« Jamii », le jeu qui valorise les cultures afro à travers le monde

A TOI DE JOUER Vanessa Fataccy, entrepreneuse de Seine-Saint-Denis, a inventé le jeu de société « Jamii » pour faire connaître davantage les cultures afro

Mathilde Desgranges
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Dans le Jamii, on avance vers la victoire en répondant correctement aux questions posées.
Dans le Jamii, on avance vers la victoire en répondant correctement aux questions posées. — © Jamii
  • Le Jamii est un jeu de société à mi-chemin entre le jeu de l’oie et le Trivial Pursuit. Pour gagner, il faut savoir répondre aux questions sur l’histoire et les cultures afro à travers le monde.
  • Ce jeu est « une cour de récré où on apprend ce qu’il n’y a pas encore en classe », explique sa créatrice Vanessa Fataccy. Il valorise des histoires « non évoquées dans les manuels scolaires ou seulement de manière négative ».
  • Début décembre, Vanessa Fataccy a reçu pour ce projet un trophée Créatrice d’Avenir, concours dédié à l'entreprenariat féminin en Ile-de-France.

Saviez-vous que Rosa Parks n’était pas la première femme noire à avoir refusé de laisser sa place dans un bus aux Etats-Unis ? Claudette Colvin, une adolescente de 15 ans, l’a précédé de neuf mois. Voilà le type d’anecdotes que Vanessa Fataccy fait connaître avec son jeu Jamii. Jeu de plateau à la croisée du Trivial Pursuit et du jeu de l’oie, le Jamii met en avant les cultures afro à travers un jeu de questions-réponses. La conception du jeu a valu à Vanessa Fataccy, mieux connue sous le pseudonyme  Evingel, de remporter le titre de Créatrice d’Avenir Seine-Saint-Denis et le trophée Quartier, du  concours Initiative Ile-de-France dédié à l'entreprenariat féminin. 

Avec son jeu, elle a voulu développer un concept permettant aux joueurs de se rassembler en une Jamii, communauté, basée sur « ce que nous avons en commun ». Il faut dire que Vanessa Fataccy est empreinte de différentes cultures. Ses parents sont natifs de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane. Elle est née en Belgique, a grandi en France, a vécu aux Etats-Unis, avant de revenir s'installer en  Seine-Saint-Denis.

« Jouons ensemble pour mieux nous connaître »

Le Jamii est « une cour de récré où on apprend ce qu’il n’y a pas encore en classe », explique sa créatrice. L'entrepreneuse a quitté l’école à 16 ans avec le sentiment que ses professeurs ne savaient pas répondre à ses questions. Lorsque sa fille entre au collège, vingt-cinq ans plus tard, elle réalise que le contenu des manuels scolaires n’a pas changé. « Il n’y est pas fait mention de l’histoire des afro-descendants, ou sinon de manière négative à travers la colonisation et le commerce triangulaire. » Vanessa Fataccy se désole de cette manière d’enseigner l’histoire, mais surtout, du désintérêt que sa fille affiche pour sa propre culture. 

Jamii, le jeu de société créé par Vanessa Fataccy
Jamii, le jeu de société créé par Vanessa Fataccy - © Maonghe.M

C’est en réfléchissant à un moyen ludique de transmettre son histoire à son adolescente que l’idée du jeu lui vient. « Les livres, la lecture, c’est très solitaire. Je cherchais un moyen d’apprendre qui nous relit. Je ne l’ai pas trouvé alors je l’ai fait. » La mère de famille lance le projet et le fait connaître « partout où on ne l’attend pas », dans des salons de coiffure, des bars à céréales, etc. Le concept est bien accueilli, l'entrepreneuse est même remerciée par des mères de famille mixte qui ne savent pas comment expliquer leurs origines à leurs enfants. Sa réponse est simple :  «Jouons ensemble pour mieux nous connaître. »

Une grande ambition pour la suite 

Après avoir quitté l’école, Vanessa Fataccy n’a cessé d’apprendre en visitant des musées, en faisant des voyages et en regardant des documentaires. « On valorise l’apprentissage dans les livres mais pas dans la vie. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas appris une information dans un livre qu’elle n’est pas intéressante. » L'entrepreneuse envisage de « travailler main dans la main » avec l’Education nationale de différents pays sur ces questions. Plusieurs écoles l’ont déjà fait intervenir dans des classes pour sensibiliser à l’apprentissage en dehors des manuels. Un lycée de Côte d’Ivoire l’a également contactée dans l’optique de faire évoluer son programme.

Pour l'instant, elle se concentre sur le développement du jeu en France. Les codes de l’entreprise, comme ceux de l’école, la freinent. Vanessa Fataccy continue donc de faire cavalier seul. Pour la première fois, elle envisage de travailler à plusieurs parce que son projet « a réellement du potentiel. Il est temps d’être plus pro et de moins travailler de manière artistique. » Dès janvier 2022, elle sera accompagnée de professionnels de la Station F, campus parisien de start-up, pour décliner son jeu sur le numérique.