Oise : Le gouvernement veut fermer temporairement la mosquée de Beauvais, accusée d’attaquer le « modèle républicain »

JUSTICE Une mosquée « qui combat les chrétiens, les homosexuels, les juifs », a déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin

20 Minutes avec AFP
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Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, le 1er décembre 2021 après un conseil des ministres.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, le 1er décembre 2021 après un conseil des ministres. — Jacques Witt/SIPA

Apologie du jihad, propos contre « les homosexuels, les juifs, les chrétiens » : le gouvernement entend fermer temporairement la Grande mosquée de Beauvais (Oise), accusée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin d’attaquer le « modèle républicain et la France ».

« Aujourd’hui nous avons enclenché la fermeture de la mosquée de Beauvais, (qui est) tout à fait inacceptable, qui combat les chrétiens, les homosexuels, les juifs », a déclaré le ministre de l’Intérieur sur CNews. « Je n’ai pas la main tremblante contre des personnes qui profondément attaquent notre modèle républicain et la France », a-t-il ajouté.

Une fermeture pouvant aller jusqu’à six mois

La préfecture de l’Oise a confirmé « envisager » de prendre une décision de fermeture administrative de la mosquée « pouvant aller jusqu’à six mois ». Elle se base sur des prêches « incitant à la haine », « à la violence » et « faisant l’apologie du djihad ». « Dans le cadre de la procédure contradictoire, un courrier a été transmis en fin de semaine dernière notifiant la décision envisagée. Nous sommes actuellement dans le délai de dix jours accordé pour toutes observations », a-t-elle détaillé à l’AFP.

Les autorités « reprochent » au lieu de culte « certains propos tenus dans le cadre des prêches par l’un des imams de la mosquée, qui intervenait à titre bénévole », a expliqué à l’AFP Me Samim Bolaky, avocat de l’association Espoir et fraternité qui gère le lieu. Il assure que cet imam a depuis été « suspendu ».

Cet homme, « présenté comme intervenant occasionnel, mais qui en réalité fait office d’imam attitré » tiendrait selon le ministère de l’Intérieur des propos faisant « l’apologie du jihad et des combattants, qu’il qualifie de héros ». Il défendrait également « une pratique rigoriste de l’islam » et « sa supériorité par rapport aux lois de la république ».

« La majorité des propos sont sortis de leur contexte »

D’après le ministère, ses propos « fustigent » les « mécréants et présentent les sociétés occidentales comme islamophobes ». Ils poussent « les fidèles à rompre avec la République » et « incitent à la haine des homosexuels, des juifs et des chrétiens ». Mais pour Me Bolaky « la majorité des propos sont sortis de leur contexte ». « On a plus de 150 heures de contenus. Il faut apprécier un propos dans son entièreté », a-t-il plaidé.

L’association qu’il défend « a toujours combattu le terrorisme, a toujours favorisé le vivre ensemble. C’est une mosquée qui est respectable », a assuré l’avocat, indiquant que la décision leur avait été notifiée vendredi. Une fermeture lui « paraîtrait disproportionnée parce que l’intégralité des reproches qui sont faits sont liés à l’imam bénévole et non pas à l’association et à la mosquée elle-même », a poursuivi l’avocat, qui n’exclut pas de contester la décision devant le tribunal administratif. Des propos « ont peut-être échappé à la sagacité de l’association, mais pour autant (…) pénaliser le grand lieu de culte paraît disproportionné », a-t-il encore insisté.

Selon le ministère de l’Intérieur, 2.623 mosquées et salles de prières sont établies sur le territoire national. Parmi ces lieux de culte, 99 « soupçonnés de séparatisme » ont été contrôlés « au cours de ces derniers mois ». « Pour 36 lieux de culte, les contrôles ont permis de démontrer que la loi de la République y était strictement respectée », a indiqué le ministère.