Les encres de tatouage interdites à partir de janvier 2022 ? Prudence !

FAKE OFF Plusieurs internautes expriment leur déception, sur les réseaux sociaux, de ne plus pouvoir se faire tatouer à partir du mois de janvier. En réalité, seulement certains pigments seront interdits

Maïwenn Furic
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Ce n'est pas le tatouage qui va être interdit à partir de janvier 2022, mais seulement certaines encres utilisées par les tatoueurs. (Illustration)
Ce n'est pas le tatouage qui va être interdit à partir de janvier 2022, mais seulement certaines encres utilisées par les tatoueurs. (Illustration) — Julie Urbach/20 Minutes
  • Depuis plusieurs jours, de nombreux internautes s’insurgent face à « l’interdiction des encres de tatouage » à partir de janvier 2022.
  • En réalité, un règlement européen prévoit l’interdiction d’une vingtaine de pigments, un nouvel étiquetage obligatoire des flacons, et une limitation de certaines substances.
  • Les tatoueurs sont inquiets car il s’agit d’une première étape avant la suppression de davantage de pigments en 2023.

Et si le début d’une nouvelle année rimait avec la fin des tatouages ? C’est la crainte relayée par de nombreux internautes sur les  réseaux sociaux depuis plusieurs jours. « Comment survivre si le tatouage n’est plus autorisé ? », se désespère l’un d’entre eux.

Certains internautes jugent cette interdiction ironique. « Interdire les tatouages mais pas la cigarette ? L’alcool ? », questionne une amatrice de ce body art.

Qu’en est-il vraiment ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

En réalité ce ne sont pas les encres de tatouage qui vont être interdites. A compter du 4 janvier 2022, certains éléments chimiques ne pourront plus être utilisés par les professionnels, suivant un règlement de l’Union européenne validé par les Etats membres et le Parlement européen et signé le 14 décembre 2020 par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Une mesure qui a pour but de préserver la santé des nombreuses personnes qui se font tatouer chaque année.

« Au départ, le règlement n’était pas bien clair », explique Karine Grenouille, secrétaire du Syndicat national des artistes tatoueurs. « Ce n’est qu’au mois d’août, lors d’entrevues avec des experts au Congrès mondial de la recherche sur les tatouages et les pigments, à Copenhague, que nous avons réellement pris conscience de toutes les difficultés qu’il allait poser aux tatoueurs. » Car en plus de l’interdiction de 25 pigments rouges, oranges et jaunes, 4.000 substances vont être limitées, et de nouvelles normes d’étiquetage vont entrer en vigueur.

Pigments interdits, nouveaux dosages et nouveaux étiquetages

« En ce qui concerne les pigments, ils peuvent théoriquement être remplacés. Mais là-dessus, nous n’avons aucune visibilité au niveau des producteurs et des distributeurs », précise Karine Grenouille. Selon elle, il faut entre cinq et dix ans aux fabricants pour créer de nouveaux pigments. Sur la question des substances limitées, le syndicat des tatoueurs dénonce un manque d’évaluation : « Les seuils qui ont été décrétés sont très bas, ils sont donc indétectables. » L’organisation craint ainsi qu’il ne soit tout simplement plus possible d’utiliser les produits qui contiennent ces substances.

« Les nouveaux étiquetages, eux, sont légitimes, et cela va permettre de renforcer les exigences. » Mais là encore, les professionnels soulignent le court délai de mise en œuvre d’ici l’entrée en vigueur prévue du règlement.

Il s’agit donc d’un grand saut vers l’inconnu pour le 10e art. « Le problème, c’est que certains tatoueurs vont continuer à utiliser illégalement les produits. Le risque est donc de produire l’effet inverse de la sécurité sanitaire voulue par l’Union européenne. »

Une pétition signée par 170.000 personnes

« C’est le silence du côté des ARS, du ministère… Nous souhaiterions au moins un délai », désespère Karine Grenouille. Selon elle, la réglementation qui va être appliquée se base sur les normes établies en cosmétique, et n’est donc pas adaptée à l’industrie du tatouage. « Pour défendre les nouvelles interdictions, on nous parle de substances cancérigènes. Mais aujourd’hui, aucune étude ne recense de problème de cancer ou autres maladies graves liées au tatouage. » Et quid des nouvelles encres qui vont être commercialisées ? De leur impact sur la santé ? De la tenue sur la peau dans le temps ? Autant de questions pour l’heure sans réponses.

Face à ces incertitudes, le secteur se mobilise. Le Syndicat national des artistes tatoueurs relaie la  pétition en ligne depuis le début de l'année sur le site du Parlement européen pour le maintien de différents pigments. Selon le syndicat, elle réunirait près de 170.000 signataires.

Et les tatoueurs ne sont pas au bout de leur peine, car en janvier 2023, de nouveaux pigments, eux bleu et verts, devraient être interdits. « Il n’y aurait pas d’alternative pour 60 % de la palette de couleur actuellement disponible », s’inquiète Karine Grenouille.