Coronavirus : « Ceux qui vendent des faux pass sanitaires le font avant tout pour l’argent »

INTERVIEW Le chef de la sous-direction de la lutte contre la criminalité financière, Thomas de Ricolfis, explique comment les enquêteurs de la police judiciaire travaillent sur les affaires de faux pass sanitaire

Propos recueillis par Thibaut Chevillard
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Pass sanitaire. (Illustration)
Pass sanitaire. (Illustration) — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Selon un bilan dressé lundi par le ministère de l’Intérieur, les forces de l’ordre ont mis au jour, dans le cadre de 400 enquêtes, un total de 182.000 faux pass sanitaires depuis l’instauration du dispositif cet été.
  • Ces enquêtes sont suivies par la sous-direction de la lutte contre la criminalité financière, dirigée par le contrôleur général Thomas de Ricolfis.
  • « Les pass sanitaires sont vendus entre 50 euros et 600 euros. Dans un dossier, on approche d’un chiffre d’affaires évalué à près d’un million d’euros », explique-t-il notamment à 20 Minutes.

Depuis la mise en place du dispositif en juin dernier, 182.000 faux pass sanitaires ont été mis à jour dans le cadre de 400 enquêtes. Selon le ministre de l’Intérieur, une centaine de personnes ont été interpellées, à la fois des usagers et des trafiquants.  Gérald Darmanin a, selon son entourage, donné la semaine dernière instruction aux directeurs généraux de la police et de la gendarmerie d’intensifier les contrôles.

Thomas de Ricolfis dirige la sous-direction de la lutte contre la criminalité financière, au sein de la direction centrale de la police judiciaire. Il explique à 20 Minutes comment les enquêteurs de la police judiciaire travaillent pour retrouver vendeurs et acheteurs.

400 enquêtes sont en cours, en lien avec des trafics de faux pass sanitaire. Pourquoi est-ce le service que vous dirigez qui les centralise ?

Au début du Covid 19, en mars 2020, la sous-direction de la lutte contre la criminalité financière s’est occupée des fraudes en lien avec les mécanismes mis en place par l’Etat pour surmonter la crise sanitaire. Il y a eu les escroqueries au matériel médical, celles liées au chômage partiel ou au fonds de solidarité. Nous travaillons sur les fraudes aux pass sanitaires depuis la mise en place de ce dispositif, l’été dernier. Même lorsqu’il s’agit d’  antivax, ceux qui mettent sur le marché des faux pass sanitaires le font avant tout pour se faire de l’argent. C’est tout simplement une fraude financière.

Nous assurons le suivi de l’ensemble des enquêtes qui sont traitées, en général, par les services territoriaux de la direction centrale de la police judiciaire, mais aussi par ceux de la sécurité publique et la gendarmerie nationale. Nous avons une vision un peu globale du phénomène. Nous travaillons main dans la main avec les gendarmes de  l’Oclaesp qui eux, traitent davantage du volet sanitaire.

Quels types de faits concernent ces enquêtes ?

Il y a les gens qui ont un pass sanitaire à leur nom et le revendent. Il y a aussi ceux qui s’en procurent un vrai avec la complicité d’une personne. Nous avons eu, par exemple, des professionnels de santé qui travaillent dans des centres de vaccination, comme des médecins ou des infirmiers. Ils profitaient d’avoir accès au système informatique pour générer de faux pass.

Par ailleurs, nous avons constaté plusieurs détournements de numéros de cartes appartenant à des professionnels de santé. Ce numéro étant accessible en ligne, certains avaient trouvé une faille pour accéder aux comptes de ces professionnels. Il leur suffisait ensuite de générer les pass sanitaires. Les bugs ont depuis été corrigés.

Qui sont les personnes mises en cause ?

Il ne s’agit pas de réseaux, nous n’avons pas trouvé de communauté criminelle à la manœuvre. C’est très individuel, certains veulent rendre service et se faire rémunérer, d’autres le font par conviction… C’est une délinquance d’opportunité, une manière pour de petits groupes de se faire de l’argent. Concernant les personnes demandeuses, il y a celles qui ne veulent pas se faire vacciner ou celles qui ne veulent pas perdre de temps, qui estiment que c’est un bon moyen pour ne pas perdre une journée de travail.

Ces infractions génèrent-elles des flux financiers importants ?

Non, les pass sanitaires sont vendus entre 50 euros et 600 euros. Dans un dossier, on approche d’un chiffre d’affaires évalué à près d’un million d’euros. Mais encore une fois, ce ne sont pas des groupes criminels organisés qui ont pris ça en main.

Comment repérez-vous ces infractions ?

Parfois, c’est la vigilance des personnels de santé travaillant dans des centres de vaccination qui a permis de mettre en lumière des affaires. Les Caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) nous informent aussi des fraudes qu’elles détectent. De notre côté, nous faisons un travail de veille, de police classique. En effet, les faux pass sont essentiellement vendus sur les réseaux sociaux comme Snapchat, WhatsApp ou Tik-Tok. Les gens entendent parler par le bouche-à-oreille, par des connaissances.