Affaire Delphine Jubillar : Sans les indices de la couette et du podomètre, que reste-t-il dans le dossier contre le mari ?

ENQUETE Mardi, une nouvelle fois, les avocats de Cédric Jubillar vont plaider sa remise en liberté. Et pointer les nouveaux éléments du dossier qui font que selon eux, « les preuves s’effondrent »

Béatrice Colin
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Cédric Jubillar, le 12 juin 2021, lors d'une marche blanche pour Delphine.
Cédric Jubillar, le 12 juin 2021, lors d'une marche blanche pour Delphine. — Fred Scheiber - AFP
  • Ce mardi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse examine une nouvelle demande de remise en liberté de Cédric Jubillar.
  • Ces derniers jours, des éléments de l’enquête ont révélé que la couette, présentée comme un élément-clé dans la culpabilité de Cédric Jubillar, n’avait pas été placée et lavée par le mari le matin de la disparition de sa femme.
  • Un des indices graves et concordants pour l’accusation qui tombe à l’eau selon la défense. Reste que le comportement et les déclarations suspectes de Cédric Jubillar ont forgé aussi la conviction des enquêteurs.

Ce mardi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Toulouse examine une nouvelle fois la demande de remise en liberté de Cédric Jubillar, mis en examen depuis le 18 juin dernier pour le meurtre de sa femme, Delphine. Une nouvelle audience au cours de laquelle les avocats de ce plaquiste tarnais ne vont pas manquer d’aborder les nouveaux rebondissements concernant  les éléments présentés il y a presque sept mois comme étant à charge contre leur client.

En particulier la fameuse couette qu’utilisait la jeune femme pour dormir sur le canapé-lit du salon, le couple était en instance de séparation. Lors de sa conférence de presse du 18 juin, le procureur de la République de Toulouse de l’époque, Dominique Alzéari, avait indiqué que celle-ci se trouvait dans la machine à laver lorsque les gendarmes étaient arrivés à Cagnac-les-Mines, à 4h50, moins d’une heure après le signalement de la disparition de l’infirmière par son mari.

« Lorsque les gendarmes arrivent, ils trouvent M. Jubillar occupé à déclencher une machine à laver dans laquelle se trouve la couette du lit sur lequel dormait Mme Jubillar. Un contexte incongru, ce n’est pas la première chose à laquelle on pense », avait alors affirmé le chef du parquet. Un comportement qui avait de quoi jeter la suspicion sur Cédric Jubillar. Sauf que la fameuse couette n’était pas dans la machine à laver à 4h50.

Une photo prouve la présence de la couette sur le canapé

Une photo prise par les gendarmes dans l’après-midi du 16 décembre, lors de la première perquisition, montre en effet qu’elle se trouve encore sur le canapé. « Elle n’a été trouvée dans la machine que le 17 décembre à 15h10, soit 34 heures après. Cette photo du 16 décembre, nous l’avions dans le dossier, mais elle était de mauvaise qualité et nous ne voyions qu’un amas blanc. Nous n’avons jamais imaginé que c’était la couette puisqu’on nous a affirmé qu’elle se trouvait dans la machine à laver », explique Emmanuelle Franck, l’un des trois avocats de Cédric Jubillar qui clame son innocence.

C’est lors de l’interrogatoire de son client, le 3 décembre, qu’elle a eu confirmation de la part d’une des deux juges d’instruction que la couette ne se trouvait pas dans la machine le 16 décembre au petit matin. Cédric Jubillar a toujours indiqué qu’il ne se souvenait pas si c’était bien lui qui l’y avait placée le matin même, ou sa mère plus tard, les chiens ayant uriné dessus.

Une couette qui est partie il y a plus d’un an au laboratoire scientifique et dont les analyses ne sont toujours pas connues. Contrairement à celles de l’eau de la machine à laver qui n’ont rien donné. Les avocats de Cédric Jubillar, eux, se demandent même si elle n’a pas été perdue.

