Coronavirus : 50 % des parents d'écoliers refusent-ils les tests salivaires, comme l'affirme Jean-Michel Blanquer ?

FAKE OFF Selon Jean-Michel Blanquer, seulement 50 % des parents d'élèves de primaire acceptent de réaliser les tests salivaires proposés dans les établissements

Alexis Orsini
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Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale (illustration).
Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale (illustration). — Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA
  • Invité à l'antenne de Franceinfo, jeudi 16 décembre, Jean-Michel Blanquer s'est vu interrogé sur la question des tests salivaires de détection du Covid-19 à l'école primaire.
  • Selon le ministre de l'Education nationale, le gouvernement n'en réalise « que 200.000 sur les 400.000 [proposés]» car « seulement 50 % » des parents les acceptent.
  • Si ces chiffres sont plutôt conformes aux tendances de ces dernières semaines, ils ne s'expliquent pas aussi simplement que l'affirme le ministre.

Les parents d’élèves de primaire sont-ils à blâmer pour la recrudescence des cas de Covid-19 à l’école ? C’est ce qu’a laissé entendre le ministre de  l'Education nationale lors de son  passage sur Franceinfo, jeudi 16 décembre.

Alors qu’on lui rappelait la recommandation du Conseil scientifique de « généraliser  les tests [salivaires] une fois par semaine à l’école », Jean-Michel Blanquer évoquait les deux « expérimentations » lancées par son ministère ces derniers mois, avant d’ajouter : « Jusqu’à aujourd’hui, et encore aujourd’hui, […] nous proposons 400.000 tests salivaires chaque semaine à l’école primaire. Nous n’en faisons que 200.000 sur les 400.000 que nous proposons parce que nous avons seulement 50 % d’acceptation de la part des parents. »

« Donc le type d’expérimentation proposé, [qui fait que] c’est à l’école que les choses se passent, se heurte forcément à un pourcentage non négligeable de parents qui ne veulent pas qu’on le fasse à l’école », concluait le ministre.

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, l’Education nationale indique que le nombre de tests salivaires sur lequel s’appuie le ministre « est communiqué chaque vendredi dans le cadre d’un point de situation », à partir des « remontées des académies ».

Ainsi, selon le dernier bilan en date, portant sur la semaine du 29 novembre au 6 décembre, 470.841 tests avaient été proposés aux « élèves et personnels » – pas seulement, donc, aux écoliers - et 241.583 tests réalisés au total.

Un ratio comparable au bilan des semaines précédentes : 434.816 tests proposés pour 227.717 réalisés entre le 22 et le 29 novembre, 377. 411 tests proposés pour 190.487 réalisés  entre le 15 et le 22 novembre, ou encore 307.804 tests proposés pour 141.686 réalisés  entre le 8 et le 15 novembre (avec un jour férié).

« Un manque de matériel et de personnel pour tester »

Pour autant, le taux d’acceptation des tests avancés par le ministre s’explique-t-il uniquement par le refus des parents d’élèves ? « Comme l’autorisation est demandée aux parents, les enfants doivent leur fournir le formulaire puis le ramener à l’école, ce qui pose souvent des difficultés pratiques : soit l’enfant le laisse dans son cartable et l’oublie, soit il le donne mais ses parents sont débordés et se disent qu’ils vont le remplir mais pas tout de suite… Et, parfois, les parents ne le remplissent pas car ils n’ont pas le temps de réfléchir à la question », détaille Guislaine David, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat enseignant SNUipp-FSU.

« Tout cela fait que le retour du formulaire est très long. Parfois, les tests [des élèves dont les parents ont accepté] ont lieu alors que tous les parents n’ont pas eu le temps de répondre », poursuit-elle, en soulignant, d’après les remontées du terrain, qu’il « y a aussi, des parents qui ne veulent pas tester leur enfant de peur qu’il ne soit positif et donc gardé sept jours à la maison ».

Pour Laurent Zameczkowski, vice-président de la Fédération des parents d’élèves de l'enseignement public (Peep), « il est inacceptable que [Jean-Michel Blanquer] se défausse sur les parents alors qu’il y a un manque de matériel et de personnel pour tester. »

Un objectif initial de 600.000 tests par semaine

« Au départ, le ministre avait annoncé 600.000 tests par semaine [un objectif encore mentionné sur le site du ministère], donc il y a déjà un problème ! Oui, certains parents refusent les tests, et la lourdeur administrative – puisqu’il faut également fournir une photocopie de sa carte vitale –, peut expliquer ces réticences. Mais affirmer que 50 % des refus vient des parents, c’est totalement faux, on est très loin de ce pourcentage », ajoute le vice-président de la Peep.

Comme lui, Guislaine David estime que Jean-Michel Blanquer a tort de « faire reposer la faute sur les parents » : « Il n’y a jamais eu de campagne de communication sur l’intérêt des tests salivaires à l’école ! Or, nous réclamons cette mesure depuis le début car on sait que de telles initiatives de prévention fonctionnent bien chez certains parents. »