Décos, films, cadeaux, repas en série… Est-ce qu’on n’en ferait pas un petit peu trop avec Noël ?

INDIGESTION SOUS LE SAPIN (1/6) « 20 Minutes » vous accompagne durant les fêtes de fin d’année et vous parle cette fois-ci de cette ambiance Noël « too much » qui file la nausée

Manon Aublanc
— 
Certains en font beaucoup trop, comme cette dame dans cette rue.
Certains en font beaucoup trop, comme cette dame dans cette rue. — JillWellington / Pixabay
  • La rédaction de « 20 Minutes », particulièrement le « club des 4 » à votre service, vous accompagne durant les fêtes de fin d’année. Parce que cette période peut être compliquée, on a choisi de ne pas vous laisser tomber et de vous montrer qu’à nous aussi Noël fout parfois… les boules.
  • Dans ce premier épisode de notre série « Noël version indigestion », on se penche sur l’overdose des fêtes de fin d’année. Films, chants, cadeaux, repas… Est-ce qu’on n’en ferait pas un petit peu trop avec Noël ?
  • Pour Laurent Fournier, professeur d’anthropologie à l’université Côte d’Azur à Nice, aujourd’hui, « c’est presque tous les jours Noël. On se prive jamais, ça contribue à ce sentiment d’overdose ».

Si certains attendent Noël onze mois dans l’année, pour d’autres, décembre signe le début d’un long chemin de croix. Entre le tube All I Want for Christmas Is You diffusé en boucle sur toutes les radios,  les films de Noël programmés dès le lendemain d’Halloween, les traditionnels marchés installés à chaque coin de rue, les 12 repas prévus à l’agenda – en famille, entre amis, au boulot, en couple, entre voisins et on en passe - et la multitude de cadeaux   d'emblée revendus sur le Bon Coin pour certains Noël, c’est trop (mais alors vraiment trop).

Et nous à 20 Minutes, comme on est conscient de notre devoir d’informer, on a décidé de prendre des risques et de se poser les vraies questions, celles qui feront avancer le débat et le monde (oui, rien que ça) : est-ce qu’on n’en ferait pas un petit peu trop avec Noël ?

Noël, « à toutes les sauces »

On ne va pas se mentir, une fois l’été passé, la rentrée et Halloween, il reste un long tunnel de vide avant les fêtes de fin d’année, accompagné de grisaille, de froid et d’ennui. Huit semaines interminables que les chaînes de télévision et les radios ont choisi de meubler en diffusant pour la dix-huitième année consécutive Love Actually (on a vérifié cette info) et ce, dès le 1er novembre. L’occasion pour Marina, notre lectrice, de taper du poing sur la table : « Déjà les publicités pour les jouets et les décorations dans les magasins à partir d’octobre, c’est trop, mais alors les 48 films de Noël tous les jours pendant deux mois sur toutes les chaînes, avec exactement le même scénario, c’est l’overdose. » Pour Emilie, cette sursollicitation est même en train de « gâcher la magie de Noël » : « Avant on commençait à penser à Noël au début du mois de décembre, il y avait de la joie et de la légèreté à tout préparer, maintenant c’est un marathon sans fin. »

Mais alors quel est l’objectif des chaînes de télé qui misent sur Noël dès le 1er novembre ? Nous faire apprendre par cœur la chorégraphie de Hugh Grant ? (L’autrice de ce papier plaide coupable). Pour Laurent Fournier, professeur d’anthropologie à l’université Côte d’Azur à Nice et auteur de l’ouvrage Anthropologie de la modernité (Armand Collins - 2021), c’est une question d’offre, de demande et de valeurs : « Pour les publicités et les films, plus il y a d’offres, plus les chaînes sont obligées de se répartir le temps d’audience. Et les valeurs de Noël, c’est une aubaine pour elles. Quand on pense Noël, on pense paix, partage, tolérance et amour. Elles sont très consensuelles, presque non critiquables, les chaînes de télé ne peuvent que s’en servir ». Le chercheur ajoute : « Pour les acteurs économiques, les fêtes, c’est une tentative de lutter contre la crise. Noël ne fait pas exception, c’est un objet de marketing, de publicité, on le met à toutes les sauces. »

Noël, « c’est l’overdose »

Si seulement le marathon des téléfilms de Noël était le seul problème de ces fêtes de fin d’année… Après la surmédiatisation, il y a la surconsommation. Imaginez : vous arrivez chez tata Françoise, elle a dressé une table digne d’un Dîner presque parfait, elle s’est glissée dans la peau de Cyril Lignac (qui pourrait visiblement régler la problématique de la faim dans le monde à lui tout seul) et a caché une trentaine de cadeaux au pied du sapin, alors que vous ne serez que six durant toute la soirée.

