Pourquoi Noël peut-il nous donner envie de casser les réseaux sociaux ?

INDIGESTION SOUS LE SAPIN (4/6) 20 Minutes vous accompagne durant les fêtes de fin d’année et vous parle cette fois-ci des décos « Noël parfait » des instagrameurs qu’on a envie de brûler

Marie De Fournas
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Ce montage réalisé avec soin par la journaliste de 20 Minutes, cherche à montrer l'agacement que peuvent susciter les réseaux sociaux à la période de Noël, par le biais d'un emoji mécontent.
Ce montage réalisé avec soin par la journaliste de 20 Minutes, cherche à montrer l'agacement que peuvent susciter les réseaux sociaux à la période de Noël, par le biais d'un emoji mécontent. — nastya_gepp / ID 7089643 / Pixabay / Montage 20 Minutes
  • La rédaction de 20 Minutes, particulièrement le « club des 4 » à votre service, vous accompagne durant les fêtes de fin d’année. Parce que cette période peut être compliquée, on a choisi de ne pas vous laisser tomber et de vous montrer qu’à nous aussi Noël fout parfois… les boules.
  • Dans ce troisième épisode de notre série « Noël version indigestion », on revient sur cette fête qui une période durant laquelle les réseaux sociaux regorgent de moments scénarisés à l’extrême, d’images de « Noël parfait » lancées dans la course aux « likes ».
  • Pourquoi le temps des fêtes rime-t-il avec « fake » ? Pourquoi ces images peuvent-elles nous agacer ? Et pourquoi faut-il prendre du recul ? « 20 Minutes » vous dit tout.

Cette semaine (voire ce mois entier pour les plus frappadingues de Noël), les réseaux sociaux ont transpiré les épines de conifères et la farce de dinde. Des clichés d’un Noël parfait ont envahi nos fils d’actualité. Rien de nouveau dans le monde d’Instagram ou Facebook habitué à ce que le temps des fêtes rime avec « fake ». « Mais nous n’avons pas attendu Noël pour que les réseaux sociaux soient une vitrine très idéalisée d’un monde où tout le monde est beau, parfait et avec des moyens de luxe », lâche le psychologue Michael Stora. Pas faux. Preuve en est le   l’été avec le hashtag #VacancesDeReve qui surgit tous les étés ou le  #MamansParfaites que l’on subit chaque jour.

Noël reste cependant une période toute particulière pour les influenceurs. « Contrairement aux vacances d’été qui s’étalent sur deux mois, c’est une date imposée, un rendez-vous collectif, analyse Pauline Escande-Gauquié, sémiologue et maître de conférences à la Sorbone université Celsa. C’est tout à fait normalisé et banalisé de partager des photos normalement réservées à l’album de famille. » On croule donc sous les posts, mais aussi sous les hashtags car cette merveilleuse fête a la particularité de réunir tout ce qui alimente d’habitude Facebook et compagnie : décorations, nourriture, fête, famille, amis soit #déco #foodporn #party #perfectfamily. Ça, ou s’enfiler six bûches aux marrons glacés sans eau = même combat.

Noël scénographié comme une pub

Noël n’échappe pas non plus aux codes esthétiques des réseaux sociaux, mais là encore, le filtre rouge et vert est de mise. « D’habitude, Instagram ressemble à une grande pâtisserie avec plein de jolis gâteaux. Pour les fêtes, c’est un sapin de Noël avec plein de guirlandes ! », compare Michael Stora, également fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines.

« Dans l’imaginaire collectif, Noël est un moment de réenchantement. Les gens rentrent dans cette fiction que nous racontent les marchands avec leurs vitrines, leurs décorations. Ils se réapproprient ces codes normatifs, presque publicitaires pour ensuite scénographier à leur manière ces moments de joie », décrypte Pauline Escande-Gauquié, autrice du livre Monstres 2.0 : l'autre visage des réseaux sociaux. Un téléfilm de Noël que l’on peut regarder avec plaisir en ces temps moroses, mais qui pourrait vite en énerver certains.

Caviar versus œufs de lompe sur blinis

Oui, vous. Parce que ça vous agace de voir les enfants de cette maman blogueuse de Marseille qui dessinent sagement des flocons pendant que les vôtres s’intoxiquent dans le jardin en léchant la neige des buissons. Ça vous agace les petits amuse-bouche à la truite sauvage sur une émulsion de cresson à la menthe, réalisés par cette foodista brésilienne. Parce que vous, vous n’aurez droit qu’au duo œufs de lompe-blinis mal toastés que votre père vous tendra en vous glissant, l’air amusé : « un peu de caviar ? » Ça vous agace le sapin de Noël de votre copine Sophie qui a tellement de décorations qu’on ne voit même plus les branches. Parce que vous, vous avez juste mis un boa à plumes (vestige d’une soirée au Macumba cet été) dans votre ficus, parce que votre chat ne vous laisse définitivement pas le choix.



Et puis, ça vous agace les 18 membres de cette famille au Texas qui ont assorti leurs vêtements, alors que ça fait une heure que vous essayez de rassembler tout le monde pour la photo de groupe, mais que votre sœur refuse de poser à côté de votre oncle antivax. Bref, ça vous agace parce que chez vous, absolument rien n’est instagramable.

En fait, ça vous agace « car l’être humain ne peut pas s’empêcher de se comparer », explique Michael Stora. « Avec les algorithmes de Facebook ou d’Instagram, on se compare non pas pour se rassembler mais pour se détester, poursuit l’expert. L’algorithme fait qu’on vous présente des personnes qui pensent comme vous, mais qui ont une famille qui a l’air plus parfaite ou qui a bien plus de moyens que vous. »

Et les gens comme nous, mais en mieux, c’est rageant. « Quand on est un Français moyen et que vous n’arrêtez pas de voir dans vos contacts des gens qui se paient des choses que vous ne pouvez pas vous offrir, ça peut générer de l’envie, de la jalousie, puis de la révolte et de la colère. » Saupoudrez le tout d’une course aux « likes » et vous empirerez ce sentiment d’échec, assure celui qui est également auteur du livre Réseaux (a) sociaux ! Découvrez le côté obscur des algorithmes.

Mais comment s’en sortir ?

Pauline Escande-Gauquié donne un conseil plutôt simple : « on n’est pas obligé de regarder. » Personne ne vous met le nez dans les réseaux. Si tant de perfection vous énerve, faites une petite pause. Ou bien prenez du recul. L’experte constate, par exemple, que « moins on a de lien affectif avec une personne (telle qu’une influenceuse célèbre) plus on voit ses posts comme une fiction. Mais plus on est impliqué affectivement vis-à-vis de quelqu’un, moins on arrive à prendre du recul et plus la fiction devient réalité. » Pourtant, il ne faut pas oublier qu’une photo reste une capture d’un instant T. « Tout le monde est dans une sorte de "self fake". Un enfant qui sourit sur une photo le fait peut-être parce que sa sœur vient de se faire gronder », illustre Michael Stora. Alors, vous préférez toujours ce petit être machiavélique à vos enfants qui lèchent les buissons ?

Enfin, l’arme ultime conseillée par les experts reste le second degré. « Une déco kitsch, des pulls moches, des mises en scène ratées », détaille la sémiologue. « C’est ce qui nous sauve et c’est une manière très intéressante de troller cette surexposition, surconsommation et suridéalisation sur les réseaux », assure Michael Stora. Ça tombe bien on a lancé un hashtag (un de plus pour ceux qui n’avaient pas encore fait d’overdose)  #NoëlClaquéAuSol​ pour apporter enfin rêve de gloire et like en masse a tout les gens agacés.