Familles d’accueil : Pourquoi le métier d’assistant familial subit-il une crise des vocations ?

ENFANCE Il manque beaucoup d’assistants familiaux pour faire face aux demandes de placement des enfants en danger

Delphine Bancaud
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Environ 40.000 assistants familiaux accueillent 85.000 enfants aujourd'hui.
Environ 40.000 assistants familiaux accueillent 85.000 enfants aujourd'hui. — Pixabay
  • La pénurie d’assistants familiaux se ressent dans tous les départements.
  • Elle est notamment due au manque d’attractivité du métier, en raison de sa faible rémunération, du sentiment de solitude des professionnels et de la plus grande proportion d’enfants présentant des troubles du comportement ou des handicaps.
  • Le projet de loi sur la protection de l’enfance, qui devrait être adopté définitivement en 2022, a notamment pour ambition d’améliorer les conditions de travail de ces assistants familiaux.

C’est un métier des plus utiles en France, mais qui peine pourtant à recruter. La profession d’assistant familial traverse une grave crise des vocations depuis une dizaine d’années. Chargés d’accueillir chez eux des enfants en souffrance ayant subi de graves carences éducatives et placés par l’  aide sociale à l’enfance (ASE), les assistants familiaux sont environ 40.000. Des effectifs bien faibles, sachant qu’environ 85.000 enfants sont placés chez eux. Et le nombre des jeunes en famille d’accueil a beaucoup augmenté depuis dix ans : « La hausse est de 22 % entre 1996 et 2017 », explique à 20 Minutes le cabinet d’Adrien Taquet, le secrétaire d’État en charge de l’enfance. Depuis la crise sanitaire, les demandes de placement en urgence des juges ont augmenté, sans pouvoir toujours être satisfaites.

Cette pénurie touche tous les départements et pourrait encore s’aggraver dans les prochaines années. « La moyenne d’âge des assistants familiaux étant de 55 ans, 80 % d’entre eux partiront en retraite dans dix ans », indique le cabinet d’Adrien Taquet. Des professionnels - essentiellement des femmes - qui font ce métier depuis quinze, vingt ou trente ans. « Il n’y a plus de jeunes qui veulent faire carrière dans la fonction », souligne Martine Orlak, présidente de l’Union fédérative nationale des associations de famille d’accueil et assistants maternels (Ufnafaam).

« Quand ils arrivent dans des familles d’accueil, ils sont cassés »

Les profils des assistants familiaux actuels sont très divers. « Beaucoup sont des travailleurs médico-sociaux en reconversion qui veulent apporter du bien-être aux enfants », décrit Marie-Noëlle Petitgas, présidente de l’Association nationale des assistants maternels assistants et accueillants familiaux (Anamaaf). « D’autres sont des fonctionnaires ayant pris leur retraite très tôt et voulant continuer à travailler. Certains sont aussi séduits par l’idée de travailler en couple », complète Martine Orlak. Ce métier apporte beaucoup de satisfactions, selon Marie-Noëlle Petitgas, qui l’exerce depuis quarante ans : « On noue des relations humaines très fortes avec les enfants et c’est un bonheur de les voir évoluer, de réussir à ce qu’ils soient mieux dans leur peau », décrit-elle.

Mais aux dires des professionnels, le métier est en proie à de plus en plus de difficultés. « Certains enfants sont maintenus dans leur famille de naissance trop longtemps. Et sont exposés à des négligences éducatives ou des violences depuis plusieurs années. Quand ils arrivent dans des familles d’accueil, ils sont cassés », indique Marie-Noëlle Petitgas. « Un jeune est parfois placé à 15 ans, et il ne nous reste pas beaucoup de temps pour faire des merveilles avant ses 18 ans », poursuit Martine Orlak. Autre difficulté, selon le cabinet d’Adrien Taquet : « Un quart des enfants accueillis sont en situation de handicap. Et un grand nombre présentent des troubles du comportement ». « Par ailleurs, la crise sanitaire a généré des démissions, car les difficultés professionnelles se sont accrues : les confinements ont généré du stress chez les enfants placés et augmenté certains troubles du comportement », ajoute Marie-Noëlle Petitgas.

Un sentiment de solitude

Des difficultés face auxquelles les assistants familiaux se sentent souvent bien seuls. Car même s’ils possèdent un référent professionnel chargé de les épauler, « certains se contentent de deux rendez-vous par an. Or, on ne peut pas faire ce travail sans faire partie d’une équipe », souligne Martine Orlak. Certes, beaucoup des départements mettent en place des formations et des groupes de parole à destination des professionnels, mais l’offre est inégale selon les territoires. Le contrôle des assistants familiaux est lui aussi très irrégulier : « Dans certains grands départements, il n’a pas lieu chaque année », reconnaît-on au secrétariat chargé de l’enfance.

Le problème d’attractivité du métier est aussi dû à sa rémunération peu attractive, alors qu’il faut disposer d’un logement suffisamment grand pour pouvoir accueillir un ou plusieurs enfants. Les salaires proposés sont d’ailleurs différents d’un département à un autre. « Actuellement, la majorité des assistants familiaux en charge d’un enfant gagnent moins de 1.000 euros par mois », observe Martine Orlak. « Mais un tiers des départements garantissent déjà le Smic », indique le cabinet d’Adrien Taquet. Enfin, la vie privée peut être totalement bouleversée : « On est responsable des enfants 24h/24h et on embarque notre propre famille dans l’aventure, ce qui n’est pas toujours évident », souligne Martine Orlak.

Vers une amélioration ?

Conscient de la situation, le gouvernement a présenté un projet de loi sur la protection de l’enfance, avec un chapitre consacré au métier d’assistant familial. Il a été adopté en première lecture au Sénat en décembre et repassera à l’Assemblée en 2022. Il prévoit notamment une revalorisation de la rémunération des assistants familiaux, afin que ces derniers aient la garantie de toucher au moins le Smic dès le premier enfant accueilli. Le texte prévoit aussi la possibilité de poursuivre ce métier après 67 ans, et que la possibilité de confier l’enfant chez un membre de sa famille ou un tiers de confiance soit systématiquement examiné avant toute décision de placement. De quoi résoudre en partie la pénurie de professionnels. Mais pour ces derniers, il faudra aller encore plus loin pour susciter des vocations. « Nous n’avons pas encore d’information sur le montant de la rémunération pour l’accueil d’un deuxième et d’un troisième enfant », souligne Martine Orlak.

Une meilleure connaissance du métier par le grand public semble aussi nécessaire. Exemple en 2020, où un bus était parti à la rencontre des habitants de Seine-Saint-Denis pour présenter le métier. Les départements ont aussi leur responsabilité dans l’amélioration des conditions de travail. Ils peuvent ainsi développer des formations spécifiques, proposer un accompagnement renforcé, ou des moments de répit où l’enfant pourra partir en vacances en colonie, par exemple…