Coronavirus : Gare à ces affirmations de Philippe de Villiers sur l'anticipation de l'épidémie et du pass sanitaire

FAKE OFF L'extrait d'une interview de Philippe de Villiers sur Sud Radio en mai 2021, où il multiplie les affirmations trompeuses sur la pandémie de Covid-19, a ressurgi sur les réseaux sociaux ces derniers jours

Alexis Orsini
— 
Philippe de Villiers (illustration).
Philippe de Villiers (illustration). — JP PARIENTE/SIPA
  • Selon Philippe de Villiers, la pandémie de Covid-19 était prévue par les autorités plusieurs mois avant son émergence. C'est ce qu'a affirmé le fondateur du Puy du Fou lors d'une interview sur Sud Radio il y a quelques mois, qui est devenue virale ces derniers jours sur Twitter.
  • Dans cet extrait, l'ancien député européen cite, en guise de preuve, un rassemblement de l'OMS et de la Commission européenne sur les vaccins, organisé en septembre 2019, qui aurait « décidé » de la mise en place du pass sanitaire. Ainsi qu'une simulation de pandémie organisée la même année à New York par le Centre John Hopkins.
  • Si ces deux évènements ont bien eu lieu, ils n'ont aucun lien avec le Covid-19.

« Ça va faire du bruit et c’est dans mon livre. » En lançant cette phrase au micro de Sud Radio, en mai 2021, au moment de faire la promotion de son ouvrage Le jour d’après (éditions Albin Michel),  Philippe de Villiers s’attendait-il à voir cette séquence devenir virale sur  Twitter sept mois plus tard ?

Il faut dire que les affirmations du fondateur du Puy du Fou et ancien député européen avaient de quoi provoquer, a minima, une certaine incrédulité. Car, à l’en croire, les principales mesures sanitaires gouvernementales prises à travers le monde pour faire face à l’épidémie de Covid-19 auraient été prévues plusieurs mois avant que ce virus ne fasse son apparition.

« En fait, le pass sanitaire a été décidé le 12 septembre 2019 à l’initiative de la Commission de Bruxelles et du Conseil des chefs d’Etat à l’Europe, lors d’un sommet avec l’OMS [Organisation mondiale de la santé]. Un passeport vaccinal… C’est curieux ! Septembre 2019, passeport vaccinal obligatoire, et ils prévoient tout : même la désinformation, etc, les fake news… », affirmait ainsi Philippe de Villiers sur Sud Radio, le 16 mai dernier (à partir de 30’10 dans le replay de l’émission Les Incorrectibles).


« Après il y a eu le fameux exercice de simulation à New York le 18 octobre 2019, où […] big pharma, big data, big finance simulent une pandémie de coronavirus. Hasard… Visiblement, ils anticipent… Pour cette simulation, il y a Johnson & Johnson, le forum de Davos, Bill Gates, l’université John Hopkins… », poursuivait celui qui soutenait, à la même époque, avoir guéri du Covid-19 grâce à l’hydroxychloroquine et au pastis, sur les conseils de Didier Raoult.

Pressé par son intervieweur, le journaliste Eric Morillot, de préciser ses sources, Philippe de Villiers lui rétorque : « C’est très simple, vous allez sur Internet »… avant de brandir une feuille sur le dénommé « Event 201 », du nom de cette supposée simulation de pandémie.

FAKE OFF

Si la Commission européenne et l’OMS ont bien organisé un évènement autour de la vaccination à Bruxelles le 12 septembre 2019, celui-ci n’avait aucun lien avec le Covid-19, et encore moins avec le pass sanitaire.

Ce premier « sommet mondial de la vaccination », qui réunissait  près de 400 participants (personnalités politiques, scientifiques, professionnels de santé…) visait,  selon l'OMS, à accélérer « l’action mondiale visant à mettre un terme à la propagation des maladies à prévention vaccinale » et à « plaider contre la diffusion de fausses informations sur les vaccins dans le monde entier ».

En ligne de mire, notamment : la rougeole​, « sept pays, dont quatre situés dans la région européenne, [ayant] perdu leur statut de pays ayant éliminé » cette maladie « au cours des trois dernières années ». « La vaccination permet déjà de prévenir 2 à 3 millions de décès par an et pourrait éviter 1,5 million de décès supplémentaires si la couverture vaccinale mondiale était améliorée », soulignait à cette occasion le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Un sommet mondial à l’origine d’un « plan d’action en 10 points »

En pratique, ce sommet mondial a abouti à l’élaboration d’un « plan d’action en 10 points » destiné à « prévenir la résurgence de ces maladies à prévention vaccinales ». Celui-ci recommande notamment « l’information auprès du public pour lutter contre les campagnes de dénigrement » ou encore « la mise en place de systèmes de veille sanitaires afin de détecter la résurgence de certaines maladies ». Il n’était donc nullement question, à l’issue de ce rassemblement, de mettre en place le pass sanitaire.

Et si la Commission européenne avait évoqué dès 2018 l’idée de créer une « carte ou passeport de vaccination électronique » valable dans toute l’Europe, pour favoriser une meilleure couverture vaccinale, notamment contre la diphtérie, le tétanos et la rougeole, ce document n’avait rien d’obligatoire – et aucun lien avec  le certificat Covid numérique mis en place depuis face à ce virus.

Un « Event 201 » au cœur de rumeurs complotistes depuis 2020

Quant à l'« Event 201 », l’exercice de simulation de pandémie évoqué ensuite par Philippe de Villiers, il a bien été organisé en octobre 2019 par le Centre pour la sécurité sanitaire John Hopkins, avec le Forum économique mondial et la Fondation Bill et Melinda Gates.

Mais cet exercice portait sur une épidémie fictive dont l’épicentre se situait dans une porcherie au Brésil, et amenée à causer la mort de 65 millions de personnes – sans lien avec la souche de coronavirus qui s’est propagée en Chine quelques mois après, comme l’avait indiqué le Centre John Hopkins dès la fin janvier 2020, face à l’émergence de cette théorie.

« Bien que notre exercice sur table ait inclus un nouveau coronavirus fictif, les données que nous avons utilisées pour modéliser l’impact potentiel de ce virus fictif ne sont pas similaires au nCoV-2019 [détecté en Chine] », indiquait-il dans un communiqué, en précisant qu’il ne s’agissait nullement d’une « prédiction » mais bien de « mettre en évidence les défis en termes de préparation et d’intervention qui se poseraient dans le cadre d’une très grave pandémie ».

Une pratique loin d’être inédite : l’OMS avait elle-même organisé un exercice de simulation de pandémie en août 2010, au Cambodge, quelques jours après avoir annoncé la « fin de la pandémie mondiale de grippe H1N1 ».