Coronavirus : Les personnes vaccinées ont-elles plus de risques d'attraper le variant Omicron ? Non !

FAKE OFF Un tweet ambigu du médecin de santé publique Martin Blachier est à l'origine d'une mauvaise interprétation de données danoises

Maïwenn Furic
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Un épidémiologiste, décrié par ses confrères pour ses propos sur l'épidémie de Covid-19, a annoncé que les vaccinés seraient plus exposé au variant omicron.
Un épidémiologiste, décrié par ses confrères pour ses propos sur l'épidémie de Covid-19, a annoncé que les vaccinés seraient plus exposé au variant omicron. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • Le médecin de santé publique Martin Blachier, dont les propos sont souvent repris par les détracteurs du vaccin contre le Covid-19, a publié un tweet pour le moins ambigu mardi 14 décembre. Un tweet qui a rencontré un large écho, jusque sur le plateau de Pascal Praud sur CNews.
  • En lisant les mots du professionnel, on croit comprendre que plus une personne a reçu de doses de vaccin, plus elle a de risques d’être contaminée par le variant Omicron.
  • En réalité, il n’en est rien.

« Omicron sélectionne les vaccinés car l’échappement  vaccinal lui confère un avantage chez ces personnes. » C’est l’affirmation publiée par Martin Blachier sur  Twitter le 14 décembre. Ce médecin spécialisé en santé publique avance même des chiffres : « Données danoises. Omicron : 8 % chez les triples  vaccinés, 5,5 % chez les doubles vaccinés, 1,2 % chez les non-vaccinés. »



Les internautes ont rapidement interprété, à tort, que le variant Omicron toucherait davantage les personnes ayant reçu leur troisième injection contre le Covid-19 que celles non vaccinées. « Franchement ce qu’il a écrit, c’est une bombe ! Si c’est vrai, c’est une bombe ! », a commenté Pascal Praud quelques heures plus tard sur CNews, dans son émission L’Heure des Pros 2.

Sur les réseaux sociaux, les détracteurs du médecin ont dénoncé « l’ambiguïté » du post, qui pourrait laisser croire que vaccination accroît le risque de contamination. D’autres tentent de décrypter le positionnement du médecin : « Au départ il était à fond derrière la vaccination, et maintenant il dit qu’il vaut mieux ne pas être vacciné ? A ne rien comprendre. »

FAKE OFF

Si, dans son tweet, le médecin semble vouloir dire que les vaccinés ont plus de risque d’être contaminé par le variant Omicron, en réalité, il n’en est rien en réalité. Chaque jour, l'équivalent danois de Santé publique France publie un document qui dresse le bilan de la situation sanitaire. Celui utilisé par Martin Blachier a été  publié le 13 décembre.

Contacté, le médecin a précisé son raisonnement à 20 Minutes. Prenant ses distances avec son tweet un poil provocateur, Martin Blachier souligne que, contrairement à ce qu’avaient pu comprendre une partie des internautes, « le vaccin n’augmente pas les chances d’attraper le nouveau variant du Covid-19 ». « C’est l’échappement vaccinal qui inquiète. »

En effet, l’étude danoise permet seulement de comprendre la diffusion des variants selon le statut de la vaccination. La bonne lecture des chiffres est donc de dire que 8,9 % des cas de variant Omicron enregistrés au Danemark concerne des personnes triplement vaccinées. 75 % des cas de variant Omicron concernent des personnes ayant reçu deux doses, et 13,8 % des personnes non-vaccinées.

Pour les autres variants, en particulier le variant Delta désormais majoritaire, la répartition des cas est un peu différente. Ce variant a infecté des personnes ayant reçu leur dose de rappel dans 4 % des cas, des personnes ayant un schéma vaccinal complet dans 48,9 % des cas, et des non-vaccinés à 43,6 %.

Le variant Omicron plus résistant face aux vaccins

Que conclure de ces chiffres ? « Plus vous êtes vacciné, plus vous êtes protégé contre le variant Delta », explique Martin Blachier. Mais par rapport aux autres variants, Omicron atteint davantage les personnes complètement vaccinées ou ayant reçu deux doses. D’où l’inquiétude des scientifiques et de l’OMS quant à la diffusion de ce nouveau variant. Conclusion de Martin Blachier : « Le meilleur moyen de ne pas être contaminé par Omicron, c’est d’avoir eu le Delta. »

Pour le professionnel, la politique sanitaire à adopter est simple : « On se dirige vers une stratégie grippale. Pour la grippe, on ne vaccine pas toute la population. La vaccination obligatoire pour les plus vulnérables est indispensable pour les hôpitaux. En revanche, pour les autres, la meilleure immunité c’est de laisser les jeunes se faire contaminer par le variant précédent. »

Dans tous les cas, ces données ne permettent pas de dire que le vaccin ne fonctionne plus contre le nouveau variant. « L’efficacité du vaccin est sensiblement réduite avec un nombre élevé de contaminations brèves chez les personnes vaccinées », a déclaré le président de Discovery, Ryan Noach, première assurance maladie privée d’Afrique du Sud, à l’origine d’une vaste étude sur le sujet. Selon celle-ci, l’efficacité contre le risque de contamination a chuté à 33 %, contre 80 % contre le précédent variant dominant Delta.