Alpes-Maritimes : Isola 2000 fête ses 50 ans cette année, mais à quoi ressemblera la station dans un autre demi-siècle ?

RETOUR VERS LE FUTUR À l’occasion du premier demi-siècle de la station la plus enneigée des Alpes-Maritimes, 20 Minutes se projette et essaie de prédire comment sera la vie là-haut en 2071

Elise Martin
Dans 50 ans, la durée d?enneigement sera réduite impliquant des saisons plus courtes
Dans 50 ans, la durée d?enneigement sera réduite impliquant des saisons plus courtes — L. Urman / Sipa
  • Isola2000 a 50 ans et a bien évolué depuis sa création malgré l’affaire Riccobono (voir encadré). Et si on se téléportait et on imaginait la station en 2071 ?
  • La maire d’Isola, Mylène Agnelli voit du progrès en termes d’activités culturelles, de records de sportifs mais aussi d’aménagements du territoire avec notamment des lits touristiques supplémentaires. Bien consciente que dans 50 ans, il faudra évoluer avec les changements climatiques.
  • Justement, dans le parc national du Mercantour, deux projets ont été conçus pour étudier les impacts du réchauffement climatique sur le massif. Jérôme Mansons explique que ces effets globaux auront des conséquences sur les espèces présentes sur le territoire.

A 2.000 m d’altitude, d’où son nom, la station de ski d’Isola, dans les Alpes-Maritimes, fête cette année ses 50 ans. Avec 120 km de pistes, un microclimat et une exposition qui favorisent un  enneigement maximal, la station connaît depuis sa création un réel succès. Aujourd’hui, Isola2000 compte 15.000 lits  touristiques. Qu’en sera-t-il en 2071, au moment de fêter le siècle d’existence ?

« On viendra peut-être en véhicules électriques volants et on devra prévoir des héliports », plaisante Mylène Agnelli, la maire d’Isola. Mais la priorité n’est pas au transport. Maintenant libérée de l’affaire Riccobono (voir encadré) qui figeait les terrains et le parc immobilier depuis 2001, la commune a dans l’idée d’augmenter sa capacité d’accueil pour compenser un besoin de « 2.600 lits » touristiques.

« Avec la création d’une place centrale, d’espaces publics dont une salle de spectacle et la rénovation d’immeubles, le but n’est pas de défigurer le paysage mais d’avoir une architecture intégrée au site, notamment avec des matériaux respectueux de l’environnement », développe l’élue. Elle ajoute : « Dans 50 ans, on sera, je pense, l’une des rares stations qui aura encore de la neige à cette altitude, même si la saison sera probablement beaucoup plus courte. »

Un scénario lié à l’évolution du climat

Les dernières estimations climatiques prédisent une augmentation des températures de 2 °C à 5 °C à la fin du siècle, ce qui induit des conséquences directes sur les montagnes. Réduction du temps d’enneigement, migrations d’espèces, transformation du paysage. Avant d’imaginer 2100 et la fin du monde, restons en 2071 et à Isola. En plein cœur du Mercantour, la station se situe à un « emplacement privilégié pour certaines espèces articoalpines comme le lièvre variable ou le lagopède alpin qui changent de couleur en fonction des saisons », précise Jérôme Mansons, chargé de missions au sein du parc national du Mercantour. Depuis 2017, il étudie à travers  deux projets les impacts du changement climatique sur le massif.

Il explique : « Avec une durée d’enneigement plus courte, ces espèces pourraient être vouées à disparaître. Comme en restant blanches alors que leur environnement ne l’est plus et que les prédateurs les repèrent. » Il ajoute : « Imaginer le territoire dans 50 ans relève encore de l’inconnu. Les changements qui ont eu lieu depuis 30 ans sont déjà tellement importants. » Ainsi, il y a une reconquête vers les sommets, que ce soit les végétaux comme les insectes. Les cigales, purement méditerranéennes ont été retrouvées à 1.500 m d’altitude. « Avec les effets déjà constatés, on va vers l’optimum climatique », conclut Jérôme.

Figée pendant vingt ans

Isola2000 a évolué depuis 1971 mais est également restée bloquée près de 20 ans. Le conseil d’État a mis fin à une partie des procédures administratives contre Bernard Riccobono fin 2019 en restituant à la commune 106 hectares, dont 60.000 m² de droit à bâtir. L’ancien aménageur de la station demandait 28 millions d’euros de dédommagement depuis 2001, quand le syndicat mixte des stations du Mercantour avait mis fin à son contrat qui avait débuté en 1997.