Coronavirus : Comment l’Education nationale va-t-elle gérer la déferlante d’absences d’enseignants dans les prochaines semaines ?

EDUCATION L’explosion des contaminations, en partie due à la contagiosité du variant Omicron, fait redouter de multiples absences d’enseignants au second trimestre

Delphine Bancaud
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Le 5 octobre 2021 dans une école de Rennes.
Le 5 octobre 2021 dans une école de Rennes. — MATHIEU PATTIER/SIPA
  • En décembre, le Conseil scientifique estimait que 30 % des enseignants pourraient être absents d’ici à la fin janvier, parce qu’ils seront touchés par le Covid-19 ou parce qu’ils devront garder leurs enfants à la maison.
  • Or, l’Education nationale a déjà du mal à remplacer les profs malades hors période de crise sanitaire.
  • Jean-Michel Blanquer mise notamment sur le recrutement de davantage de contractuels : retraités, candidats qui ont raté de peu le concours…

« Clairement, janvier sera tendu », a reconnu le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, dans une interview au Parisien publiée ce lundi en évoquant les prochaines semaines à l’école. En décembre, le Conseil scientifique estimait que 30 % des enseignants pourraient être absents d’ici à la fin janvier, parce qu’ils seront touchés par le coronavirus ou parce qu’ils devront garder leurs enfants à la maison. Selon Pierre Favre, vice-président Syndicat National des Ecoles (SNE), la situation est déjà tendue dans certains établissements du premier degré dans quelques territoires : « comme le Sud-Est, le Nord, le Grand-Est, même s’il ne s’agit pas encore d’un scenario catastrophe », précise-t-il.

Mais c’est surtout dans les établissements du second degré que les absences d’enseignants commencent à se faire ressentir. « Nous avons déjà des remontées provenant de l’académie de Rennes, de Strasbourg et de Clermont-Ferrand, qui font part de 10 % d’enseignants absents », indique Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Laurent Zameczkowski, porte-parole de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public, constate aussi que « les académies de Créteil et de Versailles sont touchées par de nombreuses absences d’enseignants qui ont été aggravées par la crise sanitaire ». Ce jeudi, le ministère de l'Education a indiqué que 5.631 cas de Covid-19 avaient été déclarés chez ses personnels les 4 derniers jours. 

Un problème déjà ancien, mais aggravé par la crise sanitaire

Un souci pour l’Education nationale, qui a déjà du mal à gérer les absences de profs en période hors Covid-19. En décembre, un rapport de la Cour des comptes avançait ainsi le chiffre de 2,5 millions d’heures de cours perdues dans le secondaire pour cause d’absences courtes non remplacées sur l’année 2018-2019. Sur  la plate-forme Ouyapacours de la FCPE, des parents d’élèves (y compris des non-adhérents) peuvent signaler une absence d’enseignant non remplacée. Depuis septembre 2021, 24.861 heures perdues ont été comptabilisées. Le problème est plus prégnant dans le secondaire où certaines disciplines, qui ont déjà du mal à recruter, sont en mal de remplaçants, « comme les maths, la technologie et les langues vivantes », observe Sophie Vénétitay. Et les TZR (professeurs titulaires sur zone de remplacement), qui ont pour mission de remplacer les professeurs absents, sont tous déjà affectés depuis la rentrée.

Anticipant les désorganisations en raison de la flambée des cas d’Omicron, le ministère de l’Education a élaboré une stratégie. Tout d’abord, le nouveau protocole en place depuis lundi prévoit que les professeurs cas contacts, s’ils sont vaccinés, pourront bien faire cours après avoir fait un test négatif. Pour freiner la propagation du virus en salle des professeurs, les cafés devront désormais être consommés assis. Les réunions parents-professeurs devront se tenir à distance. Pour limiter les absences, le ministère a aussi suspendu pour les prochains moins les départs en formation continue. Et il souhaite recruter plus massivement des contractuels. « Ce qui permet, dans le premier degré, de passer d’une capacité de remplacement de 9 % (sur la totalité des effectifs des professeurs écoles) à 12-15 % selon les académies », affirme Jean-Michel Blanquer dans Le Parisien.

Les retraités, appelés à revenir au boulot

Des campagnes de recrutements de contractuels sont déjà organisées toute l’année par les académies. « Mais elles ne suffisent pas car dans le second degré, en novembre dernier, certains élèves n’avaient pas eu de cours dans certaines disciplines faute d’enseignants », souligne Sophie Vénétitay. Laurent Zameczkowski estime par ailleurs que le recours aux contractuels n’est pas toujours optimal : « Dans le premier degré, la condition requise est d’être titulaire d’un diplôme de niveau bac +3, et dans le second degré d’un bac +4. Beaucoup se retrouvent face à des élèves sans n’avoir reçu aucune formation pédagogique ».

Pour étoffer son vivier de remplaçants, le ministère mise notamment sur les anciens profs : « On a des vacataires volontaires qui ont pris leur retraite il y a un, deux ou trois ans, peut-être un peu plus. On parle évidemment de plusieurs centaines par académie », a indiqué Jean-Michel Blanquer lundi sur   LCI. Une idée qu’approuve Pierre Favre : « Je pense qu’il y aura des candidats, car c’est l’occasion pour eux d’avoir un revenu d’appoint et de faire un geste citoyen ». Sophie Vénétitay est beaucoup plus dubitative : « J’ai du mal à croire que des retraités vont revenir en masse dans les établissements, alors même que certains sont plus fragiles face au coronavirus. Cela ressemble beaucoup à un effet d’annonce. »

« Les collégiens et les lycéens risquent d’avoir des emplois du temps en gruyère »

Autre moyen pour le ministère de booster le vivier de remplaçants : faire appel aux étudiants « qui n’ont pas réussi leur concours mais ont des aptitudes à l’enseignement », dixit Jean-Michel Blanquer. Les fameux étudiants sur listes complémentaires. « Ils seront appelés momentanément, comme depuis le mois d’avril dernier », a déclaré le ministre sur LCI.

Mais y aura-t-il assez de candidats ? Sophie Vénétitay est assez pessimiste et anticipe déjà les conséquences de cours en moins pour les élèves : « Le deuxième trimestre va être bouleversé. Ce n’est pas possible de préparer le bac dans ses conditions. Nous demandons d’ores et déjà que les épreuves de spécialités de terminale, prévues en mars, soient reportées en juin ». Même sentiment chez Laurent Zameczkowski : « Les collégiens et les lycéens risquent d’avoir des emplois du temps en gruyère lors du second trimestre. Et plus les enfants accumuleront de retard dans les programmes, plus cela handicapera leur parcours scolaire », prévient-il.