« Indemnité inflation » : Le chèque de 100 euros résoudra-t-il l’équation des étudiantes et étudiants boursiers ?

VOUS TEMOIGNEZ Une prime de 100 euros va être versée ces jours-ci aux boursiers et boursières, mais la crise étudiante reste vive

Rachel Garrat-Valcarcel
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La sortie de secours d'une salle de cours à l'université Rennes-1, en janvier 2021.
La sortie de secours d'une salle de cours à l'université Rennes-1, en janvier 2021. — DAMIEN MEYER / AFP
  • Les étudiantes et étudiants boursiers vont recevoir une « indemnité inflation » de 100 euros ces jours-ci.
  • Les organisations étudiantes interrogées par 20 Minutes considèrent que cette prime ne permet pas de répondre aux difficultés actuelles.
  • Les étudiantes et étudiants que nous avons interrogés disent avoir notamment rognés sur la santé et évoquent leurs difficultés pour se loger.

On ne sait que trop bien que la crise sanitaire n’est pas terminée. En conséquence, la précarité étudiante, elle non plus, n’a pas fini de s’aggraver. Dernier épisode en date : l’augmentation des prix de  l’énergie. Elle touche bien sûr tout le monde, mais encore plus gravement les populations les plus précaires. Dans ce groupe,  les étudiants et étudiantes sont en bonne place. A ce titre, celles et ceux qui forment un foyer fiscal distinct de leurs parents pourront bénéficier, sous conditions de ressources, de l’augmentation du montant du chèque énergie. Aussi, les autres boursiers et boursières vont recevoir  l’«indemnité inflation» de 100 euros. La distribution commence ces jours-ci.

Ces 100 euros sont évidemment une aide bienvenue, et les organisations étudiantes interrogées par 20 Minutes ne crachent pas dessus : « Ce sont des mesures très attendues, et c’est toujours ça de pris », note Anne-Laure Syriex, vice-présidente de la Fage, chargée des affaires sociales. Mais, comme à l’Unef, on estime que ce n’est pas suffisant pour répondre « aux difficultés que l’on connaît actuellement », relève Mélanie Luce, la présidente du syndicat.

Les épiceries solidaires ne désemplissent pas

Précisément, comment s’en sortent les étudiants et étudiantes depuis deux ans ? Et que vont-elles faire avec ce « bonus » de 100 euros ? 20 Minutes a posé ces questions à ses lecteurs et lectrices étudiantes. Les premières réponses reçues évoquent la question des besoins de première nécessité. « Ça me servira à me nourrir », dit simplement Louis, qui explique avoir seulement 80 euros par mois pour se nourrir et se déplacer. La présidente de l’Unef s’insurge contre la fin des repas à 1 euro pour toutes et tous : ils sont désormais réservés aux seules boursières et boursiers. Elle réclame le rétablissement de la mesure pour tout le monde, car, « même avec cette aide, certains ne s’en sortent pas. Il y a des étudiants qui sautent des repas tous les jours. »

Les épiceries solidaires et les distributions de nourriture ne désemplissent pas, bien au contraire : « Ça reste toujours très demandé, et on voit même une vague d’augmentation, décrit Anne-Laure Syriex. Les étudiants ont découvert les épiceries avec la crise, mais ils en avaient déjà besoin. Donc ils reviennent et le “bouche-à-oreille” fonctionne. C’est très révélateur de ces aides qui ne sont pas suffisantes. »

Système D

Un sujet sur lequel les étudiants et étudiantes ont pu rogner : la santé. Nathan nous dit carrément avoir résilié sa mutuelle et croise les doigts pour « ne pas tomber malade à l’avenir ». Jérémie nous parle des suites difficiles d’une opération, « et des pansements incroyablement chers », alors les 100 euros de l’indemnité inflation vont sans doute y passer. Seul point positif : la situation de la prise en charge psychologique des étudiantes et étudiants, centrale dans le confinement par exemple, s’est améliorée. « Il y avait 1 psy pour 30.000 étudiants, maintenant c’est 15.000. On en voudrait 1 pour 1.000 », réclame la Fage.

Enfin, la question du logement est aussi abordée parmi les témoignages reçus. Louna nous explique avoir lâché son appartement au moment du confinement pour limiter les frais. Elle se rend désormais tous les matins en train dans la ville de son école et craint pour les retards. « Il y a des étudiants SDF, et il y en a même plus qu’avant », alerte Mélanie Luce. Quand ils ne sont pas à la rue, certains connaissent le mal-logement et sont mal isolés. « A Bordeaux, le Crous a demandé aux résidents de porter des pulls, poursuit la présidente de l’Unef. Certains allument leurs plaques de cuisine pour chauffer leur chambre et bouchent les trous. C’est le système D. »

D’autres disent qu’ils vont essayer aussi de passer un Noël « normal » grâce aux 100 euros. Mais rien de très satisfaisant en fin de compte. Les deux organisations interrogées insistent pour dire que la précarité étudiante existait avant la crise. Elle l’a juste aggravée, peut-être rendue plus visible. Mais sans des mesures plus pérennes – l’Unef et la Fage réclament chacune une forme d’allocation d’autonomie pour les étudiantes et étudiants non liée aux revenus des parents –, la précarité étudiante existera encore après la crise.