Les atteintes à la laïcité en milieu scolaire « loin d’être un phénomène marginal », selon une étude

RELIGION Les atteintes à la laïcité en milieu scolaire « loin d’être un phénomène marginal », selon une étude

M.F
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Le ministre français de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, à droite, se tient à côté du maire de Conflans-Sainte-Honorine Laurent Brosse et des enfants alors qu'ils dévoilent une sculpture-livre dans le cadre d'une cérémonie d'hommage au professeur d'histoire et de géographie de France Samuel Paty, à Conflans Sainte Honorine, samedi , 16 octobre 2021.
Le ministre français de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, à droite, se tient à côté du maire de Conflans-Sainte-Honorine Laurent Brosse et des enfants alors qu'ils dévoilent une sculpture-livre dans le cadre d'une cérémonie d'hommage au professeur d'histoire et de géographie de France Samuel Paty, à Conflans Sainte Honorine, samedi , 16 octobre 2021. — Christophe Ena/AP/SIPA

Alors qu’un comité interministériel de la laïcité (CIL) se tient à Matignon ce jeudi en pleine la journée « de la laïcité », le ministère de l’Education national pointe du doigt une augmentation des atteintes à ce principe en milieu scolaire. 614 cas allant du port de signes ou de tenues à connotation religieuse aux provocations verbales ont été recensés entre septembre et fin novembre, contre 547 entre décembre 2020 et mars 2021.

Sur ce total, « 219 relèvent des incidents enregistrés lors des hommages rendus à Samuel Paty (assassiné pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves) il y a un mois », rapporte le ministère, qui précise que ces faits « se passent à 51 % dans les collèges (…) autour des questions vestimentaires du port du voile ou des jupes très longues ». Pour rappel, le port de signes ou de tenues à connotation religieuse dans l’enceinte des établissements scolaires est interdit depuis une loi de 2004.

Un élève sur deux constate des atteintes à la laïcité

Les constats du ministère également appuyé par un sondage Ifop sorti ce jeudi et commandé par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA). L’enquête révèle que « les manifestations identitaro-religieuses qui affectent la vie scolaire sont loin d’être un phénomène marginal ». L’étude relève ainsi que plus d’un lycéen sur deux (55 %) « a déjà été confronté à une forme d’expression du fait religieux en milieu scolaire ».

Toujours selon l’Ifop, les atteintes à la laïcité les plus courantes seraient les demandes de menus « confessionnels » (47 %), les refus d’activités pédagogiques des jeunes filles au nom de leur religion (31 % pour des cours de natation et 26 % pour des cours d’EPS), mais aussi des refus d’entrer dans un édifice religieux (24 %) ou des contestations de repas de Noël (27 %).

Robinets, WC et table de cantine séparés par religion

16 % des lycéens du public ont également constaté l’organisation à la cantine de tables en fonction de la religion. 15 % l’observent aussi pour des WC séparés en fonction de leur religion ou 13 % ont vu l’institution de robinets réservés aux élèves en fonction de confession. Dans environ un tiers des cas, ces faits sont relevés dans des lycées classés « prioritaires » souligne l’enquête. En effet, la zone géographique du lycée semble jouer. 63 % des lycéens inscrits dans un établissement classé « prioritaire » dans des banlieues sensibles en ont déjà observé au cours de leur scolarité.

Près d’un lycéen sur deux du secteur public (48 %) rapporte avoir aussi déjà observé des élèves contester le contenu même des enseignements au nom de leurs convictions religieuses. L’enquête note par ailleurs que toutes ces formes de contestation sont initiées par une minorité d’élèves : seuls 21 % des lycéens ont déjà partagé personnellement le fond de ces revendications identitaires et 49 % d’entre eux sont musulmans.

A Matignon, Jean Castex réunira cet après-midi une petite dizaine de ministres pour ce deuxième CIL qui doit, comme le premier le 15 juillet, mettre en mouvement les différentes administrations après l’adoption et la promulgation, en août, de la « loi confortant le respect des principes de la République », dite contre le « séparatisme ». Cette loi contient une batterie de mesures portant sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, l’encadrement de l’instruction en famille, le contrôle renforcé des associations, la transparence des cultes et de leur financement.

Méthodologie :

Etude Ifop pour LICRA et le Droit de Vivre réalisée en ligne du 15 au 20 janvier 2021 auprès d’un échantillon national représentatif de 1 006 lycéens âgés de 15 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, type d’enseignement, filière et niveau, secteur, académie, affiliation religieuse) à partir de des statistiques du ministère de l’Education (RERS 2020) et de celles de l’Institut Montaigne.