lieux avait à peine commencé que la propriétaire a tout simplement annulé la réservation. « Elle m’a dit "je ne vous sens pas, je ne loue plus". Je ne savais même pas qu’on pouvait faire ça », détaille l'Alsacien, avant de donner sa version des faits.

« Je me suis sentie agressée, non respectée »

« Dès que la dame est arrivée, j’ai trouvé qu’elle me regardait bizarrement, comme si elle voyait un monstre ! Puis elle nous a montré le local poubelle et là, j’ai demandé cordialement si on pouvait d’abord installer en haut ma mère, qui souffre de la maladie de Parkinson. Elle a soupiré et c’est là qu’elle a pris cette décision. C’est clairement du racisme. »

Un déroulé que l’hôte conteste. Elle aussi jointe par 20 Minutes, C. pointe un comportement « agressif » de la part de l’entrepreneur  haut-rhinois. « Il a haussé le ton […] Je me suis sentie agressée, non respectée. Qu’allait-il en être du respect de mon appartement avec une telle attitude ? », s’interroge-t-elle ainsi dans une lettre qu’elle a envoyée à  Airbnb. « Dans ce contexte de violence verbale, j’ai décidé de rompre le contrat. »

C’est à partir de ce moment-là que les relations auraient dégénéré entre les deux parties. « J’ai eu droit à un sac d’insultes déversées », déplore la loueuse. Sebti Bouadjadja, qui a appelé la police, ne nie pas que les débats ont été tendus. Il a filmé C. et publié des vidéos sur les réseaux sociaux. On peut y voir son "hôte" téléphoner pendant que lui l’accuse avec véhémence de discriminations. « Je l’avoue, j’ai rendu ces vidéos publiques par colère », consent-il, lui qui a depuis contacté son avocat.

La justice saisie

Les deux ont aussi saisi la procureur de la République d’Annecy. « Ça peut être long mais je veux que cette dame ait au moins un rappel à la loi. Pas forcément qu’elle fasse de la prison ou qu’elle me verse de l’argent, je n’en veux pas », insiste le père de famille qui assure avoir entendu son hôte dire « Manquerait plus que je loue à des Talibans ». « Elle l’a marmonné, j’en suis certain. »

Là encore, la propriétaire conteste. « J’ai cru que j’allais m’évanouir quand j’ai entendu qu’il m’accusait d’avoir dit ça. Je me fiche complètement de la race ou de la religion. J’exige juste du respect », insiste l’Annécienne, qui s’apprête également à déposer plainte, notamment pour « incitation à la haine ».

C. l’assure, depuis deux semaines, sa vie « est devenue un enfer ». « Il a inondé les réseaux sociaux avec des photos de moi, mes coordonnées. J’ai été harcelée jour et nuit, je reçois encore des appels masqués. J’ai été la victime de torrents de haine, le tout sans preuve. »

Son compte sur la plate-forme américaine a aussi été suspendu. Airbnb l’affirme dans un courrier envoyé à Sebti Bouadjadja que 20 Minutes a pu consulter. « En nous basant sur les éléments de preuve fournis, nous avons considéré que le problème signalé constitue une infraction à la Politique de non-discrimination d’AirBnb. Nous avons contacté C. afin de l’informer de l’infraction constatée. Toutes ses annonces ainsi que sa capacité à effectuer une réservation sur AirBnb ont été suspendues. C. devra désormais réaffirmer son engagement à respecter notre Politique de non-discrimination pour que son annonce soit réactivée et reste sur la plate-forme. »

A en croire C., cette suspension n’aurait plus court aujourd’hui. « Mais j’hésite à me réinscrire. J’avais des centaines de commentaires positifs jusque-là. Je n’avais jamais vécu ça », explique-t-elle encore, sans avoir de regrets sur son refus ce soir-là. « Rétrospectivement, il fallait avoir du cran pour agir comme ça. J’ai voulu me protéger et protéger mon bien. »