Réforme du bac : Faut-il s’inquiéter de la baisse du nombre d’élèves en spécialité maths en terminale ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR A la rentrée 2021, les élèves de terminale ont un peu moins souvent choisi que leurs aînés la spécialité maths

Delphine Bancaud
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Depuis la réforme du lycée, les élèves peuvent choisir la spécialité maths en 1ere et la garder ou pas en terminale.
Depuis la réforme du lycée, les élèves peuvent choisir la spécialité maths en 1ere et la garder ou pas en terminale. — Adil Benayache/SIPA
  • Selon une étude du ministère de l’Education nationale, à la rentrée 2021, 37,5 % des élèves de terminale ont choisi la spécialité maths, contre 41,2 % en 2020.
  • Une baisse due à la difficulté du programme, à l’autocensure des élèves et à leur moindre information sur l’orientation depuis le début de la crise sanitaire.
  • Une baisse qui interroge aussi les responsables de classes prépas économiques et commerciales, comme ceux des écoles de management et d’ingénieurs.

Est-ce une baisse temporaire ou une vraie tendance ? Selon une note de l’Education nationale parue le 8 décembre, à la rentrée 2021, 37 % des élèves de terminale ont choisi la spécialité mathématiques, contre 41 % en 2020. Le nouveau bac prévoit en effet que les élèves choisissent trois spécialités en 1re et qu’ils en abandonnent une en terminale au profit des deux autres.

Or, c’est la spécialité maths qu’ils délaissent le plus. Et les filles sont plus nombreuses à avoir lâché la discipline que les garçons, ainsi que les élèves issus de catégories sociales plus défavorisées. En cause : le programme, réputé plus dur que celui qui était suivi dans (feue) la filière S. Certains lycéens de 1re, rencontrant des difficultés, préfèrent ainsi abandonner la discipline en terminale de peur qu’elle ne les pénalise pour l’obtention du bac. « Certains ont en effet le réflexe de garder les deux spécialités dans lequel ils surperforment, et ce n’est pas toujours les maths », reconnaît Pierre Mathiot, l’inspirateur de la réforme du bac.

Un renoncement face à la difficulté ?

Mais selon lui, ce n’est pas l’unique raison du délaissement des maths en terminale : « Certains lycéens ont peut-être gardé l’option maths complémentaires, car leur projet d’orientation ne nécessitait pas qu’ils fassent des maths de façon approfondie ». Cette option mathématiques complémentaires est en effet destinée prioritairement aux élèves qui, ayant suivi la spécialité mathématiques en 1re et ne souhaitant pas la poursuivre en terminale, ont cependant besoin d’un certain bagage dans la discipline. C’est notamment le cas des élèves qui se destineraient aux études médicales ou en sciences sociales ou économiques. Avec l’option mathématiques complémentaires, les élèves n’ont plus que 3 heures de cette discipline par semaine, contre le double pour ceux qui ont choisi la spécialité.

Pour Véronique Bonnet, vice-présidente de l’association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales, c’est aussi du côté de la crise du Covid-19 qu’il faut chercher une explication : « Il a été très difficile pour les élèves de faire des maths à distance pendant toute la période où ils avaient cours en demi-jauges ». L’absence de salons d’orientation au plus fort de la crise a aussi pu jouer, selon Emmanuel Perrin, membre de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (  CDEFI) : « Les lycéens ont eu moins d’informations sur les filières et ont eu plus tendance à s’autocensurer dans leurs choix d’orientation ».

Les classes prépas économiques moins plébiscitées

Et ce moindre succès des maths au lycée commence à avoir des conséquences. Selon les professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales, le nombre d’élèves a chuté de 9 % en un an *. « Les prépas les plus touchées sont celles qui sont situées en périphéries des villes ou dans des villes moyennes. Et nous craignons que cela ne s’aggrave l’an prochain. D’ailleurs, quatre classes préparatoires vont vraisemblablement fermer leurs portes à la rentrée 2022 », souligne-t-elle. Concernant les classes prépas scientifiques, aucune donnée n’est disponible concernant les inscriptions en 2021.

Mais selon Pierre Mathiot, cette baisse des inscriptions en classes prépas économiques et commerciales ne s’explique pas par le moindre contingent de matheux en terminale : « Leur modèle est en crise depuis quelques années. Cette génération préfère par exemple les bi-licences aux prépas, car ils n’ont pas forcément envie d’une formation aussi intense ». Delphine Manceau, directrice générale de Neoma Business School et membre du bureau de la Conférence des grandes écoles (GCE), ajoute que certains lycéens ont pu être décontenancés par la réforme des classes prépas, appliquée à la rentrée 2021. « A cause du Covid-19, nous n’avons pas pu organiser de journées portes ouvertes pour leur décrypter les changements. Et notamment leur expliquer que les élèves de terminale qui font l’option maths complémentaires, mais qui n’ont pas gardé la spécialité, peuvent très bien intégrer une école de management ».

Une réduction du vivier pour les classes prépas et les grandes écoles ?

Si cette diminution de matheux en terminale s’accentue ces prochaines années, elle pourrait par ricochet « entraîner à terme une baisse du vivier de candidats pour les écoles d’ingénieurs et de management », souligne Delphine Manceau. « Or, la France a besoin de former 50.000 ingénieurs par an. Et actuellement, nous en sommes à 43.000 », ajoute Emmanuel Perrin.

Préoccupée par ces évolutions, la CGE compte s’entretenir avec les ministères de l’Education et de l’Enseignement supérieur. Un dossier qui sera forcément abordé prochainement par le Comité de suivi de la réforme du lycée général et technologique et du bac. En attendant, l’association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales demande un moratoire pour éviter la fermeture prochaine de classes prépas. « Nous allons aussi intensifier notre communication auprès des élèves pour lutter contre leurs fausses représentations à l’égard des maths et des filières scientifiques », ajoute Emmanuel Perrin.

* Selon une étude qui porte sur 120 établissements adhérents de l'APHEC.