Hôpital : Oui, un anesthésiste intérimaire peut être rémunéré jusqu'à 1.000 euros pour une garde

FAKE OFF C’est Emmanuel Macron qui a lancé ce chiffre mercredi, estimant qu’il est juste d’y « mettre un plafond ». Pour les syndicats d’anesthésistes, viser les intérimaires ne va pas résoudre les problèmes d’attractivité de l'hôpital public

Mathilde Cousin
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Une équipe d'anesthésie réalise une intubation, le 29 mars 2020.
Une équipe d'anesthésie réalise une intubation, le 29 mars 2020. — Frederic DIDES/SIPA
  • Interrogé mercredi sur le recours aux intérimaires dans l’hôpital public, Emmanuel Macron a pris en exemple les anesthésistes, une spécialité particulièrement touchée par le phénomène : « Vous ne pouvez pas faire fonctionner un service où vous avez des anesthésistes qui travaillent pour 3.000 ou 4.000 euros par mois et qui ont des collègues qui […] n’acceptent parfois de revenir que […] pour plus de 1.000 euros par jour. Vous devez mettre un plafond. »
  • Depuis 2017, il existe un plafond à la rémunération des intérimaires, fixé pour 2021 à 1.170 euros brut par vingt-quatre heures. Ce plafond, toutefois, n’est pas toujours respecté, en raison des besoins urgents de personnels.
  • Viser les intérimaires ne va pas résoudre les problèmes d’attractivité du public, alertent des syndicats, qui pointent les défaillances des hôpitaux publics.

Comment faire fonctionner des urgences sans intérimaires ? Pour de nombreux hôpitaux, le recours à ces praticiens est essentiel pour assurer la continuité d’ouverture du service. C’est notamment le cas pour l’hôpital d’Ambert, une commune rurale  du Puy-de-Dôme, sur lequel Emmanuel Macron a été interrogé, mercredi, au micro de France Bleu Auvergne. Une auditrice  l'a interpellé sur le risque de fermeture du service au 1er janvier. Le service d’urgence fonctionne en grande partie avec des intérimaires, selon la radio locale.

Dans sa réponse, Emmanuel Macron a défendu la loi Rist, qui permet un contrôle accru des rémunérations des intérimaires : « Vous ne pouvez pas faire tenir un collectif de santé quand vous avez un service où vous avez des anesthésistes qui travaillent pour 3.000 ou 4.000 euros le mois et qui ont des collègues qui ont démissionné quelques mois plus tôt et qui n’acceptent parfois de revenir travailler que parfois […] pour plus de 1.000 euros jour. Vous devez mettre un plafond. »

FAKE OFF

20 Minutes a vérifié cette déclaration. Les ordres de grandeur avancés par le président de la République correspondent au salaire mensuel d’un anesthésiste ayant quelques années d’expérience, vers l’âge de « 35-40 ans », précise Franck Verdonk, président du SNJAR (syndicat des jeunes anesthésistes réanimateurs). Les 1.000 euros correspondent eux à une garde de vingt-quatre heures pour un intérimaire. Une journée tourne plutôt aux alentours de « 600 euros ».

Des tarifs d’intérim qui ne sont pas toujours respectés, avertit Anne Wernet, présidente du SNPHARE (Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs). « Il y a des gardes, pour le 24 ou le 31 décembre, par exemple, où les prix montent. » Trouver un remplaçant au pied levé, dans une période de tension, « coûte extrêmement cher ».

Depuis 2017, il existe pourtant un plafond à la rémunération des médecins intérimaires. Pour 2021, celui-ci était de 1.170 euros pour vingt-quatre heures. Toutefois, de nombreux acteurs, y compris le ministère de la Santé, constatent que celui-ci n’est pas toujours respecté. La loi Rist, votée en avril cette année, renforce les contrôles pour éviter ces dépassements. Olivier Véran, le ministre de la Santé, a cependant renoncé, pour le moment, à son application. Son ministère   a annoncé en octobre que celle-ci était repoussée à 2022, sans plus de précision sur la date.

Anne Wernet et Franck Verdonk sont unanimes : ce n’est pas le plafonnement ni le contrôle des rémunérations des intérimaires qui vont mettre fin aux problèmes d’effectifs dans l’hôpital public. D’ailleurs, « le jour où il n’y aura plus autant besoin d’intérimaires, les prix vont s’effondrer », prédit la présidente du SNPHARE. « Les intérimaires ne sont pas une solution sur le long terme, mais, sans intérimaire, il n’y a pas d’anesthésie, donc il n’y a pas de chirurgie, il n’y a pas d’hôpital viable », complète Franck Verdonk.

Pour Anne Wernet, « le vrai remède, c’est de redonner envie aux soignants d’aller à l’hôpital ». L’anesthésie est une des spécialités qui a le plus recours aux intérimaires, comme le soulignait déjà Olivier Véran en 2013, lorsqu’il était député.

Cette spécialité, comme la médecine d’urgence ou la gynécologie, se distingue par le besoin d’assurer « une permanence des soins », rappelle la présidente du SNPHARE. « Cela vous bouffe vos nuits et vos week-ends, lance-t-elle. Il y a aussi une charge mentale énorme de prendre en charge des patients en urgence. » La syndicaliste pointe des durées de temps de travail qui peuvent dépasser les 55 heures par semaine. Franck Verdonk regrette de son côté des « gardes sous-valorisées » financièrement dans le public, là où le privé offre des rémunérations plus attractives.

Le recours aux intérimaires ne présente pas que des avantages : « La médecine hospitalière, c’est une équipe, c’est savoir avec qui on travaille, lance Anne Wernet. C’est aussi faire des projets de service. Si vous n’avez pas d’équipe, vous ne pouvez pas en faire. » Si les intérimaires offrent des renforts temporaires indispensables, ils ne permettent pas de se projeter sur le long terme.