Plus de pas au compteur du podomètre

Au-delà de la couette, la thèse d’un Cédric Jubillar ne se bougeant pas pour rechercher sa femme dans la maison avant l’arrivée des gendarmes a aussi du plomb dans l’aile. L’accusation avait indiqué qu’il n’avait fait qu’une quarantaine de pas, enregistré sur le podomètre de son mobile, entre le moment où il le rallume vers 3h50 et l’arrivée des militaires une heure plus tard. « En réalité il en a fait 46 entre 3h50 et 4 heures, puis 255 entre 4 heures et 5 heures, soit l’équivalent de 200 mètres. Cet argument n’existe plus », argumente Emmanuelle Franck qui avait lors d’une précédente audience démontée point par point les « indices graves et concordants » qui ont fait de Cédric Jubillar le suspect numéro 1 dans la disparition et le meurtre de sa femme.

Selon un horodatage réalisé par ses avocats, les cris entendus par une voisine ne colleraient pas, Delphine ayant envoyé un SMS plus tard à son amant, avec qui elle voulait refaire sa vie. La buée dans la voiture de l’infirmière, que son mari aurait pu utiliser pour faire disparaître son corps, reste sujette à caution selon ses défenseurs. Reste le sens de stationnement de la voiture, inversé par rapport aux habitudes de la mère de famille. Ou encore les déclarations du petit Louis, qui lors de sa dernière audition a indiqué qu’il aurait entendu ses parents se disputer, alors que la 16 décembre 2020 il avait déclaré aux gendarmes le contraire.

Un comportement et des déclarations suspectes

Mais ce qui conforte la thèse du mari meurtrier, c’est surtout son comportement et les déclarations qu’il a faites, avant puis après la disparition de sa femme. Des éléments qui sont loin de plaider en sa faveur et qui ont forgé la conviction des enquêteurs.

Avant la nuit du 15 au 16 décembre, il a répété à plusieurs personnes, y compris sa mère, qu’il allait « la tuer, l’enterrer » et qu’on ne la retrouverait pas. Au cours des mois qui ont suivi sa disparition, il aurait plaisanté aussi sur le sujet. Et après sa mise en examen et son incarcération, il aurait avoué à un codétenu avoir tué sa femme avec un couteau et l’avoir enterré dans une ferme qui a depuis brûlé. Ce sont les déclarations de cet homme qui ont conduit en décembre dernier à la garde à vue de Séverine, l’actuelle compagne de Cédric Jubillar.

Il y a aussi un contexte, celui d’un couple en pleine séparation. Quelques jours avant le 15 décembre, Delphine se projetait avec son amant dans sa future relation, consultait une avocate spécialisée dans le divorce. Et le 15 décembre au matin, elle se rendait à la banque pour faire changer son code secret de carte bancaire et bloquer les accès aux livrets des enfants sur lesquels Cédric Jubillar piochait régulièrement.

« D’autres pistes n’ont pas été explorées », selon ses avocats

« Les arguments qui consistent à dire qu’il n’est pas sympa, qu’ils sont en instance de divorce, qu’il soit ironique et dans la provoc, ce n’est pas la justice. Ca voudrait dire quoi, que s’il avait une autre personnalité il serait libre ? », interroge Emmanuelle Franck. Un argument qu’avec maîtres Alexandre Martin et Jean-Baptiste Alary, elle ne manquera pas de mettre en avant mardi. Tout en pointant que « d’autres pistes n’ont pas été explorées ».

En attendant, ce samedi, les frères et la sœur de Delphine Jubillar, parties civiles dans cette affaire mais qui restent discrets dans les médias, font donner une messe de recueillement en la cathédrale Sainte Cécile d’Albi à 16 heures, en mémoire de Delphine Jubillar. Tous aspirent à connaître la vérité sur ce qui est arrivé à leur sœur dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020.