Pour nos lecteurs, tels que Saïd, cette consommation à outrance, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : « On se jette sur la bouffe, on achète trop de cadeaux, on s’enivre de lumières et de décoration, on déambule comme des âmes en peine dans les marchés, on achète tout et n’importe quoi ». « Moi qui aime tant Noël, ça a l’effet inverse. Trop, c’est trop, les enfants ont tout, ils n’apprécient même plus leurs cadeaux, s’emporte Marilyse qui a également répondu  à notre appel à témoignages. Leur seul plaisir est d’ouvrir des dizaines de paquets avec lesquels ils ne joueront même pas. »

Comme Marilyse, beaucoup de Français sont d’ailleurs en train « d’avoir une réflexivité en étant de plus en plus critiques envers la consommation et le gaspillage », explique Emmanuelle Lallement, professeur anthropologie à Paris VIII. « On est au cœur d’un cycle où ces questions de festivités sont remises en cause. On est moins dans la fièvre d’achats et de décors qu’avant », poursuit l'auteure d’Eclats de fêtes (Editions de la Sorbonne – 2018). « Quand Noël a été pensé, on était dans une économie de biens limités. Cette fête arrivait comme un moment ponctuel de dépenses, de convivialité, on allait contre une situation de limitation économique », analyse Laurent Fournier. Or, aujourd’hui, « c’est presque tous les jours Noël, on se prive jamais, ça contribue à ce sentiment d’overdose ».

Noël, « c’était mieux avant »

Pour certains de nos lecteurs, cette overdose met surtout en exergue les disparités sociales, comme Fabienne, qui se dit « écœurée par l’engouement général alors que certains seront seuls devant leur assiette ». « On est dans la démesure, en termes de repas, de cadeaux, c’est l’indigestion. Sauf que désormais, il y a une conscientisation, même dans les moments d’enchantements comme Noël », explique Emmanuelle Lallement. Pour nos deux experts, cette « indigestion » a surtout entraîné « une dévaluation » de Noël, le fameux « c’était mieux avant » (que tata Françoise vous sort à toutes les sauces) : « On fête presque trop Noël, on en parle trop. Les gens ne sont pas idiots, ils voient un phénomène de communication, de manipulation médiatique, c’est ça qui les excède. C’est un mécanisme d’inflation avec, à la clé une dévaluation du sens », ajoute Laurent Fournier.

Et nombreux sont nos lecteurs à ne plus retrouver le Noël d’antan, la magie de leur enfance, les étoiles dans les yeux à l’ouverture des cadeaux et les papilles qui frissonnent à l’idée du repas (oui, on va trop loin). A l’image de Catherine : « Avant, on attendait Noël avec impatience, pour le repas, car au repas on mangeait des choses qu’on ne mangeait jamais durant l’année, et les cadeaux. Maintenant les enfants en ont toute l’année ». Un sentiment partagé par Sandra, qui se souvient de ses jeunes années durant lesquelles « Noël, c’était deux semaines avant, avec la pression qui montait jusqu’à l’explosion de joie le 24 décembre ». « On n'est plus dans cette fièvre consensuelle autour de Noël comme avant. On est tous de plus en plus conscients des ressorts commerciaux. L’enchantement opère moins qu’avant », analyse Emmanuelle Lallement.

Si vous frôlez l’indigestion, pas de panique, dans notre prochain article, on vous aidera à répondre à la plus angoissante des questions de tata Françoise (encore elle) : « Et toi qu’est-ce que tu deviens ? ». Et surtout joyeux Noël !