Pourquoi le prix des œufs risque d’augmenter et pourquoi c’est nécessaire pour les éleveurs

AGRICULTURE La flambée des cours des aliments pose problème aux éleveurs qui ne peuvent pas se rémunérer

Camille Allain
— 
Illustration d'un élevage de poules pondeuses de plein-air, ici en France.
Illustration d'un élevage de poules pondeuses de plein-air, ici en France. — R. Doucelin/SIPA
  • Les éleveurs de poules pondeuses alertent les autorités sur l’augmentation du prix de l’alimentation de leurs animaux.
  • Ils espèrent obtenir une augmentation du prix d’achat de la part de la grande distribution, dans le cadre des négociations annuelles.
  • La filière est déjà secouée par la grippe aviaire et l’interdiction du broyage des poussins mâles, qui vient d’entrer en vigueur.

Leurs inquiétudes sont légitimes. Elles peinent pourtant à être entendues, tant le quotidien est kidnappé par les multiples problématiques liées à la pandémie de Covid-19. Dans les hangars des éleveurs et éleveuses de poules, la situation devient pourtant critique. Confrontée à une hausse de plus de 30 % du coût de l’alimentation des volailles,  la filière œufs suffoque. Depuis plusieurs semaines, ses responsables tentent d’élever la voix pour mettre la pression sur la grande distribution, avec laquelle les négociations annuelles sur les prix doivent durer jusqu’en février. En vain. « Leur poids est énorme. Ils ne sont que cinq à décider du prix d’achat ». Et donc du quotidien de centaines de milliers d’éleveurs français.

Eric Guellaff est éleveur à Condé-sur-Vire, en Normandie. Son exploitation regroupe 200 vaches laitières, 200 hectares de terres et surtout 30.000 poules élevées en volière. Chaque semaine, l’éleveur normand passe 26 tonnes d’alimentation pour nourrir ses poules. Mais depuis le mois d’octobre, le prix des tourteaux de graines et du blé qu’il achète a flambé : +32,5 % d’octobre à décembre, selon les chiffres de l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne. En un chiffre, celui qui préside la section œufs résume l’urgence : « L’alimentation, c’est 60 à 70 % du prix de revient des œufs quand ils quittent l’élevage. C’est colossal. La grande distribution doit en tenir compte dans la négociation des prix d’achat », poursuit Eric Guellaff.



Son interprofession n’est pas la seule à s’inquiéter. Dans un communiqué, le Syndicat national des labels avicoles de France témoigne de « la hausse exponentielle et sans précédent des coûts de production des éleveurs de volailles de chair et poules pondeuses », évoquant même « des niveaux historiques ». Cette inflation touche encore plus fortement la filière bio, où le poids de l’alimentation dans le coût de production est encore plus élevé. Alors même que les éleveurs labellisés agriculture biologique peinent à écouler leurs œufs.

« C’est comme si tout était oublié »

Deux ans après avoir été encensés pour avoir nourri la France pendant les confinements, les agriculteurs s’interrogent sur la sincérité des centrales d’achat avec qui elles traitent. « C’est comme si tout était oublié. L’année 2020 a pourtant été exceptionnelle pour la grande distribution. Ils sont forts pour faire de la pub autour de leur relation avec les éleveurs. Mais dans les faits, on retombe toujours dans la guerre des prix », regrette Eric Guellaff. 

Un malheur n’arrivant jamais seul, la profession doit en plus faire face à deux autres problématiques d’ampleur. Premier producteur d’œufs d’Europe, la France doit confiner une grande partie de ses volailles face à la menace de la grippe aviaire. Elle doit aussi s’adapter face à l’interdiction  du broyage des poussins mâles. Depuis le 1er janvier, cette élimination est interdite, obligeant tous les couvoirs de poules à installer des machines permettant de détecter le sexe des poussins en incubation dans l’œuf. Une innovation qui a un coût pour les agriculteurs.

D’après le Syndicat national des labels avicoles de France, il faudrait que le prix payé de la boîte de six œufs augmente de douze centimes d’euros (trente centimes pour la filière bio) pour permettre aux producteurs de continuer à vivre de leur métier. La grande distribution va-t-elle l’accepter ?